Theognosis
La théurgie généraliste
Dans le cadre de leur Université d'Eté certains Verts et non des moindres ont signé un texte appelé "Pour une
décroissance solidaire"
http://www.lesechos.fr/info/france/300287046.htm
Quelques mois plus tôt,Alain Lipietz, signataire, récusait lors d'une conférence Utopia le terme de décroissance "qui fait peur". Doit-on se féliciter d'une telle évolution ?
Lipietz milite pour la mise en place des droits économiques à polluer selon le modèle proposé par Al Gore. Il souhaite également faire financer par le secteur public les coûts de
transport des entreprises gazières (qui elles resteront privées bien entendu). C'est-à-dire qu'il allège les charges des gaziers pour les faire porter sur le contribuable. Si le prix du gaz ne
baisse pas, c'est du bénéfice. Tout cela pour dire qu'à la base, Lipietz reste un économiste des plus orthodoxes.
La lecture du texte incline également à penser que l'adoption du mot "décroissance" est de l'ordre du slogan.
Ca se réclame de la décroissance, tout en voulant "dynamiser la croissance". La vision de ce qu'est l'économie est très rudimentaire. Il ne suffit pas d'appeler la consommation "gaspillage" et de
décider tout à coup que la croissance reposerait sur des "créations d'emplois" et pas sur la consommation pour sauver la croissance. On cite Nicholas Stern, le gars qui est capable de chiffrer la
valeur d'une planète, on dit que le protocole de Kyoto serait décroissant. Pour résumer, c'est une forme d'annexion du langage de la décroissance par la social-démocratie.
La plupart des militants Verts qui n'ont pas approché les questions de l'autonomie et se caractérisent par une sensibilité environnementale sont, même de manière inconsciente,
social-démocrates. (De même que les "anticapitalistes" de la LCR.) A chaque fois qu'on a évoqué les "courants épars de l'écologie politique", les Verts ont bien précisé qu'ils ne
voulaient rien avoir à faire avec les anti-modernes et antidémocrates de la galaxie décroissante.
Que propose d'ailleurs la commission Stiglitz (sans parler de celle d'Attali) pour redéfinir la croissance ?
Un économiste de gauche y afférent comme Jean Gadrey propose de changer les règles de calcul du PIB, en pondérant les prix par des coefficients environnementaux. L'idée, c'est sauver l'apparence
de la croissance tout en réduisant l'impact environnemental. Ce n'est même pas la décroissance, mais c'est ce qui se fait de plus radical dans la sphère universitaire.
Pourtant la décroissance est un peu la solution ultime pour sauver la société capitaliste du désastre écologique annoncé. (Il serait mieux de songer à en finir avec l'économie.)
Avec Stiglitz ou les Verts, on n'en est même pas à réduire ses consommations.