<![CDATA[Economie et archimagie]]> http://www.ecotheurgie.com/ Haute magie et pensée économique fr over-blog.com RSS 2.0 Generator <![CDATA[Peut-on être à la fois libertaire et trotskyste ?]]> http://www.ecotheurgie.com/article-20581296.html
On ne peut pas mélanger des traditions trotskystes et des traditions anarchistes par exemple.
Cela ne semble pas déranger le Nouveau Parti Anticapitaliste et son porte-parole charismatique Olivier Besancenot qui ont pris langue avec Alternative libertaire pour unir leurs forces de manière plus ou moins formelle.

Pour les détails, je renvoie au post de Clément Homs sur le forum decroissance.info

http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=6448

et je recopie ici ma réponse

Des trotskystes ne peuvent certes pas devenir des libertaires quand ils théorisent l'Etat comme étant du côté du travail contre le capital (ce qui est idiot, puisque pour un marxiste, c'est la même chose). Mais il faut relever que ces désaccords prétendument "idéologiques" ne sont justement pas idéologiques, et qu'il y a moyen de réconcilier les points de vue en remettant les choses à leur vraie place.

QUAND ON NE VOIT PAS OU PLACER LA RUPTURE AVEC LE CAPITALISME, ON FAIT DE TOUS LES DETAILS STRATEGIQUES DES ELEMENTS IDEOLOGIQUES.

Que le débat se cristallise entre AL et LCR sur la participation aux élections et la forme parti démontre une énorme confusion entre doctrine et stratégie contextuelle.

D'ailleurs, la LCR ne précise pas vraiment dans quelle catégorie elle les élections. Soutient-elle le principe électif

1) parce qu'elle pense réellement que c'est l'aboutissement du rêve démocratique,
2) pour ne pas se fâcher avec ceux qui pensent que les élections sont l'aboutissement du rêve démocratique (on en trouve énormément à gauche de la gauche mine de rien),
3) parce qu'il ne faut négliger aucune tribune politique ?

Quant à ce qui semble clairement relever de l'idéologie : étatisme chez la LCR, « critique libertaire dans le rapport au pouvoir d’Etat » à AL, c'est là aussi une affaire de stratégie (de long terme pour la LCR avec le dépérissement de l'Etat) qui cache l'absence de réelle proposition alternative.

Il y a visiblement une partie de la LCR qui a évolué et ne pense plus comme Daniel Bensaïd que la fin du capitalisme doit passer par une longue période d'administration de la société par l'Etat.

Mais il y a très peu de libertaires qui arrivent à dissocier la question de la domination (par l'Etat ou autre) et la question de l'alternative au capitalisme. C'est pour cela, par exemple, que la sortie de l'économie est pensée dès le départ comme une reconquête de l'autonomie.]]>
Thu, 19 Jun 2008 11:24:00 +0200 http://www.ecotheurgie.com/article-20581296.html
<![CDATA[Nulle part ailleurs]]> http://www.ecotheurgie.com/article-20552331.html  
J'ai assisté à la réunion du CAL de Saint-Denis suite à cet appel.

Il y a des choses qui ne changent jamais. On trouve toujours dans ces réunions le militant incontournable qui produit des analyses interminables de la situation politique. L'autre qui veut témoigner de ses propres expériences ("moi dans ma ville", "moi dans ma fac"), parce que c'est comme cela qu'on lui a appris à animer une réunion aux Jeunesses communistes.
Une autre constante : jamais une idée nouvelle ne sort de ces réunions, attendu que les participants sont persuadés que les grandes idées politiques naissent spontanément des luttes et de la confrontation des ..."idées" (c'est le mot qu'ils emploient) à la base. Il est cependant assez mal vu d'y exprimer de vraies idées personnelles, parce qu'il faut bien le dire, ça peut parfois choquer.

A y regarder de près, ils oscillent entre la perception claire du fait qu'ils n'ont pas de projet politique et pas de perspectives pour rassembler en dehors de ceux qu'ils connaissent déjà, et l'absolue volonté de ne rien changer à leur grille de lecture.

Soyons clairs : fédérer à la gauche du PS, ça veut dire ne rassembler personne. Conserver comme ligne informelle la référence à Karl Marx et un certain gauchisme culturel, et ne rien céder là-dessus, c'est se couper de tout ceux qui pense un tout petit peu différemment.

Au coeur du sujet, ils se disent souvent "anticapitalistes", mais ils ne proposent pas de principes de production et de modalités de l'échange alternatifs. Il ne leur reste fatalement que la social-démocratie - redistribution des richesses, justice de l'impôt, etc. - mâtinée de principes écologistes pour sauver le capitalisme de ses propres excès. Au moins, chez Lipietz et les Verts, on a fini par assumer.

On y critique beaucoup le Parti socialiste, qui aurait dérivé au fil des années vers une acceptation totale du capitalisme le plus libéral. Une question qui n'est pas posée est la suivante : pourquoi ont-ils évolué ainsi, alors que, ainsi que le fait remarquer un intervenant, le programme présidentiel de Besancenot était nettement en retrait sur ce qui a été FAIT au pouvoir en 1981 ?

Une proposition de réponse : le PS a dérivé parce qu'il n'avait que des recettes marxistes, qu'il a vite abandonnées, et des valeurs proclamées. Or tout le monde peut se fabriquer des valeurs et prétendre que leurs actes sont en conformité avec celles-ci. Les actes changent, les valeurs ne bougent pas, et le PS d'aujourd'hui peut toujours prétendre être "socialiste".

Ce qui a manqué aux socialistes, c'est une base théorique suffisante pour comprendre ce qu'est réellement le capitalisme. Soit exactement ce qui manque encore aujourd'hui au PC, au NPA et aux collectifs anti-libéraux. Que pensez-vous qu'il va en advenir avec le temps ?

Or il existe bien des alternatives au capitalisme, même si celles-ci se vivent souvent comme minoritaires au sein d'un capitalisme devenu indépassable.

Les distributistes proposent une économie sans capital pour investir, où la production est planifiée par le groupe. Le prix des biens et services est fixé collectivement selon l'utilité sociale de ce qui est produit, et non en fonction de la quantité de travail fournie ou de la demande. Il n'y a pas de plus-value. Un avantage collatéral de la planification est qu'il n'y a pas d'incitation à valoriser des activités socialement nuisibles, contrairement à l'économie capitaliste qui valorise tout et n'importe quoi.

Ils ont cependant une tendance à comparer une description correcte de leurs propres pratiques avec la théorie économique qui décrit de manière fausse le capitalisme. Ceci entraîne qu'ils ne rejettent pas complètement l'idée que le travail donne leur valeur aux biens, et supposent que leur système est viable dans un monde où le machinisme a amené l'abondance.

Or ils sous-estiment leur système, qui fonctionne parfaitement sans cela. Cette condition d'abondance ressemble à un résidu de croyance en la nécessité du capital pour entreprendre, alors que l'absence de capital est justement une notion fondamentale du distributisme. Les auteurs récents semblent s'en rendent compte de manière floue, et laissent un peu de côté cette condition d'abondance.

Rappelons aussi que dans un monde d'abondance, l'argent n'a aucune sorte d'utilité, puisque il ne sert qu'à marquer ce que peuvent acheter certains et que les autres ne peuvent pas avoir, c'est-à-dire à rationner.
Et un système distributiste appliqué à une société de pénurie pose le problème de toutes les comptabilités : elle servira à légitimer les inégalités existantes, même en jurant que le salaire distribué l'est en fonction de l'utilité sociale.

Une autre alternative est évidemment le courant naissant de la "sortie de l'économie". Les rédacteurs du bulletin "Sortir de l'économie" entendent l'expression "sortir de l'économie" comme une reconquête de l'autonomie par l'autoconsommation, parti pris à la fois libertaire et décroissant.
Selon eux, la caractéristique fondamentale de l'instauration de l'échange marchand est l'avènement collatéral de l'hétéronomie.

Pour ma part, je pense que la caractéristique fondamentale de l'échange marchand est la comptabilité de l'échange par la monnaie ou le troc. C'est tautologique, donc c'est vrai.
En revanche, il peut y avoir hétéronomie sans échange marchand et donc sans économie. Autrement dit, il est possible de sortir de l'économie et de conserver la division du travail, le machinisme, et même une philosophie consumériste.

Une définition restreinte de la sortie de l'économie n'implique pas de choix entre décroissance et abondance, et entre autoconsommation et division du travail / machinisme.
Dans une société non économiste, la division du travail permet AUSSI de faciliter la production et de libérer du temps libre pour la réflexion et les loisirs.

La décroissance et l'autoconsommation relèvent soit d'un choix idéologique d'un autre ordre, soit des moyens d'une stratégie de lutte.

Parmi les choix idéologiques, il y a bien entendu la sensibilité à la question environnementale. D'ailleurs les sociétalistes héritiers des distributistes reconnaissent parfaitement que les problématiques environnementales ne sont pas prises en compte par leur système, d'où le préfixe "éco" à "éco-sociétalistes" qu'ils ajoutent en général.

La lutte contre l'aliénation aux valeurs consuméristes et à la production de biens en dehors de ses propres besoins de consommation passe par la récupération d'une certaine autonomie en s'organisant en petits groupes autosuffisants. C'est la position avancée par les rédacteurs du bulletin "Sortir de l'économie".

Toutefois, pour bien comprendre ce qu'implique la notion d'autonomie dans son sens le plus absolu, il faut s'imaginer seul survivant sur une planète vidée de ses habitants. Je n'ai pas tissé moi-même mes vêtements, je n'ai pas remplacé mes CDs de musique par une guitare, d'ailleurs je n'ai pas construit de guitare, attendu qu'il fallait que je coupe moi-même l'arbre pour la fabriquer et que je chasse des chats pour me faire des cordes avec les boyaux.

L'autonomie prise dans un sens trop radical semble impossible à mettre en oeuvre.
Derrière la revendication de l'autonomie, il y a sans doute une forte méfiance envers l'être humain et ses trahisons. Or il n'y a pas que les Etats qui trahissent, on se trahit aussi au sein de la tribu, et la tribu d'à côté peut nous attaquer. Il faut l'avoir toujours à l'esprit pour ne pas naïvement balancer de la nature dangereuse au contrat social, puis de l'Etat honni aux groupes autonomes solidaires.

En revanche, l'idée de s'organiser en groupes plus ou moins autonomes est sans doute un excellent moyen pour s'opposer tout à la fois à l'économie capitaliste en réduisant la part de l'échange, et aux valeurs consuméristes en réduisant ses besoins.]]>
Wed, 18 Jun 2008 11:23:00 +0200 http://www.ecotheurgie.com/article-20552331.html
<![CDATA[Le parti capitaliste]]> http://www.ecotheurgie.com/article-19817263.html
A la limite, s'ils avaient donné un avertissement liminaire : "mes explications ne sont pertinentes que dans le cadre du système capitaliste, et celui-ci ne cesse de voir son champ axiomatique s'étendre, ce qui fait que j'ai de moins en moins de choses à vous expliquer. Et encore je n'ai pas vraiment le droit de vous donner un avis personnel : il y a des interprétations qui sont autorisées et d'autres qui ne le sont pas.", nous aurions pu dire de certains d'entre eux que, dans la cage dans laquelle ils sont autorisés à penser, ils ne se débrouillaient pas trop mal.

Mais ils n'ont jamais donné cet avertissement. Il faut donc en déduire que tout ce qu'ils disent est leur croyance profonde. Et comme, de quelque bord qu'ils soient, ils croient beaucoup de choses identiques, que cette croyance les relie. Ils sont les prêtres de la religion économie, de son sauveur nommé marché et de son Saint-Esprit le capital.

L'économie est la plus importante religion qui ait existé en termes de fidèles. Là où les anciennes religions se sont battues pour leurs parts de marché, l'économie est devenue une religion mondiale unique. Elle a ses simples prêtres que sont les économistes, son haut clergé que sont les capitaines d'industrie, son inquisition avec les journalistes, ses croisés que sont les politiques, et son énorme masse de fidèles à laquelle nous appartenons tous.

Dans tous les pays du monde, l'économie est religion d'Etat. Même si la démocratie est proclamée dans la constitution et que les représentants du peuple sont élus, les candidatures aux élections doivent être validées par le conseil suprême des ayatollah, qui invalide impitoyablement les candidatures jugées insuffisamment conformes à la pensée économique.

Même si officiellement, les candidats sont issus de nombreux partis politiques, ils sont tous inféodés au parti unique: le parti capitaliste. Bien sûr, le capitalisme est une religion vivante, et il n'est pas rare de voir les prêtres se lancer dans des discussions savantes sur des points de doctrine. Aussi il existe de nombreux courants au sein du parti capitaliste. A ce qu'on a coutume de désigner comme étant l' "extrême-droite", se rangent les défenseurs d'un capitalisme familial, à forte identité de terroir, encore imprégnés de l'ancienne religion. A gauche, les prêtres capitalistes de tendance libérale (c'est-à-dire en réalité étatiste) sont inspirés par ce qu'on pourrait appeler la théologie de la libération. Il s'agit d'un courant idéaliste qui souhaite un capitalisme plus égalitaire et préoccupé du sort des pauvres. On les appelle parfois aussi sociaux-démocrates. Les sociaux-démocrates les plus connus en France sont Olivier Besancenot, José Bové et Marie-Georges Buffet.

Certains capitalistes se sont avisés qu'il était sans doute nécessaire d'adapter le dogme capitaliste pour faire face aux problématiques environnementales. Ils se nomment écologistes, mais on les connaît souvent mieux sous le sobriquet des "Verts".

Le courant majoritaire du parti capitaliste est le courant ultra-conservateur. Ces ultra-conservateurs proposent une voie totalitaire : tout doit passer par le marché, meilleur mécanisme pour allouer les ressources, fabriquer les biens et les distribuer. Ils cherchent à éliminer les représentants des courants minoritaires comme la social-démocratie. Les ultra-conservateurs français les plus représentatifs sont Bertrand Delanoë, ou encore Manuel Valls. ]]>
Fri, 23 May 2008 11:57:00 +0200 http://www.ecotheurgie.com/article-19817263.html
<![CDATA[Dilemme de la délégation et de l'autonomie]]> http://www.ecotheurgie.com/article-19726810.html
1) Le consumérisme à coloration écologiste est majoritaire chez les Verts, puisque souvent ceux-ci se défendent de s'opposer au capitalisme, assurent qu'ils savent que la croissance est nécessaire, mais qu'il faudrait tenir compte des tendances antisociales et antienvironnementales du capitalisme, et les corriger pour obtenir un développement plus durable. Il existe aussi une prise de conscience écologique de cet ordre au Parti socialiste, à l'UMP et même dans certains courants du patronat. En général, il existe une pensée magique non verbalisée derrière cette opinion, qui suggère que le capitalisme est par nature capable de surmonter ses tendances entropiques, en trouvant des solutions à la fois suffisamment puissantes pour résoudre les problématiques environnementales, et toujours avant qu'il ne soit trop tard. Chez les Verts on suggérera que les solutions relèvent des politiques publiques. Au MEDEF, on préférera des solutions fondées sur le marché.

La sortie de l'économie ne relève pas d'une contrainte extérieure qui rendrait la décroissance indispensable, mais surtout d'une conviction que l'économie capitaliste est mal fondée en théorie (cf le Manuel d'anti-économie), vise à légitimer des principes de hiérarchie et de domination où certains profitent et d'autres sont esclaves, et aliène l'individu car elle ne propose comme perspective spirituelle que la consommation dans un monde individualiste.

2) D'autres groupes proposent de se dégager de la valeur travail au sens sociologique et des aspects aliénants du capitalisme, comme le mouvement Utopia. Ils rejettent formellement le capitalisme, mais manquent d'une pensée économique alternative pour en sortir réellement. Aussi leurs propositions relèvent de la gauche keynésienne traditionnelle, à la fois étatistes et social-démocrates, comme les impôts ou le revenu universel.

Ils formulent une critique de l'économie académique, mais qui cherche à corriger ce qu'elle ne prendrait pas en compte tout en reconnaissant son bien-fondé indiscutable. Une commission a ainsi été créée par le gouvernement pour redéfinir le concept de croissance. Des propositions ont été émises, comme pondérer le Produit intérieur brut avec des coefficients pénalisant les externalités négatives, ou encore faire cohabiter le Produit intérieur brut avec des Indices de développement humain. Le premier représenterait l'aspect économique du développement, les seconds l'aspect social.
Ils ne voient pas que si le PIB est en contradiction flagrante avec les IDH, il ne reflète pas un aspect du développement qui serait économique : il ne reflète rien du tout.

3) Le courant écosociétaliste reprend des points de vue écologistes favorables à l'idée de décroissance. Il critique aussi le contenu du PIB. Il y ajoute deux éléments intéressants. Le premier est la dénonciation du fait de confier la création monétaire aux banques privées, sans laisser aucun pouvoir à l'Etat et à ces citoyens. Le second est la perception que les biens dans les pays occidentaux existent en abondance, et que le capitalisme se maintient en feignant la pénurie.

Ce qui est difficile à comprendre, c'est que toutes les conséquences ne sont pas tirées de ces observations judicieuses.

Puisqu'il est connu que la monnaie est créée dans les banques par un mécanisme différent de la production de biens et services, et que justement cette irréductibilité d'un des mécanismes à l'autre crée des déséquilibres et une pénurie de monnaie, pourquoi continuer à reconnaître des concepts comme le PIB, les impôts, la croissance, qui justement supposent que ces deux mécanismes de création de biens et de création de monnaie sont réductibles l'un à l'autre ?

Puisqu'il est reconnu que nous vivons dans un monde d'abondance et que le capitalisme ne peut fonctionner sans la pénurie, pourquoi vouloir à tout prix reconstruire une comptabilité et une monnaie alternative ? La monnaie quelle qu'elle soit est un outil pour créer la pénurie et une hiérarchie de capacités à consommer. Toute comptabilité se justifie par la pénurie et le besoin de quantifier ce qui nous manque.

4) La sortie de l'économie se distingue par la prise de conscience que la valeur commune attribuée aux biens à travers le prix est une convention arbitraire. Un autre de ses principes actuels est le rejet de la délégation des décisions (par l'élection) et de la production (par la division du travail), qui fait perdre à l'homme son autonomie.

Voici une mise en parallèle éclairante de la sortie de l'économie avec l'écologie, écrite par Denis et postée sur www.decroissance.info :

"Aussi c'est la critique de la technoscience, des techniques industrielles, qui a permis quoique marginalement de développer une version non écologiste de la décroissance. Cela peut conduire à refuser les éoliennes industrielles par exemple, même si leur bilan carbone est bon, parce qu'il s'agit d'un appareillage qui maintiendra les personnes dans la dépendance."

On peut ajouter que déléguer à 1 % de paysans la responsabilité de produire l'alimentation de tous nous met à la merci de quelqu'un qui décide : "Tu ne manges pas !"
Pour souligner les différences d'approche, il est significatif que lors d'un débat du mouvement Utopia autour du concept de fraternité, les présents ont souligné que la fraternité de voisinage pouvait être un prétexte pour désengager l'Etat des politiques sociales. Ce n'est pas faux bien sûr, mais est-ce que les politiques sociales ne servent pas à faire approuver l'ensemble du système par les personnes qui en bénéficient ?

On y joindra une très pertinente remarque de Clément Homs, sur le fait que disjoindre le besoin et l'action par la division du travail est ce qui a permis la perte de contrôle et d'intérêt pour les externalités négatives de la production :

"On peut penser que si les pollutions et les dégradations sont possibles, c'est parce que le plus souvent elles ne sont pas le fruit d'une décision personnelle, mais plutôt d’une médiation totale qui a brisé historiquement le rapport direct entre l’action individuelle (et socialisée dans un groupe de vie) et son besoin (sans ramener « le » besoin à une substance universelle incompressible). Cette méditation s'est mise entre notre activité et notre besoin, et a transformé complètement les deux éléments qu'elle relie. Cette médiation entre notre action et son besoin, qui sépare notre action de notre besoin, c’est l’économie."

La solution qui est proposée est de récupérer son autonomie en s'organisant en petits groupes autosuffisants. Mais ce n'est pas une chose facile. D'abord parce qu'il y a des gens très isolés qui ne sont pas en situation d'intégrer de tels groupes. Ensuite parce qu'il arrive souvent que les gens avec qui l'on s'associe nous déçoivent. Les expériences collectivistes à petite échelle ne sont pas nouvelles et révèlent souvent notre incapacité à sortir des relations de subordination et de notre individualisme. Enfin parce que dans les groupes trop petits, être autonome peut demander des efforts considérables, qui font resurgir l'aliénation au travail, et l'absence de temps pour les loisirs et la connaissance.

Je suggère que l'autonomie complète de chacun n'est pas possible. Il faut faire confiance à d'autres pour nous décharger du poids de certaines activités. C'est ce qui a été proposé par certains philosophes autour des notions de société et de contrat social. Nous nous retrouvons à osciller en permanence entre désir d'autonomie trop lourd à assumer, et désir de délégation à d'autres qui finissent par trahir notre confiance en agissant contre nos intérêts.

Pour sortir de ce dilemme, une transformation individuelle et collective des consciences est indispensable, pour que nous puissions nous faire confiance les uns les autres.

D'ici là, restons vigilants. ]]>
Tue, 20 May 2008 10:36:00 +0200 http://www.ecotheurgie.com/article-19726810.html
<![CDATA[Du pavlovisme militant]]> http://www.ecotheurgie.com/article-19726229.html
Il existe un équivalent à ce comportement dans le domaine institutionnel. Beaucoup de gens engagés utilisent éternellement et sans les questionner des modes d’expression politiques inefficaces parce que les moyens chez eux ont remplacé les fins.

Ils admettent souvent que ce sont les marchands d’armes qui font l’opinion puisqu’ils possèdent la presse, voire qu’il n’est pas possible de faire triompher aux élections un candidat dont les idées seraient contraires aux intérêts de ceux-là. Ils acquiescent de même au fait que le poids électoral des groupes sociaux est proportionné à leur discipline de vote, comme les chrétiens évangélistes du sud des Etats-Unis. Ils peuvent même admettre que tout ce que l’on attend d’eux est un consentement formel à des politiques déjà déterminées ailleurs.

Ils tiendront cependant toujours des élections comme seul principe de légitimité des gouvernants, et s’inquièteront de toute tentative d’expression communautaire comme contraire aux idéaux de la « République », où le choix de son vote est un droit de l'individu. Ils se présentent éternellement à ces élections qu’ils ne gagneront jamais, se satisfaisant de passer de 4 à 6% des voix d’une consultation à l’autre.

Ils signent des pétitions qui ne servent à rien à part à compléter les fiches de renseignement de la police.

Ils organisent des manifestations de rue sans comprendre de quel rapport de force elles procèdent. Il s’agit d’un pacte de non-agression tacite entre les syndicats et les gouvernements : les syndicats ne s’en prennent pas directement au pouvoir de manière violente pour le renverser, en échange de quoi il sera tenu compte de leurs revendications à hauteur de leur démonstration de puissance. Evidemment ce pacte ne fonctionne que si les manifestants ont réellement l’intention de menacer le pouvoir si leurs demandes ne sont pas écoutées. Depuis le deuxième mandat de Jacques Chirac, il semble que les gouvernements français ont enfin compris que l’opinion n’accordait plus de légitimité à la rue pour menacer le pouvoir, que les manifestants eux-mêmes avaient intégré la légitimité unique des consultations électorales. Depuis que la CGT n’est plus la courroie de transmission du PCF, il n’existe plus de possibilité de transformer les luttes sectorielles en revendications larges et politisées. Ce qui n’empêche pas certains de se féliciter de la rupture du lien entre politique et syndical, tout en appelant paradoxalement de leurs souhaits à la convergence des luttes.

On peut identifier un raisonnement mécanique, formulé par d'autres et digéré sans réflexion personnelle. On pourrait parler de pavlovisme militant. ]]>
Tue, 20 May 2008 10:16:00 +0200 http://www.ecotheurgie.com/article-19726229.html
<![CDATA[Arrêtez de nous demander du pognon !]]> http://www.ecotheurgie.com/article-19664171.html
Sa diffusion a été pour moi l'occasion de réfléchir à la bonne façon de s'opposer à la pensée unique capitaliste mondialiste.

Pour la réflexion politique, il faut se garder des travers ordinaires de l'opinion mal fondée :

Lorsque des amis parlent du monde qui les entoure, ils évoquent souvent ce qui ne va pas, et ce qu'ils y changeraient. On sent l'invincible puissance du "pueblo unido", du "tous ensemble", slogans censés évoquer une masse indivisible, entièrement tournée vers un but unique et glorieux. Mais dès qu'un de ces amis décide de passer de la parole à l'action, il doit choisir parmi plusieurs options politiques. Et là, curieusement, tous ses anciens amis se détournent de lui. Parce que le fonctionnement politique d'une démocratie électorale passe par un phénomène entropique formidable : l'opinion.

Les opinions, tout le monde en a de différentes, d'autant plus que beaucoup les adoptent sans trop y réfléchir. Toutes les mettre sur le marché permet qu'elles se combattent les unes les autres sans jamais mettre en danger le système de domination en place. Les opinions sont d'autant plus efficaces pour diviser qu'elles s'appuient sur des programmes exécutables automatiques : l'individualisme, la fausse morale, l'idéologie et l'ignorance. Il suffit pour s'en convaincre de suivre les forums d'opposants en période d'élections présidentielles, outre le fait que ces élections octroient beaucoup moins de pouvoir qu'on ne le croit souvent au candidat élu et donc de potentialités d'agir sur le système pour ses électeurs.

- l'individualisme
Tout le monde prône l'union contre le système, la résistance, et un tas de slogans qui ne mettent pas en avant le mode d'action. Mais concrètement, on trouve un vote Schivardi à ma gauche, un vote Bayrou à ma droite, un vote Bové, un vote Besancenot, un vote Le Pen, un vote blanc... S'ils admettent que le système n'est pas bon, ils vouent un culte aux moyens de sa légitimation : l'élection et surtout la liberté individuelle du vote. Et aucun de ces candidats ne décolle. Les chrétiens fondamentalistes aux Etats-Unis ne sont forts que parce qu'ils votent TOUS républicain. L'idéal est un candidat majoritaire avec leurs voix et minoritaire sans elles. Deux écueils : Le premier est que tout candidat élu gagne aussitôt des soutiens et peut ne plus avoir besoin du groupe considéré pour conserver la majorité. Le second est d'adhérer aux partis politiques, ce qui contraint presque automatiquement à un soutien sans conditions. Les lobbies les plus forts n'adhèrent pas aux partis. Ces deux écueils sont d'autant plus fréquents que la société est individualiste et éclatée. D'une part, il n'y a pas d'oppositions de classes ou d'intérêts dans le débat politique telles que les anti-système puissent se prémunir d'un soutien extérieur massif à leur candidat. Et surtout il n'existe rien d'autre pour grouper les intérêts des anti-système que d'adhérer directement aux partis. Mais la plus grande faiblesse des anti-système est leur refus de la discipline de groupe. Il n'y a qu'à voir tout le mal qu'ils pensent des consignes de vote. Et comme ce refus forge souvent leur identité, ils sont condamnés à échouer.
- l'idéologie
Les idées claires sont importantes. La rigidité idéologique assure elle un clivage définitif entre des groupes dont aucun n'est en mesure d'exercer le pouvoir. Ainsi l'ennemi principal d'un militant anarchiste est le militant trotskyste, dont il n'a de cesse de dénoncer les turpitudes. L'immense culture politique des trotskystes leur permet avant tout de dénoncer le déviationnisme de l'autre courant trotskyste, sans que l'on n'y comprenne goutte. Grâce à l'idéologie, "ce qui nous divise est plus important que ce qui nous rassemble."
- la fausse morale
La morale en politique a des liens étroits avec la rigidité idéologique. Là où l'idéologie sert à diviser les obédiences proches, la morale sert à dénoncer les courants dont on se trouve plus éloigné sans avoir à faire l'effort de les comprendre. Ainsi, si sur des bases anti-système proches, l'un fait le choix stratégique d'intégrer le FN, et l'autre choisit le PCF, ils sont condamnés à ne plus se parler autrement qu'en s'insultant. "Tous ensemble", d'accord, sauf avec - au choix - les rouges-bruns, les nationalistes, les extrêmistes, les droitiers, les gauchistes, les plus infréquentables que soi, etc.   Il existe un autre phénomène inquiétant : les opposants au système empruntent la morale du système pour obtenir son approbation. Pour apparaître comme des opposants légitimes, ils nient des accusations infâmantes dont ils pourraient faire l'objet (antisémites, fachos, etc.) mais rejettent ces accusations sur d'autres petits groupes oppositionnels, dans un mécanisme de déni-projection assez fascinant.

- l'ignorance

L'ignorance amène à admettre sans s'en rendre compte et donc sans les remettre en question un grand nombre de présupposés communs relayés par les media. Il est en général une chose entendue que "l'Etat est au service du bien commun", "un pays avec des élections est un pays qui ne s'attaque pas aux libertés", ou "l'Etat organise au mieux la solidarité entre les individus". Mais sommes-nous si sûrs d'être libres et d'être solidaires ?

Grâce à ce prêt-à-penser politique, le système s'assure de la division de ses adversaires, qu'ils confondent l'action politique vraie (qui change les choses) avec le droit de présenter ses idées, le débat, la spéculation intellectuelle et le cirque électoral.
Dans 100 ans, si le monde est encore là, le dit système n'aura jamais été mis en danger. Des gens se présenteront encore aux élections, avec pour perspective de passer de  2 à 2,5% des suffrages exprimés, ce qui de leur point de vue constitue un grand soutien populaire pour le changement.

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Pour tous ceux qui ont des habitudes militantes, je pense qu'il est sans doute temps d'en changer. Ceux qui sont de vrais poils à gratter reçoivent des menaces extrêmement sérieuses pour eux,leurs collaborateurs et leurs familles, se voient sauvagement éliminer du net et même interdire leurs organisations. Les autres ne sont pas assez importants pour qu'on s'en préoccupe, ou alors ils grattent moins qu'ils ne le pensent.

Comment protéger ses fesses quand on gratte ? Les organisations constituées et pyramidales peuvent recevoir des dons. Mais ces organisations posent de gros problèmes pour servir de structures de résistance. Une fois décapitées, elles meurent aussitôt. Ou alors elles peuvent être infiltrées aisément et détournées de leurs buts initiaux. Elles sont donc extrêmement vulnérables. J'ai donc un message à adresser à tous les sites alternatifs qui sont devenues des cibles pour le pouvoir : arrêtez de nous demander du pognon ! On n'en a pas tant que cela, et on ne souhaite pas le gaspiller à renflouer des organisations qui disparaîtront à la prochaine attaque.

Pour s'affranchir de ces organisations vulnérables, il faut travailler en réseau.
Le PC de la seconde guerre mondiale avait sûrement trouvé la bonne structure de lutte, avec ses cellules étanches et son culte du secret.
Tout d'abord il faut avoir une conscience claire de ce que cela signifie. Il ne s'agit pas d'un simple réseau d'information comme internet où on fait semblant d'avoir plein d'amis qui ne se serviront à rien en cas de problème.
Deuxièmement il y a le problème de la propagande. Pour bénéficier de l'aura médiatique, il faut bénéficier des bonnes grâces des media. Cela veut dire qu' "agir localement, penser globalement" n'est pas suffisant pour renverser le rapport de force. A mon humble avis, il n'est pas vain d'avoir un pied dans des structures militantes classiques, comme les grands partis politiques ou les syndicats. Le risque existe - bien sûr - d'être inaudible ou d'être utilisé pour rabattre des voix sur les candidats du système.

Au niveau individuel se pose un problème de même ordre: comment choisir son réseau ? D'une part, il ne faut pas trop frayer avec des agents de la matrice qui gaspillent tout notre temps et notre énergie pour un résultat inexistant, saboté ou détourné de son sens. Ces gens savent se présenter comme des soutiens actifs et utiles, et deviennent d'autant plus présents que la matrice sent que nous allons arriver à la mettre en danger. D'autre part, si nous choisissons de rester seul, nous avons toute notre énergie pour nous tout seul, nous pouvons atteindre des sommets dans la compréhension de ce qui se joue, mais cela est stérile si nous ne le faisons pas partager. Voilà le drame: il faut apprendre à discerner les bonnes personnes avec qui échanger, et ce n'est pas chose aisée.
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Sun, 18 May 2008 12:41:00 +0200 http://www.ecotheurgie.com/article-19664171.html
<![CDATA[Les deux piliers de l'inégalitarisme économique]]> http://www.ecotheurgie.com/article-15816979.html
Cela vient du fait que la société occidentale est une société d'abondance. Que les sociétés du passé aient toujours été des sociétés de pénurie est discutable, car on tend à juger la richesse de ces sociétés en fonction de la présence ou l'absence de ce que l'on connaît. Un vaisseau interstellaire nous semblerait inutile. Une automobile nous semble indispensable à une société que l'on considérerait comme riche.

Par "société d'abondance", il faut entendre une potentialité, car l'abondance n'est pas non plus partagée par tous dans les sociétés capitalistes. L'industrie du 19ème siècle anglais fait moins de cas de ses ouvriers que les sociétés féodales de leurs serfs, et les pays colonisés n'ont pas vraiment vu la couleur de "l'amélioration du niveau de vie".

Au moins les monarques du passé se contentaient-ils d'assurer à leur peuple la satisfaction de ces besoins fondamentaux ou de perpétuer les hiérarchies, selon leur inclination. Le capitalisme, lui, ment, lorsqu'il prétend élever sans cesse le "niveau de vie" de chacun.

Les sociétés d'abondance doivent en effet faire face à un problème, qui prend pour le capitalisme la forme d'une contradiction idéologique : comment maintenir la domination sociale si les besoins matériels fondamentaux sont remplis pour tout le monde ? Les pauvres ont une fâcheuse tendance à se contenter de cela et d'être heureux ainsi. Du point de vue du riche qui découvre cela, c'est assez dérangeant. Comment  jouir de ses possessions supérieures si les pauvres ne souffrent pas d'avoir moins ?

Le capitalisme promet que tous pourront consommer plus, tout en promettant aux plus entreprenants qu'ils pourront consommer encore plus que les autres.

Il faut donc susciter le besoin, le satisfaire en partie, mais le laisser en partie insatisfait pour assurer aux riches qu'ils jouiront plus que les autres. Pour susciter le besoin, il y a la publicité. Pour empêcher qu'il soit satisfait, comme les biens sont abondants, il faut créer une pénurie artificielle, qui est celle du pouvoir d'achat.

Il est probable que les règles de l'économie existent sous cette forme pour assurer ce gradient de richesses, et la certitude pour les riches que les pauvres sont frustrés de ne pas être riches.
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Sun, 20 Jan 2008 09:00:00 +0100 http://www.ecotheurgie.com/article-15816979.html
<![CDATA[Notre société secrète]]> http://www.ecotheurgie.com/article-15796458.html
Rien d'original, puisque le moindre blogueur dans la rubrique politique a plus ou moins cette même ambition.

Louis Pauwels nous disait qu'il y avait deux types d'ésotéristes : ceux qui sont là pour comprendre -lui-même se plaçait dans cette catégorie - et ceux qui sont là pour accomplir, les "alchimistes". Ce n'est pas un reproche de passivité qu'il adresse à ceux qui se contentent de comprendre : tout est une question de prédisposition naturelle. Il n'est tout simplement pas à la portée de n'importe qui de s'atteler à l'oeuvre alchimique.

Dans le domaine politique, les savants obtiennent le plus grand pouvoir lorsqu'ils se regroupent dans les sociétés secrètes, parce qu'aucun individu aussi intellectuellement puissant soit-il ne peut obtenir le pouvoir sans un groupe de gens oeuvrant dans le même sens à la même égrégore.

La seconde grande ambition à laquelle ce petit blog pourrait contribuer, c'est donc de favoriser la cristallisation d'une telle société secrète.

Aussi je souhaiterais que les internautes qui reprennent mes articles et me mettent en lien sur leurs sites me le signalent, plutôt que de le découvrir en consultant mes statistiques. C'est gonflant, à la longue, de voir que je suis repris à droite (les Jeunesses patriotes du 27) et à gauche (les blogs bovistes et anars), alors que personne ne fait l'effort d'envoyer un mail, ou même un petit commentaire.

J'aimerais, par exemple, bien savoir qui a mis le site en lien dans l'article "Altermondialisme" de wikipedia en français. Ca met un temps fou de chercher la référence sur la page, et d'ailleurs j'ai pas trouvé, même dans les versions archivées.
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Sat, 19 Jan 2008 13:30:00 +0100 http://www.ecotheurgie.com/article-15796458.html
<![CDATA[La religion, c'est la magie noire]]> http://www.ecotheurgie.com/article-15595883.html
Ceci observé, on peut supposer qu'il ne s'agit probablement pas du seul mensonge inculqué à l'humanité sur sa condition. D'autres disciplines sont certainement touchées, comme l'Histoire, la physique, la biologie.

J'aime bien en général le blog et les ouvrages de Sébatien Fontenelle, journaliste libertaire contempteur des "penseurs couchés" et des journalistes aux ordres. Mais Sébastien n'échappe pas à la déformation professionnelle : il semble penser que le débat médiatique qu'il commente tous les jours traite de ce qui est important. Ainsi, seules des interprétations fallacieuses et des occultations partielles peuvent être le fait des journaux. Les faits bruts sont connaissables au chercheur honnête et il se charge de nous en donner une interprétation plus juste.

La révélation de l'inexistence d' "armes de destruction massive" en Irak produit parfois des raisonnements étonnants. Pour certains, si la vérité a fini par triompher, c'est qu'elle finit toujours par s'imposer d'une manière ou d'une autre, le complot ne pouvant pas être tenu secret. Je pense tout le contraire.

Ce ne sont pas les journalistes - et surtout pas les journalistes français - qui ont imposé l'idée que ces ADM n'existaient probablement pas. Ce sont des militaires américains et des internautes. En général, les militaires ne disent rien. Il est probable que la résurgence de la vérité concernant ces ADM occulte tous les autres mensonges qui n'ont pas été dévoilés.

A l'opposé du journaliste, on trouve des idées assez radicales. Un mathématicien russe du nom de Fomenko suggère, statistiques à l'appui, que le Moyen-Age est une pure création littéraire. Le journaliste pense instinctivement que Fomenko dit des conneries. Mais si le mensonge et la dissimulation sont si fréquents dans les journaux aujourd'hui, dans les familles et les couples, pourquoi n'en serait-il pas de même pour un passé dont nous avons infiniment moins de preuves directes ?

Bien avant l'économie sévissaient déjà les religions. A qui ne connaîtrait pas l'Histoire de la Terre, leur sort semblerait assez facile à régler. Brigitte Bardot nous a assez dénoncé l'horreur des conditions dans lesquelles on égorgeait les moutons le jour de l'Aït-el-Kebir. Ce qui est bien plus choquant, c'est que l'Aït commémore un sacrifice humain, avorté certes, celui d'Isaac par Abraham. Mais il y a aussi des sacrifices humains réels dans la Bible comme celui, très explicite, de la fille de Jephté le Galaadite.

Les trois religions monothéistes s'appuient donc sur des pratiques de magie noire (mais alors très noire). Le livre d'Enoch identifie d'ailleurs clairement Yahwé à Satan.
Les religions pratiquent le déni sur cet apologie du sacrifice humain qu'on trouve dans les textes bibliques. C'est au moins une bonne chose car cela veut dire qu'il n'a apparemment plus cours. En revanche, le contenu général des religions actuelles reste de la même eau : un pacte/alliance, un renoncement au libre arbitre, l'acceptation d'une loi/sujétion à l'entité contre la promesse de récompenses matérielles (sur Terre chez les Juifs, au ciel pour les autres), des rituels sacrificiels (symboliques chez les chrétiens, réels chez les musulmans, les Juifs ou dans le vaudou).

Il y eut une époque où l'Eglise catholique n'appréciait pas tellement l'argent. Le protestantisme a balayé cela en décrétant, comme les Juifs, que celui qui avait de l'argent en avait parce qu'il avait complu à Dieu, et qu'en conséquence les riches étaient les meilleurs des hommes. Les musulmans refusaient traditionnellement l'intérêt, mais il semble que la tendance soit à l'acceptation d'un taux d'intérêt "raisonnable".

L'effervescence messianique actuelle complète le tableau. Elle n'est pas réellement perceptible en France où les phénomènes religieux ne sont pas décrits pour ce qu'ils sont, mais pour des données sociologiques ou géopolitiques. On insiste beaucoup en France sur la dimension "laïque" du sionisme. On feint de croire que le judaïsme traditionnel n'a aucun intérêt pour le sionisme, alors qu'il y a des interprétations divergentes. L'hérésie sabbatéenne au 16ème siècle était sioniste, et le livre de Jérémie fonde clairement cette idéologie. C'est de manière fortuite si le choix "laïc" de regrouper les Juifs suite aux persécutions dont ils furent l'objet, et de les regrouper plutôt en Palestine qu'en Ouganda, à Madagascar ou en Russie, rejoint les prescriptions bibliques.

Ce discours est surtout un discours français, car les sociétés anglo-saxonnes ne perçoivent pas bien ce qu'est la "laïcité" et alimentent les descriptions religieuses du monde. Les groupes évangélistes américains ignorent totalement les causes géopolitiques évoquées en France et les remplacent par la confirmation de leurs visions eschatologiques. Chacune des trois religions annonce l'arrivée prochaine de son Messie. Les Juifs ont souvent dit que c'était imminent, mais le retour pour demain matin de Jésus et de l'imam caché, à l'exception des prêcheurs fous et du passage de l'an mil, sont des phénomènes essentiellement contemporains.

A la limite, on s'en ficherait un peu si tout cela n'avait pas d'incidence sur la vie du reste de l'humanité. Le problème, c'est que chacun des messies annoncés est censé péter la gueule aux incroyants de la vraie religion.

Les rationalistes, qui sont en général tout aussi bornés dans leurs perceptions du monde, disent que la religion est l'opium du peuple. C'est plus que cela : la religion, c'est la magie noire.
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Sun, 13 Jan 2008 09:35:00 +0100 http://www.ecotheurgie.com/article-15595883.html
<![CDATA[Gnose et gauche]]> http://www.ecotheurgie.com/article-15374801.html
Il y a  deux options : soit on devient capitaliste et on prétend y aller de son petit plus éthique (option Finkielkraut), soit on examine de nouveau le contenu des idéologies de gauche pour comprendre ce qui ne va pas dedans.

La gauche de gauche n'est pas du tout postmoderne. Elle  répète juste les idées d'avant en se disant que ça finira  par marcher un jour. La gauche de gauche n'est pas du tout anticapitaliste, mais elle reste persuadée du contraire parce que c'est comme cela qu'elle s'est historiquement définie et qu'elle considère que combattre le capitalisme en en adoptant les représentations économiques est et sera toujours pertinent.

On observera qu'il est étonnant de définir l'ensemble du champ politique à travers une variable unique, qui prend des noms différents selon la partie du spectre observé (la droite, la gauche, le centre), alors que cette variable est mal définie dans l'absolu, et qu'elle fluctue également de manière relative en temps et en lieu.

Il faudrait donc se mettre d'accord sur ce que l'on désigne comme étant la gauche et la droite.

A une époque pas si lointaine, étaient désignés comme de gauche ceux qui croyaient que l'Histoire a un sens et que c'est celui du progrès humain.

Etaient désignés comme de droite

- les romantiques réactionnaires et les bourgeois conservateurs, qui pensaient que le monde était mieux avant/très bien comme il est, parce qu'ils y trouvaient un avantage personnel (ils sont en haut de l'échelle sociale) ou esthétique. Ceux-là pensent que le monde change et qu'il change en mal lorsqu'on met en oeuvre le progrès. C'était du temps ou le progrès était une valeur portée par la gauche. Mais on leur proposa un progrès inégalitaire, et ils s'y sont ralliés.

- les conservateurs fixistes, qui pensent le monde ne peut pas changer, et qu'il est inutile de chercher à le changer.
Parmi ceux-ci, les plus pessimistes, influencés par le catholicisme ou le gnosticisme, pensent que le monde est mauvais de nature.

De nos jours, la gauche (de gauche) continue à prétendre à une plus grande justice humaine, mais d'un point de vue plus moral que scientifique. Le messianisme y a fait long feu.

En revanche ceux qui sont désignés comme la droite et les conservateurs ne sont en réalité pas du tout conservateurs. Ils aspirent à la fin de l'Histoire, qui sera capitaliste, démocratique, inégalitaire et heureuse.

Il y a une similitude fondamentale entre tous les courants qui se réclament d'un temps linéaire, d'un sens de l'Histoire et développent une idéologie de type messianique, qu'ils soient supposément égalitaires ou pas. On citera les grandes religions (il n'y a pas de fin de l'Histoire heureuse sur Terre pour les musulmans et les catholiques, mais la finalité se trouve au paradis), communisme, nazisme, fascisme, sionisme, néo-conservatisme et capitalisme.

Séparer les inégalitaristes et les plus égalitaires n'est pas pertinent si on adopte le point de vue contraire du gnosticisme. Dans le manichéisme, ce sont deux principes qui s'affrontent dans l'homme, "bien" et "mal" et jamais l'un ne triomphe de l'autre. Cela exclut l'idée de progrès et les idéologies finalistes. Le mage Gurdjieff disait que les formes changent, mais l'essence demeure.

Si le gnostique a raison, la conséquence logique est que les idéologies finalistes et messianiques se planteront toujours.

En post-modernes, examinons le contenu de l'idéologie de gauche pour voir ce qui ne va pas. Il y a bien sûr les croyances économiques absurdes partagées avec les capitalistes, la confiance naïve dans les vertus de la démocratie électorale. Il y a aussi l'idée que la victoire viendra un jour, et qu'elle sera définitive. L'Histoire nous permet-elle d'observer que des progrès le soient pour toujours, ou que globalement le monde s'améliore avec le temps ?

Il semble donc bien que le gnostique a raison.

Les anciens conservateurs et la gauche pensaient à raison que ce monde est mauvais.
L'ancienne gauche pensait qu'il pouvait être amélioré. L'ancienne droite pensait qu'il ne fallait pas essayer de l'améliorer.

Doit-on être conservateur ? Je ne le pense pas. Ne pas essayer d'"améliorer" le monde n'est pas un non-choix.  C'est choisir l'entropie car on ne peut pas refuser de servir l'un ou l'autre principe.

Je suggère d'essayer, malgré tout.]]>
Sun, 06 Jan 2008 19:45:00 +0100 http://www.ecotheurgie.com/article-15374801.html