Jeudi 15 octobre 2009
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Deux petits trucs pour affronter l'économie (ça peut suffire) :
1) la valeur n'existe pas
2) l'argent est un facteur limitant
1) La valeur n'existe pas. Comme invention de la pensée, elle se comporte de la manière dont l'homme s'attend à ce qu'elle se comporte.
Elle est l'idéal-type de la forme-pensée.
Les prix sont répartis sur une échelle relative les uns par rapport aux autres. Ainsi "tout" ne peut pas s'effondrer dans l'économie
comme on le lit parfois; certaines choses voient leur valeur baisser et d'autres monter relativement.
Pour déterminer la valeur, il est nécessaire de recourir à un étalon. Le choix de cet étalon dépend des croyances des individus : le
temps de travail, l'or, le dollar... D'une part, l'existence de cette valeur est difficile à croire avec autant d'étalons différents. D'autre part, la seule existence d'un étalon prouve que la
valeur en soi n'existe pas. La valeur possède une similarité amusante avec les coordonnées espace-temps dans la théorie de la relativité.
2) Dans la gratuité, il n'existe aucune limite au transfert de biens. Dans l'échange monétaire, l'échange ne peut se poursuivre que
tant que l'acheteur a de l'argent. Les groupes qui créent de la monnaie complémentaire veulent "créer autant d'argent qu'il sera nécessaire pour que les besoins soient satisfaits". En ce cas, ils
peuvent aussi bien proposer la gratuité car la signification de l'argent est dans la limite qu'il impose à la consommation (le pouvoir d'achat), et la possibilité qu'il a de créer une hiérarchie
de consommateurs. Pour résumer, l'argent sert à déterminer qui peut consommer et combien.
Qui prend cette décision ? La répartition de l'argent est déterminée par le prix, qu'il s'agisse du prix du travail (salaire), ou du prix des biens. Dans le capitalisme, il s'agit d'une
convention sociale informelle, qui fait intervenir la perception par le groupe de ce qui peut être admis, et d'autres déterminants comme l'offre et la demande. Cette instance informelle est
appelée le "marché".
Dans d'autres systèmes économiques, il peut exister des instances formelles qui fixent les prix. C'est le cas dans le distributisme.
Le distributisme prétend souvent qu'il propose un système AMA, où on commence par la distribution de monnaie (A comme argent). Cette monnaie sert à acheter des marchandises (M), et ces
marchandises sont vendues contre de l'argent (A). L'enchaînement que Marx identifie dans le capitalisme est MAM.
Cette présentation MAM est biaisée, car elle suggère que la première marchandise produit de l'argent (respectant le principe de la valeur travail), alors que la suivante doit être achetée par de
l'argent préexistant. Le AMA est tout aussi biaisé, puisque les distributistes suggèrent que le premier argent est donné, tandis que le second est issu de la vente de biens. Le mérite au travail
ne détermine plus le droit à consommer d'un individu en première instance, mais il est réintroduit en second lieu.
En réalité, l'enchaînement réel est de type ...AMAMAMAMAMAMAMA... et n'a ni début ni fin. Le distributisme ne peut se présenter comme AMA que dans la mesure où il remet régulièrement les
compteurs à zéro avec sa monnaie à durée de validité limitée.
C'est donc une commission qui fixe les prix dans le distributisme. Ces prix sont déterminés selon des critères informels d'utilité sociale, c'est-à-dire de mérite du producteur. Les défenseurs de
l'instance marché ne prétendent pas autre chose. Quel argument les distributistes peuvent-ils donc avancer pour prétendre être plus équitables que le marché. Un seul : "Le marché est méchant,
nous sommes gentils. Le marché est injuste. Nous serons justes." Libre à nous de les croire.
Par Didier
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Publié dans : Economie
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Dans les deux cas je crois qu'il y a réduction des transferts possibles, types de circulations possibles, entre inconnus à l'échange. Je pense que si on ne montre pas que d'autres circulations entre inconnus sont possibles, sortie de l'économie = autarcie.
La gratuité comme alternative à l'économie, je ne suis pas convaincu, ou alors il faudrait préciser comment ça peut marcher sans qu'il y ait une abondance de biens (impossible). Ou alors tout se passe pour l'individu, de son point de vue, comme s'il y avait abondance - d'ailleurs c'est le seul point de vue qui compte.
Le roman de SF "Les dépossédés" donne une piste : tous les biens de susbsitance sont en livre service, mais c'est l'ordinateur central qui planifie les travaux de base - quoique c'est bien accepté. Le ciment culturel qui fait que ça marche c'est l'anarchisme, comme morale je dirais ; mais le roman est justement construit autour de l'idée que la société en question est en danger de trop se rigidifier...
Ceci dit l'idée de déconnecter complètement les travaux des biens auxquels l'individu peut prétendre est sans doute une base assez saine de départ (mais insuffisante en elle-même). Par contre le revenu garanti est une solution bancale car la déconnection n'est pas complète (on conserve l'argent).
Je n'ai jamais interprété la sortie de l'économie comme l'autonomisation. C'est un moyen intéressant pour créer des résistances dans le contexte. Pas un argument que je retiens sur le fond.
"La gratuité comme alternative à l'économie, je ne suis pas convaincu, ou alors il faudrait préciser comment ça peut marcher sans qu'il y ait une abondance de biens (impossible)."
Donc l'économie sert à empêcher l'abondance de survenir ? C'est en effet ce que je pense.
L'argent sert à déterminer qui peut consommer et dans quelles limites. C'est un fait de nature, et c'est ce que je me borne à faire apparaître.
Ca me gêne plus que tu voies cela comme une vertu !
Il y a toujours une instance qui prend cette décision, à travers le prix du travail et des biens. Dans le capitalisme, c'est le marché. Dans le distributisme, c'est une commission qui fixe les prix. Le seul argument que les distributistes peuvent avancer pour prétendre être plus équitables que le marché est "le marché est méchant, nous on est gentils".
Je suis en fait plus intéressé par une vision la plus objective possible de l'économie, de la valeur et de l'argent que par des martingales visant à nous en faire supposément sortir.
L'abondance est-elle seulement possible ?
On dirait bien plutôt que c'est l'économie qui fait croire en l'abondance "pour soi", au détriment d'autrui et des dites "externalités négatives" qui est tout ce qui n'est légitimement pas pris en compte. L'économie est une construction morale où l'exploitation globale devient localement un échange donnant-donnant.
Un peu comme mathématiquement on dirait que l'économie est une intégrale dont le résultat est l'exploitation sociale, et le différentiel de un échange équitable.
Sur un plan fonctionnel, je dirais que l'économie est un mode de coordination particulier.
Il semble cependant que l'idée d'abondance n'est pas absente des visions du postcapitalisme, y compris chez les marxiens... c'est le moins qu'on puisse dire. Comme si on pouvait garder le bébé industriel avec l'eau du bain marchande. C'est ignorer la mise au travail nécessaire pour obtenir les rendements au principe de l'abondance pour une minoritée qui en bénéficie, y compris de la part des êtres non-humains et de l'"environnement".
Ca dépend où tu places le curseur et ce que tu juges indispensable à représenter l'abondance.
Les "externalités négatives" sont un problème lié aux activités de production et de consommation. C'est du matériel, et cela n'a rien à voir avec leur coordination par l'argent.
Ca ne change rien à l'effet systémique de l'argent, qui est toujours de restreindre la consommation.
"Il semble cependant que l'idée d'abondance n'est pas absente des visions du postcapitalisme, y compris chez les marxiens... c'est le moins qu'on puisse dire."
Voire des miennes !
Je ne vois vraiment pas en quoi l'argent est indispensable à faire fonctionner une usine.
Sortir de l'économie en gardant le productivisme me semble tout à fait possible.
Que j'aie des tendances décroissantes ou écologistes est une autre question.
L'industrialisation au 19è correspond à une saisie du savoir-faire artisanal par le capitaliste, par le biais des ingénieurs qui inscrivent dans les machines les gestes humains. C'est le même processus qui a lieu plus récemment par l'informatisation, étape essentielle à la marchandisation du travail et aux délocalisations.
Imaginer une expertise pointue sans qu'elle soit vendue, c'est comme imaginer un arbre qui ne ferait que du bois et pas de feuilles - bon la métaphore est nulle, mais on est entre nous :)
Le production d'équivalence est au principe de l'industrialisation disais-je car elle consiste à rapprocher les êtres dans une même catégorie et sous un certain rapport. Pour former le mécano de l'usine, il faut préalablement que les rouages soient identifiées comme tels, standardisés, ayant une certaine forme qui les rend compatibles dans un fonctionnement. C'est précisément cette production de formes qui constitue la notion d'investissement, c'est-à-dire une réduction des possibles à des fins de contrôle, de prévision, d'efficacité.
L'argent est le principe d'équivalence ultime car toutes les catégories d'êtres peuvent être saisies sous son rapport : comment s'en passer puisque l'efficacité sera toujours un calcul coût-avantage devant intégrer des éléments qualitativement différents, mais qu'il faut rapprocher pour effectuer le calcul ?
"Imaginer une expertise pointue sans qu'elle soit vendue, c'est comme imaginer un arbre qui ne ferait que du bois et pas de feuilles - bon la métaphore est nulle, mais on est entre nous :)"
Oui. L'argent a une vertu cardinale, c'est que le besoin qu'on en a force les gens à travailler !
Ricardo estimait qu'il fallait que les pauvres aient juste de quoi survivre. Keynes était favorable à un volant de chômeurs pour faire peur à ceux qui travaillent.
Comme tu le fais remarquer, ils ont raison !
Des tas de gens n'approuvent le capitalisme et les inégalités que pour cette raison.
L'industrie et l'économie sont liées non pas parce que la technologie est consubstantielle de la valeur, mais parce que - comme tu le soulignes;) - les pauvres (et les hommes en général) sont fainéants.
Je me borne pour ma part à faire remarquer qu'indépendamment du facteur humain, l'industrie et l'économie sont deux choses différentes.
La valeur est ambivalente. Après, chacun choisit son camp. Il y a ceux qui préfèrent l'économie parce qu'ils trouvent que vivre dans une société consumériste et technologique vaut bien qu'on subisse l'aliénation au travail et à la valeur. Et il y a ceux qui préfèrent la sortie de l'économie et l'autonomie autour de méthodes de survie rudimentaire.
Ca c'est faux. La standardisation du geste n'implique aucune équivalence des gestes entre eux. L'industrie produit des voitures, des avions, des tondeuses à gazon... Pas de la valeur ou des formes.
C'est le problème majeur avec les critiques de la valeur : ils croient à ce que l'économie raconte sur elle-même. Au final, ils la renforcent. Il suffit qu'on apprécie le monde dans lequel on vit - et je ne déteste pas tout - pour la justifier totalement.
Il ne reste plus alors qu'un banal clivage politique : ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas, chacun s'efforçant de construire un monde selon ses goûts.
De plus, tu ne réponds pas à mon argument final qui est le besoin d'un équivalent général pour décider de ce qui est efficace ou pas. C'est juste logique.
Pour résumer l'argument, la standardisation n'implique pas l'équivalence générale. Mais l'industrie implique la standardisation. Mais la notion de productivité implique la notion d'équivalent général car pour dire l'efficacité il faut mettre dans une formule des réalités qualitativement différentes.
Les équivalents générales possibles sont notamment le temps, l'énergie, l'argent, ce sont toutes des grandeurs abstraites permettent de mesurer des réalités qualitativement différentes.
Ou alors trouve-moi une définition de la productivité qui ne fait pas intervenir d'équivalent général.
Ca m'intéresse :)
La "productivité" économique est établie en termes monétaires. La productivité en nombre de voitures/temps-homme ne peut se comparer qu'à celle des usines qui produisent des voitures.
"Les équivalents générales possibles sont notamment le temps, l'énergie, l'argent, ce sont toutes des grandeurs abstraites permettent de mesurer des réalités qualitativement différentes.
Ou alors trouve-moi une définition de la productivité qui ne fait pas intervenir d'équivalent général."
Argent est un numérateur, temps est un dénominateur. Comme dit ci-dessus, une productivité non monétaire n'introduit pas d'équivalent général.
Par ailleurs comment déterminer le nb de voitures à produire pour simuler l'"abondance" ? Il te faudra arbitrer avec d'autres types de production jugées nécessaires.
Heu...tu fantasmes.
"Par ailleurs comment déterminer le nb de voitures à produire pour simuler l'"abondance" ? Il te faudra arbitrer avec d'autres types de production jugées nécessaires."
Je viens d'écrire que l'abondance est une question de perception. Ta question obtient autant de réponses que de personnes interrogées. Ce qui veut dire qu'il ne sert à rien de la poser.
Tu es véritablement obsédé par la manière d'obtenir un consensus sur un système à construire (Sidonie te l'avait fait remarquer l'autre jour). Il y a un fonctionnaire européen en toi.
Denis, je n'arrive même pas à me figurer à quelle profondeur se situent tes réflexions, et j'aurais certainement bien du mal à répondre dans les clous.
Mais bon Dieu personne ne te demande rien ! Surtout pas un système complet clés en main. Si tu milites pour un soviet central de la planification, dis-le simplement.
Ca n'a rien à voir avec ce que j'évoque qui n'a aucune vocation normative. Le pouvoir d'achat est une limite à la consommation parce que c'est sa NATURE d'en être une. Ce qui au-dessus de tes moyens, tu ne l'achètes pas, c'est tout.