Il existe un certain nombre de propagateurs de la pensée catastrophiste en économie sur le net. Il y en a certains qui se contentent
de jouer les trolls immobiliers, et en font un outil de spéculation.
Il y en a d’autres qui se prétendent capables de prévoir tous les coups, plusieurs années à l'avance.
Parmi ceux-là, on compte Solidarité et progrès, qui relaye en France les idées de Lyndon LaRouche, ou encore le LEAP, un think
thank monégasque qui vend ses anticipations économiques aux patrons et aux décideurs politiques. Ce sont des sources intéressantes, pour peu qu’on les lise de manière critique.
Parmi les nombreux désaccords que j’ai avec eux, il y a leur vision mécanique des événements à venir, alors que je pense que ce
sont les croyances des acteurs qui influencent le plus le futur de la finance mondiale, et qu’elles ne se manipulent pas facilement.
Et il y a aussi les militants, ceux qui appellent à déjouer une sorte de complot programmé.
http://www.europe2020.org/spip.php?article503&lang=fr
Dans le lien ci-dessus, le LEAP découpe les "sept séquences de la phase d'impact de la crise systémique globale" prévue entre novembre 2006 et 2009. Avant la phase d'impact, LEAP a anticipé la
phase d’accélération, de juin à novembre 2006, et avant cela une phase de déclenchement de mars à mai 2006. Après tout cela, il y aura une phase de décantation, vers un nouvel équilibre.
Notons que découper la crise systémique en "phases" et en "séquences" est assez artificiel, mais cela facilite certainement la compréhension du phénomène.
Il est possible de revenir sur les "phases " antérieures et de comparer avec ce qui s'est effectivement produit, pour juger de la valeur des prédictions du LEAP. Le problème est que ce sont
des prédictions qui portent plus sur la définition même que donne le LEAP à ce qui se passe que sur des faits concrets. En gros, cela donne « le LEAP prévoit la phase d’impact à partir de
novembre 2006 », puis « la phase d’impact a bien commencé en novembre 2006 ». Bref, le LEAP fait des prédictions sur ce qu’il va dire, ce qui n’est pas forcément du plus
complexe.
Et on lit, entre autres :
"Pour l'instant, du fait qu'ils ont encore une position centrale tant en terme de devise que de pilier du système financier mondial (1), ils utilisent l'affaiblissement
continu de leur monnaie pour rembourser le reste de la planète en « monnaie de singe » (évolution anticipée dans le GEAB N°2 de Février 2006)."
Pour me répéter, la "monnaie de singe", ça n'existe pas. La monnaie n'a que la valeur qu'on veut bien lui accorder. Il n'y a en
réalité aucune raison qu'une quantité accrue de monnaie créée pour rembourser ses créanciers entraîne son affaiblissement continu. Les créanciers des USA n'ont aucun intérêt à ce que le dollar
baisse, vu qu'ils en ont beaucoup. Les Etats-Unis non plus n'ont aucun intérêt à ce que le dollar baisse, puisque c'est avec ça qu'ils achètent des produits d'importation. Si le dollar baisse,
c'est justement parce qu'on fait croire en cours d'économie que la valeur d'une monnaie doit dépendre peu ou prou de la "force de l'économie" du pays considéré, soit la "valeur" de sa production
intérieure. Or le PIB des Etats-Unis est tout aussi arbitraire que la valeur relative du dollar. Il s'agit là de conventions.
Et les conventions ne tombent que parce que le changement est dans l'air du temps. En finances et économie, la règle essentielle est la prophétie autoréalisatrice. Les choses n'arrivent que parce
qu'on croit qu'elles vont arriver. Même des actions délibérées cherchant à créer la panique n'ont pas une garantie absolue de réussite, aussi puissants soient les commanditaires.
Il n'est pas nécessaire de suivre un chemin précis pour créer une crise. En général, celles-ci surviennent de manière brusque et personne ne les a prévues (cf la bulle internet en 2000).
La situation de la finance mondiale est en réalité mûre depuis des années pour une panique, et n'a aucunement besoin des étapes décrites.
Selon certains auteurs, tout cela est programmé. Pourtant les acteurs de la finance, en dehors de quelques francs-tireurs comme le
LEAP ou le mouvement larouchiste, se veulent rassurants. Pourquoi donc puisque c'est un krach qui serait désiré ?
Ceux qui prévoient la catastrophe financière sont ceux qui agissent au mieux pour qu'elle survienne.
La prétention du LEAP à connaître à l'avance, dates comprises, le déroulement des évènements, est presque suspecte.