Les deux piliers de l'inégalitarisme contemporain sont la publicité et l'argent.
Cela vient du fait que la société occidentale est une société d'abondance. Que les sociétés du passé aient toujours été des sociétés de pénurie est discutable, car on tend à juger la richesse de
ces sociétés en fonction de la présence ou l'absence de ce que l'on connaît. Un vaisseau interstellaire nous semblerait inutile. Une automobile nous semble indispensable à une société que l'on
considérerait comme riche.
Par "société d'abondance", il faut entendre une potentialité, car l'abondance n'est pas non plus partagée par tous dans les sociétés capitalistes. L'industrie du 19ème siècle anglais fait moins de
cas de ses ouvriers que les sociétés féodales de leurs serfs, et les pays colonisés n'ont pas vraiment vu la couleur de "l'amélioration du niveau de vie".
Au moins les monarques du passé se contentaient-ils d'assurer à leur peuple la satisfaction de ces besoins fondamentaux ou de perpétuer les hiérarchies, selon leur inclination. Le capitalisme, lui,
ment, lorsqu'il prétend élever sans cesse le "niveau de vie" de chacun.
Les sociétés d'abondance doivent en effet faire face à un problème, qui prend pour le capitalisme la forme d'une contradiction idéologique : comment maintenir la domination sociale si les besoins
matériels fondamentaux sont remplis pour tout le monde ? Les pauvres ont une fâcheuse tendance à se contenter de cela et d'être heureux ainsi. Du point de vue du riche qui découvre cela, c'est
assez dérangeant. Comment jouir de ses possessions supérieures si les pauvres ne souffrent pas d'avoir moins ?
Le capitalisme promet que tous pourront consommer plus, tout en promettant aux plus entreprenants qu'ils pourront consommer encore plus que les autres.
Il faut donc susciter le besoin, le satisfaire en partie, mais le laisser en partie insatisfait pour assurer aux riches qu'ils jouiront plus que les autres. Pour susciter le besoin, il y a la
publicité. Pour empêcher qu'il soit satisfait, comme les biens sont abondants, il faut créer une pénurie artificielle, qui est celle du pouvoir d'achat.
Il est probable que les règles de l'économie existent sous cette forme pour assurer ce gradient de richesses, et la certitude pour les riches que les pauvres sont frustrés de ne pas être
riches.
Et comme ça ne suffit plus d'attiser l'insatisfaction du pauvre par le miroitement de biens inutiles voire nuisibles, on s'attaque aujourd'hui à ses besoins de base, manger à sa faim, avoir un toit sur la tête et un avenir pour ses enfants.
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posté par :
mc
(site web)
le: 22/01/2008 09:11:23