Economie

Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 12:14

La comptabilité analytique permet de découper les coûts et recettes d'une entreprise par activités, afin de lui permettre de mieux cerner ses forces et faiblesses.

En pratique, on fixe aussi des indicateurs aux différents secteurs de l'entreprise et des objectifs à atteindre pour ceux-ci.
Ainsi, les services cliniques d'un hôpital se voient assigner des objectifs en termes d'occupation des lits, par exemple 95 % de lits occupés.
Les gestionnaires de salles de réunion ont des objectifs similaires d'occupation des salles.
Ainsi le directeur de l'hôpital a l'impression de ne pas dépenser de l'argent en maintenance ou en nettoyage pour des salles ou des lits inoccupés.

La comptabilité analytique est la déclinaison interne de l'idéologie de la main invisible du marché. C'est le rêve que l'on peut mieux fonctionner ensemble en poursuivant des objectifs différents. En réalité, on peut tout à fait appliquer le dilemme du prisonnier de Nash : les stratégies non coopératives sont toujours sous-efficaces.

Ainsi, il devient impossible de trouver une salle de réunion au pied levé. Cela diminue grandement la réactivité des services utilisateurs, obligés de programmer leur activité des mois à l'avance.
De même, les services d'urgence se trouvent incapables de trouver des lits d'aval pour les patients qui nécessitent une hospitalisation. Parfois, ils sont obligés de les renvoyer chez eux.

Tout cela pour rien. Les contrats d'entretien coûtent exactement le même prix que l'on occupe ou pas les lits. Plus : les contrats d'entretien ne sont pas toujours fonction du nombre de lits. Ainsi en supposant que le coût de l'entretien par lit soit (chiffre au hasard) de 5 euros par lit pour 100 lits, vous avez une facture de 500 euros. Si s'avisant que 90% seulement des lits sont occupés, le directeur décide de fermer 10 lits. Le contractant continue de facturer 500 euros. Seul résultat : le coût par lit passe à 5,56 euros. Le directeur pourrait même se faire taper sur les doigts pour avoir vu augmenter ses coûts d'entretien.

Par Didier - Publié dans : Economie - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT - Recommander
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Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 16:35

Cela fait un moment que je vois écrit partout que la Réserve fédérale américaine "monétiserait" la dette américaine, supposément en injectant des tonnes de billets dans l'économie américaine via la planche à billets. Ceci serait le prélude à une hyperinflation généralisée.

J'ai déjà écrit ici que la déconnexion entre la masse monétaire et les prix est très largement constatée, soit que cet argent est immobilisé en bourse et dans le capital des entreprises, soit que les riches le conservent sur leurs comptes, et ne vient jamais alimenter les marchés basiques que nous formons avec nos commerçants.
Par ailleurs, c'est bien parce qu'il y a pénurie de crédit, et que les prix sont trop hauts par rapport au pouvoir d'achat que les particuliers ressentent les effets de la crise financière. C'est plutôt la déflation qui nous attendait, et on a pu observer en effet de nombreuses baisses de prix dernièrement.

Reprenons ici ce que nous écrivions :

LaRouche écrit : « Tout le système économique se désintègre, avec ce genre de complications. Et on a, d’une part, un phénomène d’hyperinflation conduit par les produits financiers dérivés, et de l’autre, un processus déflationniste, en conséquence d’une chute de la production, les gens étant prêts à vendre à n’importe quel prix pour échapper aux dettes ; et les deux phénomènes sont simultanés. »

La réalité est plus simple : les mécanismes que dévoile LaRouche n’existent pas. Il n’y a pas de phénomène mécaniquement inflationniste lié aux produits financiers dérivés. Pas plus que de processus déflationniste lié à la chute de la production. Seule la quantité de monnaie en circulation et les prix s’ajustent l’un à l’autre, et encore pas de manière systématique. Si cela était automatique et rapide, ni l’inflation ni la déflation ne seraient d'ailleurs des problèmes économiques.

Les marchés financiers n'ont jamais été inflationnistes parce que la sphère boursière et la sphère économique sont étanches.
L’argent investi en Bourse lors des introductions et lors des augmentations de capital disparaît définitivement de la sphère marchande et ne peut plus servir aux transactions. Si les produits dérivés sont nombreux et introduits à des prix très élevés, la monnaie disparaît de la sphère marchande à proportion, ce qui ne peut être que d’ordre déflationniste. Lorsque on parle du marché d’occasion, tout ce qu’achète une personne est vendu par une autre. Quelle que soit la cotation, aucun argent n’entre ni ne sort de la sphère marchande.


Pas plus que les produits dérivés les mécanismes de soutien aux banques opérés par les banques centrales et les Etats ne sont inflationnistes.
Le plan Paulson américain et les plans européens pour le secteur bancaire fin 2008 prévoyaient des prises de participation temporaires (des prêts) de l'Etat dans le capital des banques, afin de rétablir le niveau des réserves à un niveau jugé "acceptable" (même si un niveau acceptable est une pétition de principe). Les banques centrales font la même chose sur les comptes de réserve au jour le jour. C'est cela que l'on nomme "injections de liquidités".
L’injection de liquidités n’est pas la pratique de la planche à billets. Elle ne peut pas générer d’"hyperinflation" puisque ces prêts ne sortent jamais des circuits financiers.

La monétisation c'est encore autre chose. C'est en théorie l'introduction de nouveaux moyens de paiement dans l'économie. Ce qui - effectivement - devrait tendre à accroître la masse monétaire.
On s'attend donc à ce que ces nouveaux moyens de paiement 1) augmentent la masse monétaire 2) permettent de rembourser la dette.

Voici les mécanismes de monétisation dont il est question : en 2009, la Fed a racheté 80 % des bons du Trésor US, ainsi que des milliers de millards de dollars en actions et obligations.
C'est tout simplement le principe inverse de la Bourse. La Bourse capture la masse monétaire désormais inutilisable pour les transactions marchandes. Le rachat d'actions permet de remettre cet argent en circulation. Ceci permet en effet de pallier en partie la pénurie de crédits (et certainement pas à l'hyperinflation dans le contexte).
Evidemment, cela fonctionne très mal. La Fed rachète souvent les actifs dits "pourris", c'est-à-dire ceux qui ne rapportent plus rien, au prix fort. Et les détenteurs de ces actifs se dépêchent de réinvestir l'argent reçu dans de nouveaux produits jugés plus rémunérateurs.

Mais quel est le rapport avec le remboursement de la dette de l'Etat US ?
Il n'y en a pas. La monétisation est le contraire de l'opération de titrisation. La titrisation consiste à émettre des bons du Trésor, des obligations d'Etat dans le cadre d'un emprunt. La somme reçue contre ces obligations permet donc à l'Etat de se financer.
La titrisation crée de l'argent supplémentaire contre une dette. Mais l'opération inverse de monétisation est une simple substitution des titres par des liquidités. Elle est réalisée par la banque fédérale et non par l'Etat.
Par la titrisation, l'Etat s'endette, mais la monétisation ne l'aide pas à rembourser.

Bref, on ne sait toujours pas ce que c'est que la supposée "monétisation de la dette".

Le seul artifice qui permette de rembourser une dette sans s'endetter encore, c'est l'inflation. Vous savez, l'hyperinflation. Ce truc qui fait si peur à LaRouche et ses amis. Demandez-vous pourquoi.

Par Didier - Publié dans : Economie - Communauté : Communauté de l'opposition - Recommander
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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /2009 22:02
Deux petits trucs pour affronter l'économie (ça peut suffire) :

1) la valeur n'existe pas
2) l'argent est un facteur limitant

1) La valeur n'existe pas. Comme invention de la pensée, elle se comporte de la manière dont l'homme s'attend à ce qu'elle se comporte. Elle est l'idéal-type de la forme-pensée.

Les prix sont répartis sur une échelle relative les uns par rapport aux autres. Ainsi "tout" ne peut pas s'effondrer dans l'économie comme on le lit parfois; certaines choses voient leur valeur baisser et d'autres monter relativement.
Pour déterminer la valeur, il est nécessaire de recourir à un étalon. Le choix de cet étalon dépend des croyances des individus : le temps de travail, l'or, le dollar... D'une part, l'existence de cette valeur est difficile à croire avec autant d'étalons différents. D'autre part, la seule existence d'un étalon prouve que la valeur en soi n'existe pas. La valeur possède une similarité amusante avec les coordonnées espace-temps dans la théorie de la relativité.

2) Dans la gratuité, il n'existe aucune limite au transfert de biens. Dans l'échange monétaire, l'échange ne peut se poursuivre que tant que l'acheteur a de l'argent. Les groupes qui créent de la monnaie complémentaire veulent "créer autant d'argent qu'il sera nécessaire pour que les besoins soient satisfaits". En ce cas, ils peuvent aussi bien proposer la gratuité car la signification de l'argent est dans la limite qu'il impose à la consommation (le pouvoir d'achat), et la possibilité qu'il a de créer une hiérarchie de consommateurs. Pour résumer, l'argent sert à déterminer qui peut consommer et combien.

Qui prend cette décision ? La répartition de l'argent est déterminée par le prix, qu'il s'agisse du prix du travail (salaire), ou du prix des biens. Dans le capitalisme, il s'agit d'une convention sociale informelle, qui fait intervenir la perception par le groupe de ce qui peut être admis, et d'autres déterminants comme l'offre et la demande. Cette instance informelle est appelée le "marché".

Dans d'autres systèmes économiques, il peut exister des instances formelles qui fixent les prix. C'est le cas dans le distributisme.

Le distributisme prétend souvent qu'il propose un système AMA, où on commence par la distribution de monnaie (A comme argent). Cette monnaie sert à acheter des marchandises (M), et ces marchandises sont vendues contre de l'argent (A). L'enchaînement que Marx identifie dans le capitalisme est MAM.
Cette présentation MAM est biaisée, car elle suggère que la première marchandise produit de l'argent (respectant le principe de la valeur travail), alors que la suivante doit être achetée par de l'argent préexistant. Le AMA est tout aussi biaisé, puisque les distributistes suggèrent que le premier argent est donné, tandis que le second est issu de la vente de biens. Le mérite au travail ne détermine plus le droit à consommer d'un individu en première instance, mais il est réintroduit en second lieu.
En réalité, l'enchaînement réel est de type ...AMAMAMAMAMAMAMA... et n'a ni début ni fin. Le distributisme ne peut se présenter comme AMA que dans la mesure où il remet régulièrement les compteurs à zéro avec sa monnaie à durée de validité limitée.

C'est donc une commission qui fixe les prix dans le distributisme. Ces prix sont déterminés selon des critères informels d'utilité sociale, c'est-à-dire de mérite du producteur. Les défenseurs de l'instance marché ne prétendent pas autre chose. Quel argument les distributistes peuvent-ils donc avancer pour prétendre être plus équitables que le marché. Un seul : "Le marché est méchant, nous sommes gentils. Le marché est injuste. Nous serons justes." Libre à nous de les croire.
Par Didier - Publié dans : Economie - Communauté : Freemen - Recommander
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Mardi 15 septembre 2009 2 15 /09 /2009 11:08

Je viens de recevoir un rappel - j'ai su pi j'ai oublié - comme quoi le distributisme a été conçu par les catholiques Gilbert Chesterton et Hilaire Belloc dans l'esprit de l'encyclique Rerum Novarum. La Fraternité Saint Pie X est particulièrement impliquée dans les pratiques distributives aux Etats-Unis. Résultat: ils passent pour des communistes.

On rappelera quand même que tous ces trucs de monnaie complémentaire sont irrationnels. Si il s'agit de créer de la monnaie de telle manière qu'il y ait toujours assez de pouvoir d'achat pour satisfaire les besoins en matière d'échange, autant ne pas utiliser de monnaie du tout. La monnaie a justement pour fonction principale de créer un rationnement artificiel : chacun ne peut consommer qu'en proportion de la monnaie qu'il détient.

L'actualité c'est la commission Stiglitz qui rend enfin son rapport. Elle avait été mandatée en 2008 pour proposer une nouvelle définition de la croissance, rien que ça. Je n'ai pas encore pu lire le rapport in extenso, mais la lecture de la presse donne les grandes lignes.

La commission s'en est remise aux indicateurs de développement humain qui ont permis à Amartya Sen de gagner un prix Nobel. L'idée est de créer des indicateurs complémentaires qui seraient la part humaine du développement, tandis que le PIB en resterait la part financière. Bon c'est un peu idiot. Si le PIB n'a aucun rapport avec le bonheur, même pas un début de corrélation, c'est qu'il n'est un indicateur de rien du tout, en dehors de la production d'une bien hypothétique valeur.

On peut aussi observer que des "indicateurs de développement humain" sont tout aussi arbitraires, et témoignent des valeurs morales qu'une société décide de se donner. Qu'à cela ne tienne, les sociétés ont besoin pour se construire d'une morale commune. Mais ce ne sont des indicateurs que du décalage pour cette société entre ses valeurs et ses pratiques.

Une autre idée qui avait été évoquée était de modifier les règles de calcul du PIB en affectant aux prix un coefficient environnemental. Ce n'est pas vraiment décroissant. C'est plutôt maintenir à tout prix l'illusion de la croissance, tout en restreignant le niveau de nuisances faites à l'environnement. C'est d'ailleurs une cuisine très arbitraire (quels coefficients ? sur quels prix ?), et c'est relativement plus complexe que de conserver deux types d'indicateurs bien distincts.

Mais surtout, l'existence d'une telle commission démontre à tous les critiques du capitalisme qui conservent une vision ultra fétichiste de la valeur, sont convaincus de la baisse tendancielle du taux de profit, et de la chute inéluctable du capitalisme sous le poids de ses propres contradictions, que la valeur est une chose plastique, qu'on peut décréter à loisir.
Vous pensiez que c'était la crise, que les indicateurs étaient mauvais, que l'économie ne créait plus de valeur, que les impôts n'allaient plus pouvoir rentrer ? Qu'à cela ne tienne : on change d'indicateurs, on réévalue la création de richesses, et tout va bien finalement.

L'argument écolo ultime de l'économiste de gauche Jean Gadrey en faveur de la croissance écolo: ça nécessite plus de travail, donc ça crée de la valeur en plus.


Cette commission démontre aussi que l'argument décroissant "On ne peut avoir une croissance infinie dans un monde fini" est faux, parce que c'est justement ce que la commission s'est attelée à faire : maintenir l'idée d'une croissance infinie dans un monde fini. Et elle pouvait le faire parce que justement la "valeur" est une pure création de l'esprit humain. Elle peut croître même au milieu des ruines.

Par Didier - Publié dans : Economie - Communauté : Freemen - Recommander
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