Vous avez à votre disposition à gauche un e-book en pdf, le "Manuel d'anti-économie". Il est très bien, lisez-le et diffusez-le.
Sa diffusion a été pour moi l'occasion de réfléchir à la bonne façon de s'opposer à la pensée unique capitaliste mondialiste.
Pour la réflexion politique, il faut se garder des travers ordinaires de l'opinion mal
fondée :
Lorsque des amis parlent du monde qui les entoure, ils évoquent souvent ce qui ne va pas, et ce qu'ils y changeraient. On sent l'invincible
puissance du "pueblo unido", du "tous ensemble", slogans censés évoquer une masse indivisible, entièrement tournée vers un but unique et glorieux. Mais dès qu'un de ces amis décide de passer de la parole à l'action, il doit choisir parmi plusieurs options politiques. Et là, curieusement, tous ses
anciens amis se détournent de lui. Parce que le fonctionnement politique d'une démocratie électorale passe par un phénomène entropique formidable : l'opinion.
Les opinions, tout le monde en a de différentes, d'autant plus que beaucoup les adoptent sans trop y réfléchir. Toutes les
mettre sur le marché permet qu'elles se combattent les unes les autres sans jamais mettre en danger le système de domination en place. Les opinions sont d'autant plus efficaces pour diviser qu'elles s'appuient sur des programmes exécutables automatiques : l'individualisme, la fausse
morale, l'idéologie et l'ignorance. Il suffit pour s'en convaincre de suivre les forums d'opposants en période d'élections
présidentielles, outre le fait que ces élections octroient beaucoup moins de pouvoir qu'on ne le croit souvent au candidat élu et donc de potentialités d'agir sur le système pour ses
électeurs.
- l'individualisme
Tout le monde prône l'union contre le système, la résistance, et un tas de slogans qui ne mettent pas en avant le mode d'action. Mais
concrètement, on trouve un vote Schivardi à ma gauche, un vote Bayrou à ma droite, un vote Bové, un vote Besancenot, un vote Le Pen, un vote blanc...
S'ils admettent que le système n'est pas bon, ils vouent un culte aux moyens de sa légitimation : l'élection et surtout la liberté
individuelle du vote. Et aucun de ces candidats ne décolle.
Les chrétiens fondamentalistes aux Etats-Unis ne sont forts que parce qu'ils votent TOUS républicain. L'idéal est un candidat majoritaire
avec leurs voix et minoritaire sans elles.
Deux écueils :
Le premier est que tout candidat élu gagne aussitôt des soutiens et peut ne plus avoir besoin du groupe considéré pour conserver la
majorité.
Le second est d'adhérer aux partis politiques, ce qui contraint presque automatiquement à un soutien sans conditions. Les lobbies les plus
forts n'adhèrent pas aux partis.
Ces deux écueils sont d'autant plus fréquents que la société est individualiste et éclatée. D'une part, il n'y a pas d'oppositions de classes
ou d'intérêts dans le débat politique telles que les anti-système puissent se prémunir d'un soutien extérieur massif à leur candidat. Et surtout il n'existe rien d'autre pour grouper les intérêts
des anti-système que d'adhérer directement aux partis.
Mais la plus grande faiblesse des anti-système est leur refus de la discipline de groupe. Il n'y a qu'à voir tout le mal qu'ils pensent des
consignes de vote. Et comme ce refus forge souvent leur identité, ils sont condamnés à échouer.
- l'idéologie
Les idées claires sont importantes. La rigidité idéologique assure elle un clivage définitif entre des groupes dont aucun n'est en mesure
d'exercer le pouvoir. Ainsi l'ennemi principal d'un militant anarchiste est le militant trotskyste, dont il n'a de cesse de dénoncer les turpitudes. L'immense culture politique des trotskystes
leur permet avant tout de dénoncer le déviationnisme de l'autre courant trotskyste, sans que l'on n'y comprenne goutte. Grâce à l'idéologie, "ce qui nous divise est plus important que ce qui nous
rassemble."
- la fausse morale
La morale en politique a des liens étroits avec la rigidité idéologique. Là où l'idéologie sert à diviser les obédiences proches, la morale
sert à dénoncer les courants dont on se trouve plus éloigné sans avoir à faire l'effort de les comprendre. Ainsi, si sur des bases anti-système proches, l'un fait le choix stratégique d'intégrer
le FN, et l'autre choisit le PCF, ils sont condamnés à ne plus se parler autrement qu'en s'insultant.
"Tous ensemble", d'accord, sauf avec - au choix - les rouges-bruns, les nationalistes, les extrêmistes, les droitiers, les gauchistes, les
plus infréquentables que soi, etc.
Il existe un autre phénomène inquiétant : les opposants au système empruntent la morale du système pour obtenir son approbation. Pour
apparaître comme des opposants légitimes, ils nient des accusations infâmantes dont ils pourraient faire l'objet (antisémites, fachos, etc.) mais rejettent ces accusations sur d'autres petits
groupes oppositionnels, dans un mécanisme de déni-projection assez fascinant.
- l'ignorance
L'ignorance amène à admettre sans s'en rendre compte et donc sans les remettre en question un
grand nombre de présupposés communs relayés par les media. Il est en général une chose entendue que "l'Etat est au service du bien commun", "un pays avec des élections est un pays qui ne
s'attaque pas aux libertés", ou "l'Etat organise au mieux la solidarité entre les individus". Mais sommes-nous si sûrs d'être libres et d'être solidaires ?
Grâce à ce prêt-à-penser politique, le système s'assure de la division de ses adversaires, qu'ils confondent l'action politique vraie (qui change les choses) avec le droit de présenter ses idées,
le débat, la spéculation intellectuelle et le cirque électoral.
Dans 100 ans, si le monde est encore là, le dit système n'aura jamais été mis en danger. Des gens se présenteront encore aux élections, avec pour perspective de passer de 2 à 2,5% des
suffrages exprimés, ce qui de leur point de vue constitue un grand soutien populaire pour le changement.
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Pour tous ceux qui ont des habitudes militantes, je pense qu'il est sans doute temps d'en changer. Ceux qui sont de vrais poils à
gratter reçoivent des menaces extrêmement sérieuses pour eux,leurs collaborateurs et leurs familles, se voient sauvagement éliminer du net et même interdire leurs organisations. Les autres ne
sont pas assez importants pour qu'on s'en préoccupe, ou alors ils grattent moins qu'ils ne le pensent.
Comment protéger ses fesses quand on gratte ? Les organisations constituées et pyramidales peuvent recevoir des dons. Mais ces organisations
posent de gros problèmes pour servir de structures de résistance. Une fois décapitées, elles meurent aussitôt. Ou alors elles peuvent être infiltrées aisément et détournées de leurs buts
initiaux. Elles sont donc extrêmement vulnérables. J'ai donc un message à adresser à tous les sites alternatifs qui sont devenues des cibles pour le pouvoir : arrêtez de nous demander du pognon !
On n'en a pas tant que cela, et on ne souhaite pas le gaspiller à renflouer des organisations qui disparaîtront à la prochaine attaque.
Pour s'affranchir de ces organisations vulnérables, il faut travailler en réseau.
Le PC de la seconde guerre mondiale avait sûrement trouvé la bonne structure de lutte, avec ses cellules étanches et son culte du
secret.
Tout d'abord il faut avoir une conscience claire de ce que cela signifie. Il ne s'agit pas d'un
simple réseau d'information comme internet où on fait semblant d'avoir plein d'amis qui ne se serviront à rien en cas de problème.
Deuxièmement il y a le problème de la propagande. Pour bénéficier de l'aura médiatique, il faut
bénéficier des bonnes grâces des media. Cela veut dire qu' "agir localement, penser globalement" n'est pas suffisant pour renverser le rapport de force. A mon humble avis, il n'est pas vain
d'avoir un pied dans des structures militantes classiques, comme les grands partis politiques ou les syndicats. Le risque existe - bien sûr - d'être inaudible ou d'être utilisé pour rabattre des
voix sur les candidats du système.
Au niveau individuel se pose un problème de même ordre: comment choisir son réseau ? D'une part,
il ne faut pas trop frayer avec des agents de la matrice qui gaspillent tout notre temps et notre énergie pour un résultat inexistant, saboté ou détourné de son sens. Ces gens savent se présenter
comme des soutiens actifs et utiles, et deviennent d'autant plus présents que la matrice sent que nous allons arriver à la mettre en danger. D'autre part, si nous choisissons de rester seul, nous
avons toute notre énergie pour nous tout seul, nous pouvons atteindre des sommets dans la compréhension de ce qui se joue, mais cela est stérile si nous ne le faisons pas partager. Voilà le
drame: il faut apprendre à discerner les bonnes personnes avec qui échanger, et ce n'est pas chose aisée.