Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /2010 15:11
Il y a une chose curieuse avec les jeux video. Les personnes qui y jouent sont convaincues qu'elles peuvent se permettre d'y faire des choses qu'elles ne feraient pas dans la vraie vie.
Mais le progrès du jeu video semble lié à sa capacité à être de plus en plus réaliste. Autant dire que le meilleur jeu video sera celui qui saura exactement imiter la vie.
Il serait tellement prenant qu'il serait joué 24 heures sur 24. Bref c'est la vie.
Les sites de socialisation en ligne ou les forums se rapprochent de la réalité vraie d'encore une marche. On n'y prétend pas jouer un avatar. Mais ceux qui les fréquentent utilisent des arguments proches des gamers : sur facebook, je me lache, je me permets de dire des choses que je ne dirais jamais dans la vie.

Il suffirait de se convaincre que nous jouons un personnage sur Terre pour oser dans la vie tout ce que nous nous autorisons dans le jeu. Or il semble bien que la force de la magie consiste à jouer ce personnage sans contraintes d'aucune sorte. Nous sommes notre propre avatar. Ce qui me fait dire que si contraintes il y a, elles sont entièrement dans nos représentations limitantes.

On dit parfois que rien n'est irréversible dans le jeu alors que la vie nous engage et ne permet pas de revenir en arrière. Mais le caractère définitif de la vie est une supposition. Si nous nous réincarnons, nous avons la possibilité de rejouer encore et encore. Et si nous n'avons qu'un essai, il importera peu une fois que nous serons morts que nous ayons été intrépides ou soumis aux règles. A tout bien peser, nous serions même mieux fondés à n'en faire qu'à notre tête.
De l'autre côté, l'investissement et le temps passé à jouer peuvent aussi être considérables. Lorsque vous perdez votre avatar de niveau 70 que vous incarnez depuis dix ans, le côté factice du jeu commence à vous échapper un peu.
Certains s'en inquiètent : nos jeunes ne feraient plus la différence entre le jeu et la réalité. Mais si la réalité est un jeu et le jeu une forme de réalité, on ne voit pas au nom de quoi on préférerait l'un à l'autre. Surtout si les comportements des autres joueurs voire de l'intelligence artificielle sont plus appréciés que les comportements des autres vivants. Je me fixe moins de contraintes dans le jeu, mais les autres joueurs retiennent également moins leurs personnages qu'eux mêmes. Si on décide que les femmes du strip poker en ligne valent les vraies, on préférera logiquement leur attitude simple et peu farouche à celles de nos collègues de travail ou de lycée.

Il existe un métier qui mélange en permanence la vraie vie et le spectacle, au point que les acteurs confondent facilement leur personnage et leur véritable identité : c'est le catch. Pendant des années, les lutteurs conservent leur personnage sans en changer. Seuls les acteurs tenant un rôle pendant des années dans un feuilleton télévisé, et ce sans s'autoriser des pauses pour tourner au cinema ou jouer au théâtre, peuvent être comparés aux lutteurs. On se sert des événements de la vraie vie des lutteurs pour élaborer les scenarii du spectacle. Qu'un lutteur se drogue, perde son chien dans l'incendie de sa maison, se fasse voler sa petite amie par un autre lutteur : on l'utilise ! Les lutteurs luttent 300 jours par an, meurent souvent jeunes. Ils doivent se montrer arrogants tout en étant absolument soumis, donner le maximum physiquement mais accepter de se coucher si on ne les considère pas comme vendeurs.
Le film Existenz de David Cronenberg nous propose un jeu si réaliste que l'on se prend à ne plus distinguer la frontière entre la réalité et le jeu et nous amène à poser la question ultime : "notre vie ne serait-elle pas le jeu d'individus jouant dans un autre univers et nous-mêmes de simples avatars ?"

Mais certains d'entre nous le savent : notre vie est pareille au jeu. Je ne crois pas à la valeur et aux fondements de l'économie. Mais ma vie professionnelle m'amène en permanence à avancer des arguments économiques, parce que je valorise mon activité en fonction des recettes et des économies que je génère.
Ne dit-on pas parfois aux francs tireurs de la société qu'ils "ne jouent pas le jeu" des codes et représentations en vigueur ?
On ne s'étonnera pas que les individus en "opposition" ne veulent pas être des individus "en marge". Un blogueur politique peut dénoncer le traitement de l'information par les media dominants, les accuser des partialité et de déformer les faits. Il ne peut pas se permettre de supposer que les faits racontés sont totalement inventés, et d'autres faits majeurs totalement occultés, parce que le dialogue devient alors impossible. Il est de facto "délégitimé" pour le débat politique. Voilà pourquoi il est obligé de partager en partie les croyances et les représentations des gouvernants, quitte à collaborer à leurs mensonges. Le pouvoir et l'opposition forment naturellement un dipôle des idées acceptables, et tout ceux qui s'expriment dans ce cadre sont dans le jeu.
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
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