Economie et Archimagie
Nous avons écrit dans le « Manuel d’Anti-économie » que les gens peuvent avoir l’habitude d’exprimer un argument sans en comprendre
toutes les implications, même lorsqu’il s’agit du meilleur argument. L’exemple donné était le proverbe amérindien qui dit que « l’argent ne se mange pas ». Ceci est
parfaitement exact, d’une rationalité à toute épreuve et il ne manque pas d’occidentaux friands de philosophies exotiques pour témoigner de la sagesse de ces mots. Peu de ceux-ci pourtant iraient
jusqu’à remettre en cause les mécanismes et indicateurs économiques – comme le Produit intérieur brut, la croissance, la valeur ajoutée – comme incapables de réaliser ce à quoi ils prétendent, à
savoir mesurer la richesse.
Il existe un équivalent à ce comportement dans le domaine institutionnel. Beaucoup de gens engagés utilisent éternellement et sans les questionner des modes d’expression politiques inefficaces
parce que les moyens chez eux ont remplacé les fins.
Ils admettent souvent que ce sont les marchands d’armes qui font l’opinion puisqu’ils possèdent la presse, voire qu’il n’est pas possible de faire triompher aux élections un candidat dont
les idées seraient contraires aux intérêts de ceux-là. Ils acquiescent de même au fait que le poids électoral des groupes sociaux est proportionné à leur discipline de vote, comme les chrétiens
évangélistes du sud des Etats-Unis. Ils peuvent même admettre que tout ce que l’on attend d’eux est un consentement formel à des politiques déjà déterminées ailleurs.
Ils tiendront cependant toujours des élections comme seul principe de légitimité des gouvernants, et s’inquièteront de toute tentative d’expression communautaire comme contraire aux idéaux de la
« République », où le choix de son vote est un droit de l'individu. Ils se présentent éternellement à ces élections qu’ils ne gagneront jamais, se satisfaisant de passer de 4 à 6%
des voix d’une consultation à l’autre.
Ils signent des pétitions qui
ne servent à rien à part à compléter les fiches de renseignement de la police.
Ils organisent des manifestations de rue sans comprendre de quel rapport de force elles procèdent. Il s’agit d’un pacte de non-agression tacite entre les syndicats et les gouvernements : les
syndicats ne s’en prennent pas directement au pouvoir de manière violente pour le renverser, en échange de quoi il sera tenu compte de leurs revendications à hauteur de leur démonstration de
puissance. Evidemment ce pacte ne fonctionne que si les manifestants ont réellement l’intention de menacer le pouvoir si leurs demandes ne sont pas écoutées. Depuis le deuxième mandat de Jacques
Chirac, il semble que les gouvernements français ont enfin compris que l’opinion n’accordait plus de légitimité à la rue pour menacer le pouvoir, que les manifestants eux-mêmes avaient intégré la
légitimité unique des consultations électorales. Depuis que la CGT n’est plus la courroie de transmission du PCF, il n’existe plus de possibilité de transformer les luttes sectorielles en
revendications larges et politisées. Ce qui n’empêche pas certains de se féliciter de la rupture du lien entre politique et syndical, tout en appelant paradoxalement de leurs souhaits à la
convergence des luttes.
On peut identifier un raisonnement mécanique, formulé par d'autres et digéré sans réflexion personnelle. On pourrait parler de pavlovisme militant.
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