Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /2009 21:25

« Pourquoi je suis féministe » est le titre d’un article que Clémentine Autain nous propose sur son blog.

On y lit la chose suivante :

 

« Il faudrait aussi qu’on cesse d’entendre que le violeur est victime d’une maladie liée à ses pulsions. La plupart des viols sont prémédités. Ce n’est pas un fait biologique mais un fait social. Donc on peut le combattre. »

 

Ceci en dit bien plus sur la vision du monde de l’auteur que sur le monde lui-même. Clémentine pense qu’il est possible de supprimer le viol en changeant l’organisation sociale. S’il y a eu des viols pendant des milliers d’années, ce n’est pas parce que l’homme est mauvais, c’est parce que l’organisation sociale n’était pas la bonne.

 

Cette supposition était celle de Jean-Jacques Rousseau, qui pensait que c’était la société qui pervertissait l’homme.

 

On a dit autrefois que la gauche était optimiste quant à la nature humaine, alors que la droite serait pessimiste.

Mais dans sa recherche du système parfait, Clémentine réclame des lois. Il faut par exemple une loi pour punir spécifiquement les maris qui battent leurs femmes.

Or le principe des lois n’est pas de proposer un système parfait, il est de mettre en place des contraintes. Le système parfait de Clémentine est un système fait sur mesure pour elle, afin qu’elle se sente protégée.

 

Elle fait semblant d’ignorer l’existence d’individus dont les intérêts sont différents des siens. Ainsi, il existe des hommes qui sont petits, gros et pauvres. (C’est encore pire s’ils sont virils - ils ne parlent que de sport - et intelligents – ils donnent des complexes aux femmes.)

Ils sont soumis à la morale commune, qui leur dit qu’il est mal de consommer des actes sexuels sous la contrainte, et sont également conscients du fait que sans une contrainte de cette nature, la fonction d’accouplement leur est interdite.

Un homme soutiendra d’autant plus facilement la proposition de loi de Clémentine qu’il sera soumis à la morale commune et que ses intérêts ne seront pas en danger.

 

Le fait pour de tels hommes de se soumettre à la morale sociale est-il le choix du Bien ? Ou devrait-il plutôt satisfaire ses propres désirs ?

Pour un intellectuel à tendance économiste, la question du souverain Bien est une question de société : c’est le Bien qui maximise le bien-être collectif.

Pour un néo-libéral pur, la poursuite par un individu de sa satisfaction personnelle entraîne naturellement un bien-être collectif maximisé.

On voit bien que le modèle social ne peut résoudre le problème du Mal. Il correspond à une morale sociale donnée pour une société donnée. Cette morale sociale propose une définition du bien et du mal qui lui convient.

 

Donc Clémentine veut se débarrasser du viol en faisant des lois.
Là où la droite crée des lois pour punir les transgressions, la gauche crée des lois pour les empêcher. Et elle fait semblant de ne pas voir qu’il s’agit d’une contrainte. La gauche pense qu’elle peut changer le monde.

Le fait est que les êtres humains ne peuvent pas tous vivre ensemble, parce que leurs aspirations sont différentes, et leurs intérêts aussi. La mise en place de systèmes uniques adaptés à tous les êtres humains sans distinction est un fantasme.

 

La gauche n’est pas optimiste quant à la nature humaine ; elle ne veut pas la voir.

A dire vrai, l’individu de droite d’aujourd’hui n’est pas plus pessimiste, puisqu’il croit qu’en gagnant assez d’argent, il ne mourra pas.

Ainsi sont aussi les parents qui conçoivent des enfants. Ils font comme si l’enfant en question n’allait pas souffrir, attraper le cancer, avoir faim et mourir.

 

Nous avons là une caractéristique de l’homme : il prend ses désirs pour des réalités.


Il existe une tradition fondée sur une conception cyclique du temps et la lutte éternelle de deux principes, que l’on retrouve notamment dans l’hindouisme.

 

Il ne faut pas confondre tradition et religion, ou traditionnel et ancien. Les religions abrahamiques ont une conception linéaire du temps, et sont conçues autour d’un événement final qui mettra fin aux tribulations de l’humanité, le retour d’un Messie ou la fin des temps. De ce point de vue, la pensée socialiste est dans la droite ligne des religions messianiques, avec la victoire définitive d’une classe sur les autres et l’avènement final d’une société sans classes. Il en est de même des économistes qui ont annoncé la fin de l’Histoire avec le triomphe mondial du système capitaliste.

 

Ce que René Guénon appelle la pensée moderne n'est pas si moderne que cela. Celle-ci est au moins aussi ancienne que l’écriture, quand les sumériens ont décidé de l’existence de la valeur en créant la comptabilité il y a plus de 6000 ans, et sont tombés dans l’illusion du monde.

 

Cette antitradition part de l’idée que le mauvais principe peut être vaincu.

Ce mauvais principe est selon elle le Mal. Mais nous avons vu que bien et mal sont des concepts très relatifs. Le mauvais principe, l’antitradition l’incarne sans le savoir : c’est celui de prendre ses désirs pour des réalités.

 

L’autre principe en lutte est celui de la connaissance objective. Connaissance de soi et connaissance du monde.

Le monde moderne interprète évidemment la tradition à la façon dont il est habitué à penser : comme une lutte entre la tradition et les modernes. Or ce n’est pas cela. La tradition dit que la lutte des principes est éternelle, et qu’elle-même incarne un de ces principes.

Si la connaissance traditionnelle tend à disparaître, c’est simplement que l’on se trouve à cet endroit du cycle.

 

Voilà ce qui est difficile à comprendre à la lecture de Guénon ou Evola. Ils réagissent en modernes, se lamentent sur l’Etat du monde, comme si la tradition était une cause culturelle. Et ils en tirent des prescriptions sur la bonne manière d’agir en ces circonstances. Pour Evola, la cause est perdue, il ne faut rien faire. Pour Guénon, il faut qu’une véritable élite se rassemble et exerce une influence spirituelle.

 

Mais la tradition a toujours raison. Les ennemis de celle-ci gagnent dans les esprits, de manière transitoire. Mais ils ne peuvent pas gagner dans les faits, aussi vrai que le temps cyclique ne se transforme pas en temps linéaire.

Et en tant que manifestation de la nature, chacun doit incarner l’un ou l’autre des principes en œuvre.

Le clivage ne se situe pas entre ceux qui essayent de changer le monde et ceux qui agissent de manière individualiste ; il se situe entre ceux qui croient réellement qu’ils peuvent changer le monde, et ceux qui savent que le monde ne se change pas.

 

Il n’existe pas de place au-dessus de la mêlée comme le souhaiterait Evola, et pas de possibilité de contrecarrer le cycle comme le voudrait Guénon. Cependant, ce qui reste à chacun, c’est le libre arbitre.

 

Les auteurs traditionalistes confondent également le contenu de la Tradition et les sociétés traditionnelles.

Les « sociétés traditionnelles » hiérarchisées par castes ne font que véhiculer le premier principe, leurs modalités ne sont que leur façon de s’y adapter. Cela ne signifie pas qu’en tout temps et en tout lieu, les sociétés humaines doivent s’organiser ainsi.

Ces sociétés comme tout système incarnent aussi une morale sociale, qui est distincte de la Tradition.

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Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : Freemen - Recommander
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