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"La social-démocratie est le nom que l'on donne au capitalisme en Europe" (John Kenneth Galbraith)

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Mardi 20 mai 2008

Nous avons écrit dans le «  Manuel d’Anti-économie » que les gens peuvent avoir l’habitude d’exprimer un argument sans en comprendre toutes les implications, même lorsqu’il s’agit du meilleur argument. L’exemple donné était le proverbe amérindien qui dit que « l’argent ne se mange pas ». Ceci est parfaitement exact, d’une rationalité à toute épreuve et il ne manque pas d’occidentaux friands de philosophies exotiques pour témoigner de la sagesse de ces mots. Peu de ceux-ci pourtant iraient jusqu’à remettre en cause les mécanismes et indicateurs économiques – comme le Produit intérieur brut, la croissance, la valeur ajoutée – comme incapables de réaliser ce à quoi ils prétendent, à savoir mesurer la richesse.

Il existe un équivalent à ce comportement dans le domaine institutionnel. Beaucoup de gens engagés utilisent éternellement et sans les questionner des modes d’expression politiques inefficaces parce que les moyens chez eux ont remplacé les fins.

Ils admettent souvent que ce sont les marchands d’armes qui font l’opinion puisqu’ils possèdent la presse, voire qu’il n’est pas possible de faire triompher aux élections un candidat dont les idées seraient contraires aux intérêts de ceux-là. Ils acquiescent de même au fait que le poids électoral des groupes sociaux est proportionné à leur discipline de vote, comme les chrétiens évangélistes du sud des Etats-Unis. Ils peuvent même admettre que tout ce que l’on attend d’eux est un consentement formel à des politiques déjà déterminées ailleurs.

Ils tiendront cependant toujours des élections comme seul principe de légitimité des gouvernants, et s’inquièteront de toute tentative d’expression communautaire comme contraire aux idéaux de la « République », où le choix de son vote est un droit de l'individu. Ils se présentent éternellement à ces élections qu’ils ne gagneront jamais, se satisfaisant de passer de 4 à 6% des voix d’une consultation à l’autre.

Ils signent des pétitions qui ne servent à rien à part à compléter les fiches de renseignement de la police.

Ils organisent des manifestations de rue sans comprendre de quel rapport de force elles procèdent. Il s’agit d’un pacte de non-agression tacite entre les syndicats et les gouvernements : les syndicats ne s’en prennent pas directement au pouvoir de manière violente pour le renverser, en échange de quoi il sera tenu compte de leurs revendications à hauteur de leur démonstration de puissance. Evidemment ce pacte ne fonctionne que si les manifestants ont réellement l’intention de menacer le pouvoir si leurs demandes ne sont pas écoutées. Depuis le deuxième mandat de Jacques Chirac, il semble que les gouvernements français ont enfin compris que l’opinion n’accordait plus de légitimité à la rue pour menacer le pouvoir, que les manifestants eux-mêmes avaient intégré la légitimité unique des consultations électorales. Depuis que la CGT n’est plus la courroie de transmission du PCF, il n’existe plus de possibilité de transformer les luttes sectorielles en revendications larges et politisées. Ce qui n’empêche pas certains de se féliciter de la rupture du lien entre politique et syndical, tout en appelant paradoxalement de leurs souhaits à la convergence des luttes.

On peut identifier un raisonnement mécanique, formulé par d'autres et digéré sans réflexion personnelle. On pourrait parler de pavlovisme militant.

par Didier publié dans : Politique communauté : Communauté de l'opposition recommander
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Dimanche 18 mai 2008
Vous avez à votre disposition à gauche un e-book en pdf, le "Manuel d'anti-économie". Il est très bien, lisez-le et diffusez-le.

Sa diffusion a été pour moi l'occasion de réfléchir à la bonne façon de s'opposer à la pensée unique capitaliste mondialiste.

Pour la réflexion politique, il faut se garder des travers ordinaires de l'opinion mal fondée :

Lorsque des amis parlent du monde qui les entoure, ils évoquent souvent ce qui ne va pas, et ce qu'ils y changeraient. On sent l'invincible puissance du "pueblo unido", du "tous ensemble", slogans censés évoquer une masse indivisible, entièrement tournée vers un but unique et glorieux. Mais dès qu'un de ces amis décide de passer de la parole à l'action, il doit choisir parmi plusieurs options politiques. Et là, curieusement, tous ses anciens amis se détournent de lui. Parce que le fonctionnement politique d'une démocratie électorale passe par un phénomène entropique formidable : l'opinion.

Les opinions, tout le monde en a de différentes, d'autant plus que beaucoup les adoptent sans trop y réfléchir. Toutes les mettre sur le marché permet qu'elles se combattent les unes les autres sans jamais mettre en danger le système de domination en place. Les opinions sont d'autant plus efficaces pour diviser qu'elles s'appuient sur des programmes exécutables automatiques : l'individualisme, la fausse morale, l'idéologie et l'ignorance. Il suffit pour s'en convaincre de suivre les forums d'opposants en période d'élections présidentielles, outre le fait que ces élections octroient beaucoup moins de pouvoir qu'on ne le croit souvent au candidat élu et donc de potentialités d'agir sur le système pour ses électeurs.

- l'individualisme


Tout le monde prône l'union contre le système, la résistance, et un tas de slogans qui ne mettent pas en avant le mode d'action. Mais concrètement, on trouve un vote Schivardi à ma gauche, un vote Bayrou à ma droite, un vote Bové, un vote Besancenot, un vote Le Pen, un vote blanc...

S'ils admettent que le système n'est pas bon, ils vouent un culte aux moyens de sa légitimation : l'élection et surtout la liberté individuelle du vote. Et aucun de ces candidats ne décolle.

Les chrétiens fondamentalistes aux Etats-Unis ne sont forts que parce qu'ils votent TOUS républicain. L'idéal est un candidat majoritaire avec leurs voix et minoritaire sans elles.

Deux écueils :

Le premier est que tout candidat élu gagne aussitôt des soutiens et peut ne plus avoir besoin du groupe considéré pour conserver la majorité.

Le second est d'adhérer aux partis politiques, ce qui contraint presque automatiquement à un soutien sans conditions. Les lobbies les plus forts n'adhèrent pas aux partis.

Ces deux écueils sont d'autant plus fréquents que la société est individualiste et éclatée. D'une part, il n'y a pas d'oppositions de classes ou d'intérêts dans le débat politique telles que les anti-système puissent se prémunir d'un soutien extérieur massif à leur candidat. Et surtout il n'existe rien d'autre pour grouper les intérêts des anti-système que d'adhérer directement aux partis.

Mais la plus grande faiblesse des anti-système est leur refus de la discipline de groupe. Il n'y a qu'à voir tout le mal qu'ils pensent des consignes de vote. Et comme ce refus forge souvent leur identité, ils sont condamnés à échouer.


- l'idéologie


Les idées claires sont importantes. La rigidité idéologique assure elle un clivage définitif entre des groupes dont aucun n'est en mesure d'exercer le pouvoir. Ainsi l'ennemi principal d'un militant anarchiste est le militant trotskyste, dont il n'a de cesse de dénoncer les turpitudes. L'immense culture politique des trotskystes leur permet avant tout de dénoncer le déviationnisme de l'autre courant trotskyste, sans que l'on n'y comprenne goutte. Grâce à l'idéologie, "ce qui nous divise est plus important que ce qui nous rassemble."


- la fausse morale


La morale en politique a des liens étroits avec la rigidité idéologique. Là où l'idéologie sert à diviser les obédiences proches, la morale sert à dénoncer les courants dont on se trouve plus éloigné sans avoir à faire l'effort de les comprendre. Ainsi, si sur des bases anti-système proches, l'un fait le choix stratégique d'intégrer le FN, et l'autre choisit le PCF, ils sont condamnés à ne plus se parler autrement qu'en s'insultant.

"Tous ensemble", d'accord, sauf avec - au choix - les rouges-bruns, les nationalistes, les extrêmistes, les droitiers, les gauchistes, les plus infréquentables que soi, etc.

 

Il existe un autre phénomène inquiétant : les opposants au système empruntent la morale du système pour obtenir son approbation. Pour apparaître comme des opposants légitimes, ils nient des accusations infâmantes dont ils pourraient faire l'objet (antisémites, fachos, etc.) mais rejettent ces accusations sur d'autres petits groupes oppositionnels, dans un mécanisme de déni-projection assez fascinant.


- l'ignorance


L'ignorance amène à admettre sans s'en rendre compte et donc sans les remettre en question un grand nombre de présupposés communs relayés par les media. Il est en général une chose entendue que "l'Etat est au service du bien commun", "un pays avec des élections est un pays qui ne s'attaque pas aux libertés", ou "l'Etat organise au mieux la solidarité entre les individus". Mais sommes-nous si sûrs d'être libres et d'être solidaires ?



Grâce à ce prêt-à-penser politique, le système s'assure de la division de ses adversaires, qu'ils confondent l'action politique vraie (qui change les choses) avec le droit de présenter ses idées, le débat, la spéculation intellectuelle et le cirque électoral.


Dans 100 ans, si le monde est encore là, le dit système n'aura jamais été mis en danger. Des gens se présenteront encore aux élections, avec pour perspective de passer de  2 à 2,5% des suffrages exprimés, ce qui de leur point de vue constitue un grand soutien populaire pour le changement.


..........................


Pour tous ceux qui ont des habitudes militantes, je pense qu'il est sans doute temps d'en changer. Ceux qui sont de vrais poils à gratter reçoivent des menaces extrêmement sérieuses pour eux,leurs collaborateurs et leurs familles, se voient sauvagement éliminer du net et même interdire leurs organisations. Les autres ne sont pas assez importants pour qu'on s'en préoccupe, ou alors ils grattent moins qu'ils ne le pensent.

Comment protéger ses fesses quand on gratte ? Les organisations constituées et pyramidales peuvent recevoir des dons. Mais ces organisations posent de gros problèmes pour servir de structures de résistance. Une fois décapitées, elles meurent aussitôt. Ou alors elles peuvent être infiltrées aisément et détournées de leurs buts initiaux. Elles sont donc extrêmement vulnérables. J'ai donc un message à adresser à tous les sites alternatifs qui sont devenues des cibles pour le pouvoir : arrêtez de nous demander du pognon ! On n'en a pas tant que cela, et on ne souhaite pas le gaspiller à renflouer des organisations qui disparaîtront à la prochaine attaque.

Pour s'affranchir de ces organisations vulnérables, il faut travailler en réseau.
Le PC de la seconde guerre mondiale avait sûrement trouvé la bonne structure de lutte, avec ses cellules étanches et son culte du secret.
Tout d'abord il faut avoir une conscience claire de ce que cela signifie. Il ne s'agit pas d'un simple réseau d'information comme internet où on fait semblant d'avoir plein d'amis qui ne se serviront à rien en cas de problème.
Deuxièmement il y a le problème de la propagande. Pour bénéficier de l'aura médiatique, il faut bénéficier des bonnes grâces des media. Cela veut dire qu' "agir localement, penser globalement" n'est pas suffisant pour renverser le rapport de force. A mon humble avis, il n'est pas vain d'avoir un pied dans des structures militantes classiques, comme les grands partis politiques ou les syndicats. Le risque existe - bien sûr - d'être inaudible ou d'être utilisé pour rabattre des voix sur les candidats du système.

Au niveau individuel se pose un problème de même ordre: comment choisir son réseau ? D'une part, il ne faut pas trop frayer avec des agents de la matrice qui gaspillent tout notre temps et notre énergie pour un résultat inexistant, saboté ou détourné de son sens. Ces gens savent se présenter comme des soutiens actifs et utiles, et deviennent d'autant plus présents que la matrice sent que nous allons arriver à la mettre en danger. D'autre part, si nous choisissons de rester seul, nous avons toute notre énergie pour nous tout seul, nous pouvons atteindre des sommets dans la compréhension de ce qui se joue, mais cela est stérile si nous ne le faisons pas partager. Voilà le drame: il faut apprendre à discerner les bonnes personnes avec qui échanger, et ce n'est pas chose aisée.
par Didier publié dans : Politique communauté : Freemen recommander
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Dimanche 20 janvier 2008
Les deux  piliers de l'inégalitarisme contemporain sont la publicité et l'argent.

Cela vient du fait que la société occidentale est une société d'abondance. Que les sociétés du passé aient toujours été des sociétés de pénurie est discutable, car on tend à juger la richesse de ces sociétés en fonction de la présence ou l'absence de ce que l'on connaît. Un vaisseau interstellaire nous semblerait inutile. Une automobile nous semble indispensable à une société que l'on considérerait comme riche.

Par "société d'abondance", il faut entendre une potentialité, car l'abondance n'est pas non plus partagée par tous dans les sociétés capitalistes. L'industrie du 19ème siècle anglais fait moins de cas de ses ouvriers que les sociétés féodales de leurs serfs, et les pays colonisés n'ont pas vraiment vu la couleur de "l'amélioration du niveau de vie".

Au moins les monarques du passé se contentaient-ils d'assurer à leur peuple la satisfaction de ces besoins fondamentaux ou de perpétuer les hiérarchies, selon leur inclination. Le capitalisme, lui, ment, lorsqu'il prétend élever sans cesse le "niveau de vie" de chacun.

Les sociétés d'abondance doivent en effet faire face à un problème, qui prend pour le capitalisme la forme d'une contradiction idéologique : comment maintenir la domination sociale si les besoins matériels fondamentaux sont remplis pour tout le monde ? Les pauvres ont une fâcheuse tendance à se contenter de cela et d'être heureux ainsi. Du point de vue du riche qui découvre cela, c'est assez dérangeant. Comment  jouir de ses possessions supérieures si les pauvres ne souffrent pas d'avoir moins ?

Le capitalisme promet que tous pourront consommer plus, tout en promettant aux plus entreprenants qu'ils pourront consommer encore plus que les autres.

Il faut donc susciter le besoin, le satisfaire en partie, mais le laisser en partie insatisfait pour assurer aux riches qu'ils jouiront plus que les autres. Pour susciter le besoin, il y a la publicité. Pour empêcher qu'il soit satisfait, comme les biens sont abondants, il faut créer une pénurie artificielle, qui est celle du pouvoir d'achat.

Il est probable que les règles de l'économie existent sous cette forme pour assurer ce gradient de richesses, et la certitude pour les riches que les pauvres sont frustrés de ne pas être riches.

par Didier publié dans : Economie communauté : PARLONS FRANCHEMENT recommander
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Samedi 19 janvier 2008
La chose la plus fascinante lorsqu'on est un producteur de contenu sur le net, c'est de pouvoir  suivre les réactions que  l'on suscite.  D'un côté, c'est un peu vain et égotique. De l'autre, c'est tout de même utile, parce que je n'écris pas que pour me faire plaisir. Il y a une formidable ambition derrière ce modeste site : faire en sorte que vous pensiez un peu plus comme moi.

Rien d'original, puisque le moindre blogueur dans la rubrique politique a plus ou moins cette même ambition.

Louis Pauwels nous disait qu'il y avait deux types d'ésotéristes : ceux qui sont là pour comprendre -lui-même se plaçait dans cette catégorie - et ceux qui sont là pour accomplir, les "alchimistes". Ce n'est pas un reproche de passivité qu'il adresse à ceux qui se contentent de comprendre : tout est une question de prédisposition naturelle. Il n'est tout simplement pas à la portée de n'importe qui de s'atteler à l'oeuvre alchimique.

Dans le domaine politique, les savants obtiennent le plus grand pouvoir lorsqu'ils se regroupent dans les sociétés secrètes, parce qu'aucun individu aussi intellectuellement puissant soit-il ne peut obtenir le pouvoir sans un groupe de gens oeuvrant dans le même sens à la même égrégore.

La seconde grande ambition à laquelle ce petit blog pourrait contribuer, c'est donc de favoriser la cristallisation d'une telle société secrète.

Aussi je souhaiterais que les internautes qui reprennent mes articles et me mettent en lien sur leurs sites me le signalent, plutôt que de le découvrir en consultant mes statistiques. C'est gonflant, à la longue, de voir que je suis repris à droite (les Jeunesses patriotes du 27) et à gauche (les blogs bovistes et anars), alors que personne ne fait l'effort d'envoyer un mail, ou même un petit commentaire.

J'aimerais, par exemple, bien savoir qui a mis le site en lien dans l'article "Altermondialisme" de wikipedia en français. Ca met un temps fou de chercher la référence sur la page, et d'ailleurs j'ai pas trouvé, même dans les versions archivées.

par Didier publié dans : Esotérisme communauté : FLEUR DE LOTUS recommander
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