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"La social-démocratie est le nom que l'on donne au capitalisme en Europe" (John Kenneth Galbraith)

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Lundi 24 décembre 2007

Le pouvoir apprend assez lentement les vertus de la démocratie électorale.

Elle permet de se maintenir sans entretenir des troupes de police importantes pour prévenir les tentatives de renversement, une fois que les oppositions ont intégré le modèle comme celui qui leur permettait la plus libre expression, et corollairement mieux accepté les rapports de domination.


La République française a longtemps ignoré son propre potentiel de stabilité, car elle était supposée être née d'une insurrection. Peu nombreux sont ceux qui ont compris que le principe électoral amollissait les opposants qui finissaient par reconnaître la légitimité des chefs de la nation.

Jusqu'à il y a peu, on pensait que la rue pouvait gouverner, ou qu'un scandale pouvait ruiner une carrière politique. Il s'agissait juste de conventions. Dominique de Villepin a démontré qu'il suffisait à un gouvernement de dire non à la rue. Autrefois la possibilité de violences populaires faisait que la manifestation pacifique suffisait à entraîner négociations ou capitulation du pouvoir. Aujourd'hui, si les pêcheurs ou les agriculteurs conservent un mode d'action "à l'ancienne", la gauche "de mouvement" est incapable d'envisager une action plus radicale que la manifestation ou le blocage, parce qu'elle a intégré l'unique légitimité de l'élection pour la détention du pouvoir, et cru que la convention qu'une manifestation de force suffisait pour obtenir une négociation pouvait rester en vigueur. Juppé ne le savait pas. Villepin l'a deviné.

La France se distingue dans le monde occidental en ce qu'elle a prouvé mieux que les autres qu'un scandale pouvait être étouffé même quand tout le monde est au courant. L'abus de bien social ou même la délinquance sexuelle avérée n'a pas toujours de conséquences sur l'image publique d'un personnage.

Sarkozy est allé plus loin que ses prédecesseurs en montrant qu'il était possible d'orchestrer lui-même sa propre contestation et d'en retirer des lauriers de démocrate. Car il va de soi que Rama Yade n'a contesté l'invitation élyséenne de Khadafi que parce qu'elle a été invitée à la faire. Voilà donc enfin un chef d'Etat qui tire tout le potentiel d'une légitimisation excessive du principe électoral dans l'opinion.


Les pouvoirs de domination que sont la très haute bourgeoisie ou les grands banquiers par l'intermédiaire des pouvoirs politiques qui leur sont inféodés se sont cependant toujours laissé une porte de sortie au cas où leur montage aurait des conséquences qui leur soient défavorables. Ainsi les bourgeoisies latino-américaines ne sont démocrates que tant que la gauche ne parvient pas au pouvoir. Dans le cas contraire, elles fomentent des révolutions de palais (contre Allende, contre Chavez...)

La tentation ultra-démocratique des mouvements de gauche parvenus au pouvoir a donc quelque chose de masochiste. Ils auront toujours les corps constitués, les media, le patronat, et parfois l'armée contre eux. Ils aiment les "campagnes à handicap".

Le référendum du 2 décembre au Venezuela proposait d'étendre l'assurance maladie obligatoire et un régime des retraites à la majeure partie de la société vénézuélienne. Rappelons que la France n'a de couverture maladie "universelle" que depuis 1998, et que contrairement aux propositions du référendum de Chavez, les prostituées de France cotisent pour une retraite qu'elles n'ont pas le droit de toucher.

Là où nos 35 heures vont disparaître, la journée de travail au Venezuela ne devait plus en faire que 6 (article 90).

L’article 32 interdisait les saisies de maisons par les banques prêteuses en rendant la propriété privée individuelle inaliénable. Tout sauf un collectiviste forcené ce Chavez, le droit  de propriété constitutionnel en France ne fait qu'autoriser la propriété privée mais ne la garantit pas contre les revers de fortune. Nos capitalistes français qui prétendent défendre la propriété privée ne voient aucune difficulté à ce que les banques nous prennent nos maisons.

Un amendement devait supprimer l'"autonomie" de la Banque Centrale, c'est-à-dire la soumission aux banques, aux marchés financiers et au FMI contre la population. Les fonctionnaires de la future banque seraient élus et responsables devant l’électorat et l'Etat reprenait le contrôle de la monnaie.

Suite à la propagande massive et emplie de désinformation de l'opposition, relayée par l'ensemble des agences de presse et des publications patronales et atlantistes de l'Occident tout entier, le référendum a rendu son verdict : c'est non.

Les défenseurs français des gouvernements sud-américains de gauche témoignent de leurs pratiques démocratiques comme une chose à mettre à leur crédit. Ce qu'ils ne relèvent pas, c'est que ce sont les pratiques ultra-démocratiques de Chavez qui ont entraîné son échec référendaire. Comment peut-on décemment prendre le risque de soumettre la suppression de l'indépendance d'une banque centrale à un referendum ?

On lit parfois des critiques des visions autoritaires du socialisme qui ont amené sa déconsidération et laissé in fine le champ libre à un système capitaliste unique. On oublie que la version démocratique du socialisme a duré 3 mois en France. Quelle que soit la forme d'organisation, les forces entropiques saisissent toutes les opportunités de reprendre le contrôle.


Méconnaissant cette réalité, la gauche pense toujours de manière plus ou moins consciente qu'il existe un sens positif à l'Histoire et que leurs efforts finissent par déboucher sur un progrès de l'humanité. Cela éclaire entièrement la tendance des groupes de gauche à construire des formes d'organisation idéales sans se donner les moyens de consolider leur pouvoir une fois celui-ci acquis. Ils supposent toujours vaguement qu'une fois qu'ils seraient au pouvoir, la droite se dissoudrait dans leur bonheur collectif.

La gauche est si peu au pouvoir qu'elle est incapable d'en comprendre l'impermanence. Au mieux elle est rarement au pouvoir et elle n'y reste pas longtemps. Pendant ce court temps, elle n'aura de cesse d'offrir des gages de démocratie à son opposition, qui iront jusqu'à relayer ses idées.

Chavez, Correa, Morales vont s'en aller tôt ou tard et les classes dominantes vont reprendre le pouvoir parce que c'est dans la nature des choses. Une fois notre rocher poussé jusqu'en haut de la colline, il roulera à nouveau en bas.

par Didier publié dans : Politique communauté : Communauté de l'opposition recommander
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