Dimanche 25 novembre 2007
On trouve des tas d'estimations variables de ce que coûte un jour de grève. Lundi 19 novembre, Christine Lagarde donnait un chiffre
gouvernemental : le mouvement social des cheminots a coûté 300 à 350 millions d'euros par jour à l'économie française.
Les bons économistes savent pertinemment qu'une grève ne coûte rien à l'économie : la masse monétaire en circulation ne dépend que de la masse de crédits émis par les banques. Et les grèves n'ont
aucune espèce d'influence sur cette masse monétaire. Il y a donc autant de pouvoir d'achat en circulation avant et après la grève, et pas 300 millions d'euros en moins. Ceux qui énoncent le
contraire imaginent en général que l'argent se crée à la mesure du temps que l'on passe dans un bureau ou une usine, sauf pour les bureaux et les usines publiques, qui
eux détruisent de l'argent.
Ce qu'une grève peut réellement modifier c'est le volume à court terme des transactions, et la répartition de cet argent à travers le chiffre d'affaires des entreprises.
Certains commerces voient simplement leur chiffre d'affaires se reporter d'un jour sur l'autre. Des commerces du même type voient probablement
le chiffre d'affaires se reporter d'une enseigne à une autre : les pharmacies de centres commerciaux au profit des pharmacies de quartier par exemple. Les restaurants d'affaires perdent
probablement du chiffre d'affaires, mais le pouvoir d'achat épargné permet sans doute d'augmenter d'autres budgets comme les loisirs.
La SNCF ou la RATP qui vendent moins de billets ou doivent rembourser en partie les abonnements perdent de l'argent. Mais elles se rattrapent en ne payant pas les jours de grèves et en augmentant
leurs tarifs de manière démentielle, comme elles le font tous les ans.
Certaines entreprises ne perdent ni ne gagnent rien, si leur chiffre d'affaires dépend de contrats à moyen ou long terme et non de ventes quotidiennes.
Les vendeurs de scooters, les compagnies de taxi et l'exploitant des Vélibs ont même vu leur chiffre d'affaires partir sérieusement à la hausse
pendant la grève.
Au niveau des salariés, les lois du pays font que s'ils sont empêchés de se rendre dans les entreprises - dans le privé surtout - ils voient leur paye amputée. Comme ceci se passe dans toutes les
entreprises, qu'elles gagnent ou perdent de l'argent ou ne voient pas leur CA varier, on peut être certain que ceci entraîne une déformation de la répartition de la valeur ajoutée en faveur des
profits et au détriment des salaires.
Il est donc certain que des grèves de transport entraînent une modification de la répartition du pouvoir d'achat et de la structure des achats des individus. Il
est également prouvé que la vitesse de rotation de l'argent diminue pendant ces grèves. Il n'est en revanche pas démontré que ce ralentissement ne soit pas compensé par une accélération
ultérieure.
Mais quand bien même il n'y aurait pas d'accélération ultérieure de cette vitesse de rotation de l'argent (de la consommation), en quoi est-ce que le pays en souffrirait ?
La représentation pathologique du monde que se font la plupart des élites est à la fois une anomalie
qualitative et quantitative.
Elles ont beau préférer rester chez elles à lire un livre, elles n'en tirent aucune conséquence logique et continuent de prétendre que qualitativement il vaut mieux s'entasser dans un métro bondé
(cela génère du chiffre d'affaires).
Elles ont beau préférer être en vacances à la campagne, elles n'en tirent aucune conséquence logique et continuent de prétendre qu'une économie qui s'arrête de pédaler
chute.
Or, non, rien ni personne ne tombe. Aucun argent n'est perdu. La structure de consommation change, c'est tout. Elle est différente en qualité, ou moindre en
quantité.
Mais le plus significatif, c'est qu'elle est meilleure.