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"La social-démocratie est le nom que l'on donne au capitalisme en Europe" (John Kenneth Galbraith)

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Mardi 20 mai 2008

Je veux rappeler ici ce qui sépare l'école de la sortie de l'économie du courant capitaliste environnementaliste et surtout de l'écosociétalisme.

1) Le consumérisme à coloration écologiste est majoritaire chez les Verts, puisque souvent ceux-ci se défendent de s'opposer au capitalisme, assurent qu'ils savent que la croissance est nécessaire, mais qu'il faudrait tenir compte des tendances antisociales et antienvironnementales du capitalisme, et les corriger pour obtenir un développement plus durable. Il existe aussi une prise de conscience écologique de cet ordre au Parti socialiste, à l'UMP et même dans certains courants du patronat. En général, il existe une pensée magique non verbalisée derrière cette opinion, qui suggère que le capitalisme est par nature capable de surmonter ses tendances entropiques, en trouvant des solutions à la fois suffisamment puissantes pour résoudre les problématiques environnementales, et toujours avant qu'il ne soit trop tard. Chez les Verts on suggérera que les solutions relèvent des politiques publiques. Au MEDEF, on préférera des solutions fondées sur le marché.

La sortie de l'économie ne relève pas d'une contrainte extérieure qui rendrait la décroissance indispensable, mais surtout d'une conviction que l'économie capitaliste est mal fondée en théorie (cf le Manuel d'anti-économie), vise à légitimer des principes de hiérarchie et de domination où certains profitent et d'autres sont esclaves, et aliène l'individu car elle ne propose comme perspective spirituelle que la consommation dans un monde individualiste.

2) D'autres groupes proposent de se dégager de la valeur travail au sens sociologique et des aspects aliénants du capitalisme, comme le mouvement Utopia. Ils rejettent formellement le capitalisme, mais manquent d'une pensée économique alternative pour en sortir réellement. Aussi leurs propositions relèvent de la gauche keynésienne traditionnelle, à la fois étatistes et social-démocrates, comme les impôts ou le revenu universel.

Ils formulent une critique de l'économie académique, mais qui cherche à corriger ce qu'elle ne prendrait pas en compte tout en reconnaissant son bien-fondé indiscutable. Une commission a ainsi été créée par le gouvernement pour redéfinir le concept de croissance. Des propositions ont été émises, comme pondérer le Produit intérieur brut avec des coefficients pénalisant les externalités négatives, ou encore faire cohabiter le Produit intérieur brut avec des Indices de développement humain. Le premier représenterait l'aspect économique du développement, les seconds l'aspect social.
Ils ne voient pas que si le PIB est en contradiction flagrante avec les IDH, il ne reflète pas un aspect du développement qui serait économique : il ne reflète rien du tout.

3) Le courant écosociétaliste reprend des points de vue écologistes favorables à l'idée de décroissance. Il critique aussi le contenu du PIB. Il y ajoute deux éléments intéressants. Le premier est la dénonciation du fait de confier la création monétaire aux banques privées, sans laisser aucun pouvoir à l'Etat et à ces citoyens. Le second est la perception que les biens dans les pays occidentaux existent en abondance, et que le capitalisme se maintient en feignant la pénurie.

Ce qui est difficile à comprendre, c'est que toutes les conséquences ne sont pas tirées de ces observations judicieuses.

Puisqu'il est connu que la monnaie est créée dans les banques par un mécanisme différent de la production de biens et services, et que justement cette irréductibilité d'un des mécanismes à l'autre crée des déséquilibres et une pénurie de monnaie, pourquoi continuer à reconnaître des concepts comme le PIB, les impôts, la croissance, qui justement supposent que ces deux mécanismes de création de biens et de création de monnaie sont réductibles l'un à l'autre ?

Puisqu'il est reconnu que nous vivons dans un monde d'abondance et que le capitalisme ne peut fonctionner sans la pénurie, pourquoi vouloir à tout prix reconstruire une comptabilité et une monnaie alternative ? La monnaie quelle qu'elle soit est un outil pour créer la pénurie et une hiérarchie de capacités à consommer. Toute comptabilité se justifie par la pénurie et le besoin de quantifier ce qui nous manque.

4) La sortie de l'économie se distingue par la prise de conscience que la valeur commune attribuée aux biens à travers le prix est une convention arbitraire. Un autre de ses principes actuels est le rejet de la délégation des décisions (par l'élection) et de la production (par la division du travail), qui fait perdre à l'homme son autonomie.

Voici une mise en parallèle éclairante de la sortie de l'économie avec l'écologie, écrite par Denis et postée sur
www.decroissance.info :

"Aussi c'est la critique de la technoscience, des techniques industrielles, qui a permis quoique marginalement de développer une version non écologiste de la décroissance. Cela peut conduire à refuser les éoliennes industrielles par exemple, même si leur bilan carbone est bon, parce qu'il s'agit d'un appareillage qui maintiendra les personnes dans la dépendance."

On peut ajouter que déléguer à 1 % de paysans la responsabilité de produire l'alimentation de tous nous met à la merci de quelqu'un qui décide : "Tu ne manges pas !"
Pour souligner les différences d'approche, il est significatif que lors d'un débat du mouvement Utopia autour du concept de fraternité, les présents ont souligné que la fraternité de voisinage pouvait être un prétexte pour désengager l'Etat des politiques sociales. Ce n'est pas faux bien sûr, mais est-ce que les politiques sociales ne servent pas à faire approuver l'ensemble du système par les personnes qui en bénéficient ?

On y joindra une très pertinente remarque de Clément Homs, sur le fait que disjoindre le besoin et l'action par la division du travail est ce qui a permis la perte de contrôle et d'intérêt pour les externalités négatives de la production :

"On peut penser que si les pollutions et les dégradations sont possibles, c'est parce que le plus souvent elles ne sont pas le fruit d'une décision personnelle, mais plutôt d’une médiation totale qui a brisé historiquement le rapport direct entre l’action individuelle (et socialisée dans un groupe de vie) et son besoin (sans ramener « le » besoin à une substance universelle incompressible). Cette méditation s'est mise entre notre activité et notre besoin, et a transformé complètement les deux éléments qu'elle relie. Cette médiation entre notre action et son besoin, qui sépare notre action de notre besoin, c’est l’économie."

La solution qui est proposée est de récupérer son autonomie en s'organisant en petits groupes autosuffisants. Mais ce n'est pas une chose facile. D'abord parce qu'il y a des gens très isolés qui ne sont pas en situation d'intégrer de tels groupes. Ensuite parce qu'il arrive souvent que les gens avec qui l'on s'associe nous déçoivent. Les expériences collectivistes à petite échelle ne sont pas nouvelles et révèlent souvent notre incapacité à sortir des relations de subordination et de notre individualisme. Enfin parce que dans les groupes trop petits, être autonome peut demander des efforts considérables, qui font resurgir l'aliénation au travail, et l'absence de temps pour les loisirs et la connaissance.

Je suggère que l'autonomie complète de chacun n'est pas possible. Il faut faire confiance à d'autres pour nous décharger du poids de certaines activités. C'est ce qui a été proposé par certains philosophes autour des notions de société et de contrat social. Nous nous retrouvons à osciller en permanence entre désir d'autonomie trop lourd à assumer, et désir de délégation à d'autres qui finissent par trahir notre confiance en agissant contre nos intérêts.

Pour sortir de ce dilemme, une transformation individuelle et collective des consciences est indispensable, pour que nous puissions nous faire confiance les uns les autres.

D'ici là, restons vigilants.

par Didier publié dans : Economie communauté : Freemen recommander
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