La pensée postmoderne se résume à ceci : maintenant que la gauche à tout raté, on fait quoi ?
Il y a deux options : soit on devient capitaliste et on prétend y aller de son petit plus éthique (option Finkielkraut), soit on examine de nouveau le contenu des idéologies de gauche pour
comprendre ce qui ne va pas dedans.
La gauche de gauche n'est pas du tout postmoderne. Elle répète juste les idées d'avant en se disant que ça finira par marcher un jour. La gauche de gauche n'est pas du tout
anticapitaliste, mais elle reste persuadée du contraire parce que c'est comme cela qu'elle s'est historiquement définie et qu'elle considère que combattre le capitalisme en en adoptant les
représentations économiques est et sera toujours pertinent.
On observera qu'il est étonnant de définir l'ensemble du champ politique à travers une variable unique, qui prend des noms différents selon la partie du spectre observé (la droite, la gauche, le
centre), alors que cette variable est mal définie dans l'absolu, et qu'elle fluctue également de manière relative en temps et en lieu.
Il faudrait donc se mettre d'accord sur ce que l'on désigne comme étant la gauche et la droite.
A une époque pas si lointaine, étaient désignés comme de gauche ceux qui croyaient que l'Histoire a un sens et que c'est celui du progrès humain.
Etaient désignés comme de droite
- les romantiques réactionnaires et les bourgeois conservateurs, qui pensaient que le monde était mieux avant/très bien comme il est, parce qu'ils y trouvaient un avantage personnel (ils sont en
haut de l'échelle sociale) ou esthétique. Ceux-là pensent que le monde change et qu'il change en mal lorsqu'on met en oeuvre le progrès. C'était du temps ou le progrès était une valeur portée par
la gauche. Mais on leur proposa un progrès inégalitaire, et ils s'y sont ralliés.
- les conservateurs fixistes, qui pensent le monde ne peut pas changer, et qu'il est inutile de chercher à le changer.
Parmi ceux-ci, les plus pessimistes, influencés par le catholicisme ou le gnosticisme, pensent que le monde est mauvais de nature.
De nos jours, la gauche (de gauche) continue à prétendre à une plus grande justice humaine, mais d'un point de vue plus moral que scientifique. Le messianisme y a fait long feu.
En revanche ceux qui sont désignés comme la droite et les conservateurs ne sont en réalité pas du tout conservateurs. Ils aspirent à la fin de l'Histoire, qui sera capitaliste, démocratique,
inégalitaire et heureuse.
Il y a une similitude fondamentale entre tous les courants qui se réclament d'un temps linéaire, d'un sens de l'Histoire et développent une idéologie de type messianique, qu'ils soient supposément
égalitaires ou pas. On citera les grandes religions (il n'y a pas de fin de l'Histoire heureuse sur Terre pour les musulmans et les catholiques, mais la finalité se trouve au paradis), communisme,
nazisme, fascisme, sionisme, néo-conservatisme et capitalisme.
Séparer les inégalitaristes et les plus égalitaires n'est pas pertinent si on adopte le point de vue contraire du gnosticisme. Dans le manichéisme, ce sont deux principes qui s'affrontent dans
l'homme, "bien" et "mal" et jamais l'un ne triomphe de l'autre. Cela exclut l'idée de progrès et les idéologies finalistes. Le mage Gurdjieff disait que les formes changent, mais l'essence
demeure.
Si le gnostique a raison, la conséquence logique est que les idéologies finalistes et messianiques se planteront toujours.
En post-modernes, examinons le contenu de l'idéologie de gauche pour voir ce qui ne va pas. Il y a bien sûr les croyances économiques absurdes partagées avec les capitalistes, la confiance naïve
dans les vertus de la démocratie électorale. Il y a aussi l'idée que la victoire viendra un jour, et qu'elle sera définitive. L'Histoire nous permet-elle d'observer que des progrès le soient pour
toujours, ou que globalement le monde s'améliore avec le temps ?
Il semble donc bien que le gnostique a raison.
Les anciens conservateurs et la gauche pensaient à raison que ce monde est mauvais.
L'ancienne gauche pensait qu'il pouvait être amélioré. L'ancienne droite pensait qu'il ne fallait pas essayer de l'améliorer.
Doit-on être conservateur ? Je ne le pense pas. Ne pas essayer d'"améliorer" le monde n'est pas un non-choix. C'est choisir l'entropie car on ne peut pas refuser de servir l'un ou l'autre
principe.