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"La social-démocratie est le nom que l'on donne au capitalisme en Europe" (John Kenneth Galbraith)

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Jeudi 23 août 2007

Cela en surprendra peut-être certains : je n'avais jamais lu Serge Latouche, Paul Ariès ou Ivan Illitch avant de commencer ce blog. Je n'avais pas non plus connaissance de toute la mouvance décroissante qui s'agitait sur le net et ailleurs depuis quelques années. Je savais tout au plus qu'elle existait, et que j'en étais sans doute proche.

Je lis sur le forum du site http://www.decroissance.info que de nombreuses discussions ont trait à l'économie.

Un leit-motiv est souvent repris : "Sortir de l'économie". J'ai longtemps pensé - de manière arrogante sans doute - que cette question signifiait "sortir du capitalisme" et était posée par des gens qui réduisaient la question économique au capitalisme. Or pas du tout. Il s'agit bien de sortir de toute forme d'économie.

Voilà un débat extrêmement intéressant auquel je n'avais pas songé. Il va de soi que Jacques Marseille ou Christophe Barbier sont absolument incapables de comprendre quoi que ce soit à un tel débat. Mais un économiste d'Attac, un militant de la gauche du PS ou de la LCR n'y verrait goutte non plus. Même les "décroissants" venus de la gauche traditionnelle et qui en ont conservé le mode de raisonnement sont perdus. (On parle ici de Gorz, Harribey et du courant Utopia, surtout actif au Parti socialiste.) Pour les douze qui restent, je vais quand même l'aborder.

Un intervenant du forum décroissance.info parle de "naturalisation de l'échange" en ce qui concerne les propositions d'économie alternative. Je préfère à "échange" - qui n'est pas seulement une catégorie économique - les termes "comptabilité de l'échange". On peut aussi dire "économie".

[Pour être plus précis, la comptabilité de l'échange n'est pas toute l'économie. Les sociétés mesurent également la production et la consommation en unités produites ou consommées, et les indicateurs non monétaires sont également réputés économiques. Mais un des plus grands mensonges de la comptabilité est de faire croire qu'elle mesure la production ou la consommation, alors que
l'utilisation de termes monétaires concerne SEULEMENT l'échange. La mesure de la production (PIB) est en réalité la mesure de la production VENDUE.]

Car s'il est vrai que le capitalisme est une convention, l'économie toute entière est également une convention.
Je ne parlerai pas de naturalisation, car contrairement à tous les précités, les adeptes de l'économie alternative savent encore - j'espère - qu'il s'agit d'une convention que de comptabiliser les échanges.

Faut-il une comptabilité de l'échange ?

Ce qu'on tend à négliger, ce que toute comptabilité se justifie comme étant la recherche de l'équité dans l'échange. Donc le capitalisme a cette prétention. Et avez-vous vu comme nous nous sommes fait avoir ? Il y a eu renversement : puisqu'il y avait comptabilité, c'est donc qu'elle était équitable, et donc que l'exploitation était équitable.

Est-ce que n'importe quelle comptabilité ne risquerait pas de nous mener à la même naturalisation de l'exploitation ? On pourrait tenir là l'interprétation correcte de la parabole du fils prodigue : "ne comptabilisez-rien !"
Dans l'autre main, est-ce que l'absence de comptabilité ne risquerait pas de mener à ce que certains ne profitent des efforts de la communauté ?

La plupart sinon toutes les sociétés ont recouru à des comptabilités plus ou moins formelles.
Il suffit de regarder la télé-réalité pour voir que dès qu'on soupçonne un colocataire d'en faire un tout petit peu moins que les autres sa place au sein de la communauté est aussitôt contestée.
Dans une société de chasseurs-cueilleurs, c'est un peu "Tu mangeras si tu participes à la chasse."

Il y a eu des exceptions mais en général celles-ci ne concernaient pas des individus quels qu'ils soient, mais des groupes de personnes dont le rôle était circonscris dans la société. Seuls les vrais mendiants bénéficiaient de l'aumône au Moyen-Age. Certains le justifiaient par la pratique religieuse, qu'ils s'agisse des ordres de moines mendiants chrétiens ou des mystiques soufis.

C'est peut-être dans ce sens qu'il faudrait aller : une comptabilité informelle. Il n'est pas si important que certains profitent des efforts de la communauté. C'est déjà l'argument utilisé pour refuser l'aide sociale. On sait où il nous a menés.

par Didier publié dans : Economie communauté : Communauté de l'opposition recommander
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Mercredi 15 août 2007

Le capital, c'est un peu comme les armes de  destruction massive :  aussi  longtemps qu'on croit  qu'ils existent, ils peuvent  orienter nos raisonnements et déterminer nos actions.

On définit habituellement les égrégores comme des formes-pensées créées par l'esprit collectif. L'idéal-type de l'égrégore est la religion, mais toutes les idéologies en sont aussi de bons exemples.

Le groupe Tri Yann a chanté "La découverte ou l'ignorance" : la Bretagne n'existe que si, à chaque instant, des bretons se reconnaissent en elle. C'est tout à fait cela. Le lapin de garenne ignore totalement qu'il court dans la lande de Bretagne. Certaines légendes arthuriennes expliquent que les esprits de l'ancienne religion ont disparu lorsque les hommes ont cessé de croire en eux.

C'est là qu'on observe que le capitalisme est manifestement une égrégore puisqu'il fonctionne énormément aux prophéties autoréalisatrices et à la confiance.

Les égrégores fonctionnent sur le principe des poupées russes : des variantes les subdivisent. Au sommet de la plupart d'entre elles, il y a une super-égrégore, qu'on pourrait qualifier de domination (un ange NB), mais qui est plus qu'une domination politique ou économique - résultante de l'égrégore capitaliste -, une domination des consciences.

Les égrégores sont néfastes de deux manières. A un plan personnel, lorsqu'on les prend pour la réalité. Sur un plan collectif pour leurs conséquences parfois fâcheuses.

On ne s'en protège qu'en améliorant sa connaissance objective. Sur un plan collectif, il est très difficile de lutter contre une égrégore car ce n'est pas à la portée du premier magicien venu de façonner l'inconscient collectif. On peut faire le choix de soutenir une égrégore existante ou une variante moins destructrice (par exemple le capitalisme mou de Mélenchon contre le capitalisme dur de Sarkozy), mais le résultat est aléatoire et l'objectif peu satisfaisant.


I Les égrégores peuvent naître de catégories descriptives

Présenter les égrégores comme des dogmes n'est pas une bonne manière de les aborder. 

D'abord, les égrégores admettent une certaine souplesse, d'un côté en acceptant des variantes, de l'autre en n'exigeant pas de tous qu'ils connaissent le dogme sur le bout des doigts. Ainsi le capitalisme admet des doses variables d'intervention publique et n'exige de la plupart des membres de l'esprit collectif que de croire qu'il s'agit du seul mode d'organisation possible des sociétés, ou encore de penser qu'il est synonyme de liberté, laissant aux spécialistes la connaissance de ses arcanes.

Ensuite, elles ont souvent la prétention d'être des vérités démontrées et non révélées. Dans la pensée de Karl Popper, tout ce qui est scientifique n'est pas dogmatique et réciproquement. Mais on observe fréquemment ce glissement de la science au dogme (même si jamais un scientifique ne l'admet).

Enfin, la frontière entre la notion de catégorie en sciences ou de concept en philosophie et celle d'égrégore est floue.

La catégorie est un artifice de langage pour décrire le monde. Des catégories consensuelles permettent de limiter les erreurs de compréhension entre individus.

Or, c'est précisément lorsque des consensus surviennent que les égrégores se créent. Au plan individuel, la personne pense que son propre système de catégories est le seul possible, ce qui contribue à la fois à le rendre rigide et in fine à la prendre pour LA réalité. Au plan collectif, il se crée un consensus sur un système de catégories rigide.

Ainsi une catégorie comme la race en systématique du vivant devient une égrégore lorsqu'on croit qu'il existe réellement dans la nature des races distinctes dans lesquelles on peut classer tous les individus.

Lorsqu'il décrit le monde en catégories, l'individu a conscience qu'il s'agit de catégories. L'égrégore lui fait croire que le langage reflète la réalité. (Une grande égrégore est de croire qu'EN GENERAL, le langage reflète la réalité, ce qui rend l'individu extrêmement vulnérable à la magie.)
De plus, en théorie, les catégories n'influencent pas la réalité qu'elles décrivent, alors que l'égrégore façonne le monde qu'elle prétend décrire.

En théorie, car l'influence sur la réalité est beaucoup plus une propriété de l'individu - fonction de sa capacité à agir sur son environnement - que du discours qu'il tient. On observe ici le flou à la limite sus-cité.


II Les égrégores peuvent ne pas naître de descriptions

Toutes les égrégores ne sont pas des dérives de descriptions. Le capitalisme n'était pas au départ une tentative de décrire le monde. Ce n'est qu'après s'être imposé comme système qu'il a PRETENDU que ses agrégats étaient une représentation du monde.

Lorsqu'on observe les indicateurs de développement humain comme l'espérance de vie, l'équipement des ménages, la scolarisation des femmes, il n'y a pas de lien observable avec le PIB. La conclusion logique serait de dire que le PIB ne représente rien de réel. Au lieu de cela, on fait curieusement cohabiter comme indicateurs le PIB et les IDH, en disant que le PIB est capable d'évaluer la part financière du développement et les IDH sa part humaine.

Il n'y a AUCUN capital dans la nature. Le capital seul est une petite égrégore enchâssée dans le capitalisme. Max Weber ou Karl Marx décrivent l'émergence du capitalisme au 18ème siècle. En revanche, personne ne semble s'être soucié de décrire l'avènement du capital.

Tout fonctionne comme si l'inconscient collectif des économistes contenait une histoire implicite : au commencement, le capital était à zéro. Puis l'homme est apparu sur Terre et le capital avec lui. Il n'a jamais cessé d'augmenter depuis, traduisant en cela l'amélioration des sociétés humaines.

par Didier publié dans : Esotérisme recommander
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Samedi 7 juillet 2007
Réunion au FIAP de Paris ce samedi, à l'initiative de l'appel Maintenant à gauche, signé par quelques noms connus ayant participé aux collectifs antilibéraux devant mener à la désignation d'un candidat unique à la gauche du Parti socialiste (avec le succès que l'on sait). Appel pas trop mal perçu car les signataires ne se sont pas engagés ostensiblement pour un des trois candidats (Bové, Buffet, Besancenot).

Deux chantiers en cours : la stratégie d'unification et le projet.

Sur la stratégie, il semble que leur union pose quelques difficultés. Et quand bien même il y aurait une union large, ces gens ont une fâcheuse tendance à confondre militants et électeurs. Oubliant notamment que Besancenot fait le meilleur score chez eux, avec une toute petite équipe. Les petits 10 % envisagés par Die Linke, le nouveau parti de la gauche allemande, font baver d'envie les présents. Avec des idées un peu différentes, je suis une stratégie différente, mais je n'en discuterai pas ici, n'étant pas certain de réussir là où ils échoueraient.

Sur le projet il y a une certaine tendance à énumérer des points de programme, le plus possible, tout en prétendant les mettre au débat sans rien exclure a priori, comme en témoigne l'allocution de Clémentine Autain.

Il est assez probable que les réponses à chacun de ces points soient en réalité déjà connues, ayant déjà été débattues pour la plupart dans les collectifs et démontré - c'est peut-être positif - que les désaccords sont rares.

Du moins parmi les militants déjà dans le circuit. Pour convaincre les français, l'absence apparente de hiérarchisation des questions semble préjudiciable. Peut-on être du rassemblement si on pense que la répartition des rôles dans le couple tient beaucoup de la nature ? Peut-on en être si on estime que la revendication communautaire est une solution aux problèmes des minorités ? Si on a - à titre personnel - des préventions contre l'interruption volontaire de grossesse ?

On dit "on débat", mais d'expérience, on sait que cela ne se débat pas. Tant mieux parce que c'est secondaire (pas de leur point de vue, car ils n'ont pas grand'chose d'autre). Tant pis, parce que ça figurera sur les tracts quand même.

Revenons à nos moutons économiques préférés et à ce qui ressort de cette réunion de ce point de vue.

Un intervenant raconte une révélation qu'il a eu en réunion locale : "nous sommes tous keynesiens."

C'est tout à fait normal, si on se réfère aux organisations présentes : la LCR, le PCF, le PS (je sais, c'est dégueulasse...). Toutes ces organisations ont un penseur de référence : Marx. Or Marx est un penseur du capitalisme, adopte toutes ses conventions, et n'est donc pas la meilleure des bases pour penser autre chose. Il fait même du capitalisme un stade obligatoire du développement des sociétés humaines, c'est à dire qu'il en fait quelque chose de naturel. Et s'il n'y a pas de révolution, finalement quelque chose de légitime.

Il est d'ailleurs impossible de faire une thèse universitaire si on refuse de souscrire à la comptabilité capitaliste. Et comme même à la gauche de la gauche - où les enseignants sont légion - il est extrêmement crédibilisant d'avoir à ses côtés des universitaires, on peut parier qu'ils prendront les mêmes qu'Attac (Maris, Van Ngôc...) et subiront donc le même sort : une ligne économique social-démocrate !

Pourtant il y a des signes encourageants. Une intervenante parle de Patrick Viveret (pas retenu le thème), un autre finit son tour de parole en disant - comme un cheveu sur la soupe (innocemment ?) - que la dernière émission monétaire de la Banque de France date de 1973. (Je n'aurais donc pas perdu mon temps car je n'avais pas cette information.) L'ancien directeur de l'Humanité, Pierre Zarka, dit ses doutes sur l'impossibilité de financer les dépenses sociales.

Mots à mettre en parallèle, car s'il n'est pas possible de financer les dépenses sociales, c'est que les banques ne créent pas d'argent, ou alors par le crédit, pas parce qu'il n'y aurait pas eu de croissance des échanges depuis 1973.
Chez Marx, le prix des biens dépend de la quantité de travail fournie : les billets de banque pour payer ces prix sortent apparemment de l'usine ; il n'y a pas de différence entre la valeur de production et le pouvoir d'achat. Si c'était vrai, Zarka ne douterait pas.

Un dernier intervenant nous donne un argument  "irréfutable", à utiliser en mauvaise compagnie : l'entreprise autogérée est toujours plus rentable que l'entreprise capitaliste, car l'entreprise capitaliste doit toujours créer une "plus-value" (le bonhomme est communiste) pour le patron.

Argument à retenir. Il porte sur le prix de vente et non sur le bénéfice, aussi négligerons-nous l'adjectif  "rentable". Il est parfaitement exact qu'à procédures égales, aucune entreprise capitaliste n'est en mesure de rivaliser en termes de prix avec une entreprise autogérée ou publique. Elles arrivent parfois à compenser dans l'industrie par une meilleure utilisation du progrès technique, mais sont démunies dans les services où elles doivent couvrir les dividendes des actionnaires, les coûts de la concurrence et les déséconomies d'échelle.

Au bilan, en combinant réussite de sa stratégie et projet, Maintenant à gauche a tout pour créer une nouvelle SFIO à vocation minoritaire. Mais les diatribes marxistes ne fusent pas de trop. On entend parfois le mot "libertaire"...
par Didier publié dans : Economie recommander
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Jeudi 5 juillet 2007
Il n'est de catastrophes que naturelles. Le catastrophisme  appliqué au capitalisme, qu'il soit inspiré de Marx - les fameuses contradictions - , ou des contemplateurs des évolutions de la Bourse et de la monnaie, n'est déjà pas valide dans un cadre de pensée capitaliste traditionnel. Le capitalisme peut même surmonter les situations déflationnistes d'abondance en privatisant les ressources collectives, en marchandisant le gratuit et en entretenant une pénurie monétaire artificielle.

Mais le capitalisme peut tout à fait provoquer de véritables catastrophes naturelles. Il est probable qu'elles remettraient en cause son "expansion", mais ce n'est pas certain. Il suffirait à quelques économistes néo-libéraux de créer de nouvelles règles de comptabilité délirantes.

Quand bien même il y aurait une castastrophe économique, elle  ne le serait que par volonté de prolonger les institutions capitalistes alors même qu'un changement de règles suffirait à balayer la pseudo-catastrophe.

(Il y a matière dans ces trois paragraphes pour écrire des livres entiers repensant la théorie économique.)

Ce faux problème inquiète cependant même certains penseurs décroissants comme André Gorz. La raison en est que les bases économiques des intellectuels sont encore presque exclusivement keynesiennes ou marxistes, c'est-à-dire qu'elles décrivent un système capitaliste, et qu'ils n'en connaissent pas d'autre.

Au moins Gorz ou Harribey se posent la question de la décroissance et savent dater l'émergence du capitalisme comme système. Chez Michel Onfray, il n'y a même pas cette mémoire qu'il a existé autrefois autre chose. Voici ce qu'il dit en entrevue :

Source :
endehors.org/news/michel-onfray-et-son-capitalisme-libertaire-a-gestion-etatique

(NB : J'aime bien endehors, d'abord parce qu'ils citent parfois mes textes, ensuite parce que j'aime bien les libertaires érudits. J'ai moi-même un pied en-dehors, un pied à l'intérieur, parce que je pense qu'il est important d'essayer - à défaut de réussir - de convaincre les masses.)

"J'avais un chapitre sur l'économie, j'avais même parlé de l'économisme, en disant que c'est une religion ; et comme un certain nombre de religions, on a droit d'être athée, mais il faudrait être docteur en théologie pour pouvoir être athée. En économie c'est pareil, on aurait le droit d'être contre le libéralisme, mais il faudrait avoir un diplôme de harvard ou avoir un BAC+8 en économie, alors que ce n'est pas une science exacte, ce n'est tellement pas une science exacte que ce n'est même pas une science, l'économie. Et la politique s'est trouvé dilué dans l'économique aujourd'hui [...] à l'évidence quand on reste dans un systéme, l'alternative à ce systéme n'est pas pensable. "

Economie et archimagie : Personne ne reproche à Onfray de ne pas avoir de doctorat en théologie, mais d'avancer des choses fausses sur les religions pour justifier sa position. Ca ne commence pas trop mal cependant puisqu'il reconnaît qu'en "restant dans un système, l'alternative à ce système n'est pas pensable". C'est rare et à saluer, car ils sont peu nombreux à gauche ceux qui réfléchissent à autre chose qu'un capitalisme aménagé, Bové, Buffet, Besancenot et leurs amis y compris.

"Donc le capitalisme c'est la propriété privée des moyens de productions, le libéralisme c'est la possibilité dans le capitalisme de faire ce qu'on veut, comme on veut, quand on veut. Moi je suis un anti-libéral absolu. En revanche moi, je ne suis pas anti-capitaliste, car le capitalisme c’est la possibilité de créer des richesses avec des gens qui possédent, qui investissent.. alors je ne vois pas d’alternative à ça… ou alors qu’on me le dise !"

Economie et archimagie : Le capitalisme n'est pas seulement la propriété privée des moyens de production. Un système ergoniste de petits producteurs indépendants n'est pas capitaliste. De l'autre côté, la propriété collective de ces mêmes moyens n'empêche nullement de créer des richesses.

Le capitalisme a en revanche sur la production de richesses (concrètes, on ne parle pas ici pognon) un effet accélérateur, non parce qu'il y a des "gens qui possèdent" en mesure d'investir, mais parce que par ce moyen, le capitalisme permet l'accumulation de capital monétaire, et qu'il s'agit de l'objectif principal du capitaliste.

La possession du capital monétaire pour investir n'est pas un avantage du capitalisme pour la création de richesses, parce que des systèmes monétaires différents ne nécessitent pas de posséder un tel capital monétaire pour entreprendre.

Si Onfray estime qu'accumuler du capital monétaire (artificiel) ou maximiser la quantité des productions humaines est l'objectif essentiel des sociétés humaines, alors il a raison : il n'y a pas d'alternative à ça.

S'il pense simpement que la liberté d'entreprise et la propriété privée des moyens de production suffisent à définir le capitalisme, alors il lui manque quelques éléments. Les sociétés capitalistes sont les plus antilibérales du monde, puisque 90% des actifs y sont salariés.

"Moi je pense que le capitalisme a des modalités d'existence, et que même à l'époque soviétique, ce qui passait pour du socialisme, c'était du capitalisme socialiste (une des modalités du capitalisme)."

Economie et archimagie : Il se contredit, car en URSS, il n'y avait pas la propriété privée des moyens de productions. Ce rapprochement du capitalisme et du socialisme serait pertinent s'il mettait en avant l'aliénation du libre arbitre, le salariat, l'industrialisme ou la comptabilité nationale.

“non le capitalisme est pas né un jour, il est consubstantiel aux échanges, c’est comme ça depuis le début, depuis l’origine. […]”
 

Economie et archimagie : Là Onfray va encore plus loin. Il ne définit plus le capitalisme comme le système de la propriété privée des moyens de production, mais comme le système qui permet les échanges. En vertu de quoi...toutes les sociétés seraient capitalistes car toutes les sociétés échangent ! On comprend bien pourquoi le capitalisme serait indépassable en ce cas, puisque c'est un synonyme pour "système économique".

Bien sûr, cela est faux. Il n'y a pas de capitalisme sans salariat. Avant le 18ème siècle au Royaume-Uni, il y a des formes pré-capitalistes sociologiquement minoritaires, mais pas de société capitaliste.

"Le capitalisme libéral n'est pas l'horizon indépassable de notre époque, ce qui est indépassable, me semble-t-il, c'est le capitalisme, en revanche ce qui me semble dépassable, c'est la modalité que le capitalisme prend dans les périodes qui sont les siennes . Il y a eu un capitalisme féodal, tribal et primitif, industriel, postindustriel, ruraux (dans la chine d'aujourd'hui), je crois qu'on peut trés bien envisager des capitalismes libertaires."

Economie et archimagie : Il n'y a pas de capitalismes féodal, tribal et primitif. Il y a des sociétés tribales, des sociétés féodales et des sociétés capitalistes. Marx pensait - dans sa logique évolutionniste - que le capitalisme était le stade de développement qui suivait le féodalisme.

"Moi je pense que c'est tout à fait possible dans la mesure où on considére, dans un capitalisme libertaire, que la répartition des richesses et des biens est soumise à un principe d'égalité, à un principe libertaire, c'est à dire on donne à ceux qui ont besoins, on redistribue, on fait des caisses, on a une fiscalité qui permet d'aller vers les plus pauvres, vers les plus modestes, vers les plus démunis, etc. à l'évidence c'est à repenser, c'est une piste que je donne et qu'il faudrait repenser avec des économistes qui seraient capables de montrer comment on peut avec un systéme de taxe de fiscalité de barriére douaniére, de gestion communale, communaliste, d'autogestion, de mutualité proudhonienne par exemple, comment on peut gérer le capitalisme de maniére libertaire."

Economie et archimagie : Première chose : communale ou étatique, la régulation du capitalisme est simplement un principe social-démocrate. Onfray a donc réinventé la social-démocratie; il ne se souvient même pas du temps lointain où le parti socialiste portait un peu cette idée.

Deuxième chose : dans le vrai sens des mots, il n'y a pas de capitalisme libertaire. Il y a un fond idéologique commun entre capitalisme et libertarisme, qui tient à la notion d'individualité. Mais le capitalisme est le pouvoir de quelques individus sur tous les autres, ce n'est en rien un système qui favorise l'épanouissement de l'individu. Le libéral-libertarisme cher à Daniel Cohn-Bendit assimile de manière grotesque ces deux notions.

Cependant, Onfray ne semble pas du tout s'aligner sur une idéologie capitalo-pédéraste. L'autogestion qu'il défend peut tout à fait déboucher sur des formes économiques soit enchâssées dans le capitalisme, soit plus autonomes par rapport à lui.

En pratique, Onfray est tout à fait capable de "quitter un système pour en penser l'alternative". Il a simplement un gros problème de vocabulaire.
par Didier publié dans : Economie recommander
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