Mercredi 18 novembre 2009
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Il n'est pas toujours bien facile de se faire comprendre en se référant à des philosophies mal connues.
Le langage - qu'il soit new age ou plus sèchement philosophique - donne toujours lieu à des ambiguités. Rien ne ressemble plus à
un texte gnostique qu'un autre texte gnostique, à un texte philosophique qu'un autre texte
philosophique.
Beaucoup de gens regardent surtout la forme. Un texte à tonalité mystique va attirer des lecteurs branchés wicca ou new
age, tandis que Husserl ou Platon auront l'approbation des étudiants en philosophie. Les textes sont appréciés par des gens qui n'en ont pas compris le sens, et rejetés par des gens dont les
croyances peuvent être proches mais qui ne les expriment pas sous cette forme.
Par ailleurs, les interlocuteurs se font rares pour les uns comme pour les autres. La philosophie est perçue comme élitiste. Le symbolisme mystique dit mieux que le langage le sens qu'il
renferme, mais les symboles ne sont plus universels. Beaucoup leur donnent un faux sens et les autres s'en moquent.
Mais là où on porte vraiment sa croix, c'est qu'il faut parler au milieu de ceux qui utilisent les mêmes mots et s'en font une idée tout à fait différente. Ils sont bien entendu majoritaires et
bavardent énormément.
Certains croient que l'idée centrale du gnosticisme est que nous avons été créés par des êtres reptiliens. Honnêtement, on parle bien
de quelque serpent dans les textes classés gnostiques de diverses obédiences datés des premiers siècles avant ou après JC. Et il est très possible qu'il y ait un fond de vérité ou un peu plus là
dedans.
Mais enfin est-ce qu'une croyance d'ordre historique suffit à résumer la pensée gnostique, et est-ce bien cela le principal
?
Les gnostiques historiques rejetaient l'Ancien Testament comme une livre diabolique. Certains gnostiques d'aujourd'hui sont yahwistes.
Ils ne voient pas que le sacrifice d'Abraham est l'archétype des rituels sataniques. Abraham renonce à son libre-arbitre et se soumet totalement au pouvoir d'une entité en échange de récompenses
matérielles et de la victoire contre ses ennemis, et commet pour cela un sacrifice de sang. "Ouais mais tu vois il montre sa foi envers Dieu." Celui qui commence à croire n'importe quelle entité
qui se présente comme "Dieu" et se soumet entièrement à ses ordres quels qu'ils puissent être pourrait bien connaître quelques problèmes, à mon humble avis. Evidemment, 3 milliards de croyants ne
sont pas parvenus à faire ce parallèle pourtant bien évident. Abraham est aussi en quelque sorte le premier sujet à étayer les conclusions de l'expérience de Milgram.
Mais le principal est ailleurs : le point essentiel des enseignements gnostiques, comme de tous les bons enseignements, est que la
pensée crée le monde.
On trouve aussi des gens qui vendent du bouddhisme à toutes les sauces. Le fond de sauce des doctrines des magiciens bonpos et des
bouddhistes est aussi que la pensée crée le monde, avec comme partout une tendance vers la multiplicité des formes.
Les "bouddhistes" de chez nous assimilent souvent l'ego à un manque de simplicité. Chez Freud, l'ego pourrait utilement être présenté
comme l'attachement à l'image de soi. Cela n'a rien à voir avec une stratégie sociale comme la modestie. La plupart des individus les plus égotiques ont une très mauvaise image d'eux-mêmes dont
ils sont incapables de se départir.
Chez Descartes, l'ego est l'intellect pensant. Cet ego-là n'est jamais déprécié par Descartes (peut-être même est-il surcoté). Pourtant
nos "bouddhistes" assimilent aussi le manque de simplicité au goût des joutes intellectuelles.
Ils pensent aussi que l'ego (intellectuel et prétentieux) doit disparaître comme celui du Bouddha pour être libéré du cycle des
réincarnations, parce que l'ego ça fait souffrir et c'est mal.
L'ego dans une acception "bouddhiste", c'est la personnalité, qui contient l'intellect, les émotions et le corps physique. Il s'agit
d'un véhicule avec lequel on expérimente la vie sur Terre. Anéantir l'ego, ça veut dire qu'on est mort. C'est "se rendre maître" de l'ego par la volonté qui est le vrai combat et la libération
des influences.
On se libère du cycle des réincarnations parce qu'on a appris tout ce qu'il y avait à apprendre, pas parce qu'on a décidé d'arrêter de
vivre de multiples vies de souffrance.
Vouloir anéantir l'ego sans accumuler l'expérience nécessaire, c'est vouloir avoir le diplôme sans avoir suivi les cours. C'est aussi
selon la tradition un péché mortel contre l'esprit (mais si commun et naturel ! On cherche à nous faire peur là).
Cela n'a surtout aucun sens, car si l'individu ne se réincarne plus en tant que tel, l'esprit dont il est fait continue de le faire
parce qu'il est dans sa nature de s'incarner. En Occident, le nirvana est parfois perçu comme une version orientale du Paradis
ou des Champs-Elysées.
Il n'y a aucun fondement non plus à critiquer l'ego des autres, qu'il soit à dominante intellectuelle, physique ou émotionnelle. Mais
il nous semble toujours que les autres font mal les choses et devraient s'en remettre à notre mode de vie.
Voilà ce qu'est le "bouddhisme" de beaucoup d'occidentaux : un péché contre l'esprit, deux mandalas au mur et un CD de chants
aums.
Le new age peu cortiqué aime le bouddhisme parce qu'il croit que c'est un enseignement qui condamne l'intelligence comme de la
prétention et magnifie la vie "simple".
Mais voir dans l'ego un manque de simplicité, ce n'est ni dans Freud, ni dans Descartes, ni dans les enseignements du Bouddha (qu'ils
auraient certainement trouvé prétentieux à se croire plus malin qu'eux).
Par Didier
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Publié dans : Esotérisme
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