Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /2006 11:58

Le PIB ambitionne de refléter quatre choses : le niveau de vie des français, le pouvoir d’achat des français, le revenu des français, la production réalisée en France.

1) Nous avons vu que le PIB était un indicateur discutable du niveau de vie d’un pays.

Il ne décrit notamment pas une richesse matérielle puisque les biens produits peuvent avoir été exportés et les biens possédés dans le pays peuvent avoir été importés.

2) Le PIB est une somme de fractions de prix, de « valeurs ajoutées », qui se séparent en profits et salaires, c’est à dire un compte de revenus. Pour autant il ne s’agit pas du revenu des français, puisque ceux-ci peuvent bénéficier comme actionnaires de profits réalisés ailleurs et que des profits réalisés en France peuvent bénéficier à des étrangers. Il faut donc se garder d’interprétations rapides lorsqu’on annonce qu’une entreprise française – mettons Total – réalise des profits record. Une grande part des salaires versés par Total ne sont pas versés à des français, ne servent pas à consommer en France. Une grande part des profits versés par Total bénéficient à des actionnaires étrangers. Seul la localisation du siège social de Total en fait une entreprise française.

Toutefois, comme 80 % des entreprises françaises ne travaillent que sur un marché interne et sans actionnariat, le PIB reste une approximation peu précise, mais acceptable du revenu des français. Ce revenu est toutefois lui-même une approximation du pouvoir d’achat (qui tient compte des prix), qui est lui-même une réduction matérialiste de la qualité de vie.

3) Le PIB veut également représenter la production nationale. Le revenu et la « valeur de production » se mesurent de la même façon et doivent théoriquement correspondre tous deux au prix du produit. Cette idée lie la fonction de consommation à la fonction de production, en suggérant que le revenu / pouvoir d’achat est tiré de la production de biens.L’argent est un « voile sur les échanges ». Cette opinion est partagée par la quasi-totalité des économistes de renom, qu’il s’agisse de Marx, Keynes ou Friedman. Ainsi il ne saurait y avoir un « pouvoir d’achat » supérieur à la somme totale des prix du marché.

Pour Keynes, tout surplus de création monétaire qui dépasse les besoins de transactions finit immanquablement en inflation. Ceci est pourtant absolument démenti par les faits. Grâce au crédit bancaire, la somme des revenus disponibles est en ce moment très supérieure à la somme des transactions. Nous y reviendrons.

Pour Marx, la théorie de la valeur-travail suppose que le prix reflète la quantité de travail contenue dans un bien. Ce prix dépend donc de la fonction de production.

La théorie de l’offre et de la demande suppose que le prix dépend de la fonction de consommation.
Est-il possible de les concilier en disant que la demande dépendrait de la quantité de travail contenue dans un bien ? Il est évident que c’est faux de toute manière.
C’est pourtant ce que l’on continue à prétendre implicitement en utilisant ce concept de PIB qui vise à la fois à refléter la valeur de la production d’un pays et le revenu disponible de ce pays pour consommer.

La dernière théorie sur la formation des prix est celle de Debreu dans les années 70 : les prix se forment de manière totalement imprévisibles à moyen terme. Parfois les modèles de l’offre et de la demande fonctionnent, le plus souvent ils ne fonctionnent pas.

Est-il possible de la concilier avec la théorie de la valeur-travail ? Non plus. Un prix ne peut pas dépendre d’une quantité de travail ET être totalement arbitraire.
C’est pourtant ce qu’on continue à prétendre en agrégeant au niveau macroéconomique dans un PIB censé refléter la production d’un pays des prix qui ne reflètent pas une production.

Une seule conclusion s’impose : le revenu disponible, le salaire n’a aucun rapport théorique avec une quelconque « valeur de production » et il n’y a donc aucune raison a priori que l’inflation vienne ajuster les prix lorsque la masse monétaire circulante dépasse cette supposée valeur.

Par Didier Lacapelle - Publié dans : Economie - Recommander
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Mercredi 22 février 2006 3 22 /02 /2006 14:51

Le taux de change est une donnée mineure d’une économie, à rattacher au système de prix et de salaires et au taux d’intérêt.

En supprimant le change, autrement dit avec une monnaie unique mondiale :

- la balance commerciale est toujours dépendante des coûts salariaux différents d'un pays à l'autre
- les investissements en capitaux et les emprunts sont toujours soumis à un taux d'intérêt

On a simplifié la donne mais on ne l'a pas changée radicalement.

La raison d’être d’une monnaie unique – outre la totémisation qui peut survenir lorsqu’un grand nombre de personnes échange en une même monnaie - est de supprimer l’influence des marchés monétaires. La spéculation entraîne en effet une forte instabilité des monnaies.

Donc c'est mieux avec une monnaie unique car la valeur des monnaies est mieux garantie ? Ce n’est pas certain et voici pourquoi :

Le travail est valorisé différemment selon les pays. Aux Etats-Unis, une prestation de service comme le conseil en entreprise peut être rémunérée extrêmement cher et le capital de la boîte exploser en Bourse. Ce capital n'estime que la valeur attribuée à la prestation intellectuelle. Et quand celle-ci est frelatée, comme l'a montré l'affaire Enron, on se pose la question: comment de mauvais conseils peuvent-ils valoir 140 milliards de dollars ?

Un autre pays, mettons la Chine, aurait alors le loisir de décider un jour que, décidément, ces prestations en dollars devraient reprendre leur véritable valeur : zéro, et de ne plus reconnaître de valeur au dollar. C'est le mécanisme par lequel beaucoup d'économistes expliquent qu'à moyen terme, l'évolution de la Bourse finit toujours par suivre les évolutions de la sphère économique réelle.

Avec la monnaie unique, ce mécanisme ne joue plus. Si la banque centrale qui émet la monnaie unique est du côté américain (l'actuelle Fed par exemple), il n'est plus possible au marché de corriger les déviances rentières. Les américains ont assuré leur richesse pour longtemps grâce à leur mainmise sur la banque unique, indépendamment de leur labeur réel.

Ceci serait valable pour tout autre groupe s'accaparant le privilège d'émettre la monnaie unique.

Par Didier Lacapelle - Publié dans : Economie - Recommander
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Mercredi 22 février 2006 3 22 /02 /2006 14:48

1) Pour un spéculateur, les hausses et baisses des taux de change permettent de gagner de l’argent à court terme sans considération de l’économie réelle. Il est souvent à la source des crises monétaires (ex : Soros).

2) Pour un investisseur, une monnaie forte rapporte un meilleur pouvoir d’achat lors de la prise de bénéfices, mais le taux de change a moins d’importance que le taux d’intérêt et la quantité de capital prêté. Le taux de change est celui existant lors de la prise de bénéfice qui est assez difficile à prévoir. Le taux d’intérêt est lui fixe ou variable, mais dépend toujours du taux auquel a été souscrit l’emprunt.

L'investisseur a donc un double intérêt à ce que le taux d’intérêt soit élevé, et à ce que le taux de change soit également élevé. Si le taux d’intérêt – variable principale – n’est pas assez élevé à leur goût, ils investissent ailleurs et jouent une autre monnaie à la hausse, dévalorisant relativement la monnaie du premier pays.

3) L’Etat peut vouloir modifier le taux de change pour les motifs suivants :

- l’augmenter pour protéger la monnaie des attaques spéculatives,

- l’augmenter pour favoriser les investissements en capitaux.

Comme nous venons de le voir, le taux d’intérêt et la quantité de capital prêté comptent plus pour les investisseurs que le taux de change.

Aussi un Etat qui veut attirer des investisseurs doit surtout avoir des taux d’intérêt élevés, et subsidiairement avoir un taux de change élevé. Le discours politique parle plus volontiers « d’inspirer confiance aux investisseurs ». Ainsi justifiait-on la doctrine du « franc fort » (Pinay, Bérégovoy).

- l’augmenter pour renforcer la consommation intérieure de produits importés, au détriment des exportations,

- le diminuer pour privilégier les exportations, au détriment de la consommation de produits importés.

La concurrence entre pays au niveau des prix fait intervenir le niveau des salaires dans le pays et le taux de change. Intervenir sur le taux de change est plus facile que de monter et descendre les prix et les salaires en permanence dans le pays.

Le système de prix et de salaires corrigé du taux de change est parfois appelé « taux de change réel ». Cette appellation est trompeuse car elle suggère que c’est le taux de change qui est la principale variable, à corriger des distorsions de prix. Or les salaires et les prix peuvent être différents dans des pays qui utilisent la même monnaie et n’ont pas réellement de « taux de change » entre leurs monnaies respectives. C’est le cas dans la zone euro par exemple.

En gros, la variation du taux de change est :

- une variable mineure qui corrige à la marge le système de prix et de salaires pour la balance commerciale (exportations et importations)
- une variable mineure par rapport au taux d’intérêt pour attirer des capitaux
- une abomination si elle est la conséquence de la spéculation

 

Comment le taux de change varie

L'investisseur peu agir lui-même en intervenant sur le marché des changes.

Si un pays veut une monnaie plus forte, il peut :

- augmenter ses taux d’intérêt,

Les prêts étant mieux rémunérés, les investisseurs joueront une monnaie à la hausse car leurs prises de bénéfice seront mieux valorisées.

La loi de l’offre et de la demande ici présentée ne se vérifie pas toujours, pour la monnaie comme pour les autres biens. S’il s’agit de lutter contre la spéculation à la baisse, l’espérance de gains grâce à des taux d’intérêts élevés reste très inférieure à l’espérance de gains liée à la spéculation.

Keynes d’ailleurs ne voyait pas le taux d’intérêt comme un prix mais plus comme une « angoisse du futur ».

- acheter ses propres devises avec des devises étrangères qu’il détient.

Ainsi il limite la quantité de sa propre monnaie en circulation, diminue l’offre avec l’espoir d’augmenter les prix. Le problème majeur est que cette action ne peut se poursuivre que tant que ce pays possède des devises étrangères.

Dans le cas où il s’agit de lutter contre la spéculation à la baisse, le marché sait que la méthode a ses limites et elle débouche souvent sur un échec. Par exemple, la lire italienne a du sortir du Système monétaire européen avec l’accord indispensable du G7.

Si un pays veut une monnaie faible, il peut :

-  baisser ses taux d’intérêts,

Les prêts étant moins bien rémunérés dans le pays relativement à un autre pays, l’autre monnaie est achetée par les investisseurs pour un cours à la hausse qui valorise leurs investissements. Relativement, la monnaie du pays baisse. Le Japon l’a fait à la fin des années 90.

-   produire et vendre des billets autant qu’il le souhaite jusqu’à ce que sa devise baisse.

S’il n’y a pas de demande, c’est un coup pour rien mais il a accru ses réserves dans sa propre devise.

Il est beaucoup plus facile pour un pays de maintenir une monnaie faible qu’une monnaie forte.
C’est pourquoi les crises monétaires concernent toujours des pays à monnaie dévaluée.

Par Didier Lacapelle - Publié dans : Economie - Recommander
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Dimanche 19 février 2006 7 19 /02 /2006 21:45

 

Le PIB est la somme des valeurs ajoutées produites dans le pays pendant un an, par les entreprises et les administrations. Cette valeur ajoutée se partage en profits commerciaux et salaires. Il s'impose comme ,orme de comptabilité nationale en 1945, lors des accords de Bretton Woods, sous l'impulsion de John Maynard Keynes.

Les insuffisances du PIB comme indicateur unique de la richesse des nations créent un clivage entre fétichisme politique du PIB et de la croissance et une littérature économique qui en a depuis longtemps pointé les limites:


1) Le PIB ne mesure pas la richesse, mais son accroissement.

La vraie richesse est un patrimoine difficile à évaluer. L'INSEE participe de cette occultation puisqu'elle ne produit pas de comptes de patrimoine.

Lorsque qu’on parle de la « croissance », on parle de la croissance du PIB, c’est-à-dire de la croissance de la croissance, et on fait abstraction des pertes dans le patrimoine – amortissements ou destructions. Lorsqu’on parle de la hausse de la croissance on parle de la croissance de la croissance de la croissance. Lorsque les marchés sanctionnent Aventis parce que sa progression de croissance s’est ralentie, on peut avoir l’impression à lire la presse économique que son chiffre d’affaires a baissé, alors qu’il grandit, qu’il grandit même de plus en plus vite, mais moins vite que prévu.

Comparer des niveaux de croissance dans deux pays n’a pas de sens, si on ne vérifie pas que les PIB sont similaires, voire que le patrimoine est équivalent.

Notons au passage que parler de partage de la valeur ajoutée donne l’impression qu’il n’est pas question de revenir sur le partage de toutes les valeurs ajoutées qui l’ont précédées et qui forment le patrimoine. On peut en déduire qu’une fois une richesse acquise, elle ne peut plus être perdue.

Mais le patrimoine se redistribue aussi, que ce soit par l’héritage divisé, les impôts sur celui-ci, les fluctuations de la Bourse. Il peut même disparaître, par la perte de la valeur du bien (amortissement, obsolescence, destruction).

2) Toute production n'est pas une richesse.

Ce qui augmente le PIB peut même contribuer paradoxalement à faire diminuer le patrimoine. Par exemple, une voiture qui tourne à l’arrêt dans un embouteillage augmente le PIB par sa consommation, mais n’apporte aucune richesse identifiable. Au contraire, elle contribue durablement à polluer l’environnement.

Les coûts des accidents de la route contribuent à la croissance du PIB ; mais les revenus de l’homme mort sont perdus pour la collectivité. Nettoyer les plages polluées bénévolement fait baisser le PIB par rapport à une activité rémunérée.

Le progrès vient d’ailleurs très souvent de la gratuité, d’actions qui ne sont pas valorisées dans le PIB. La prévention antitabac réalisée en consultation médicale n’est par exemple comptabilisée alors que les soins anticancéreux le sont.

3) Il est difficile de comparer des marchés dans le temps quand les produits changent.

Le PIB est mesuré par les prix corrigés de l'inflation.

La croissance ne résulte donc que des volumes produits en France pour les anciens produits et les innovations,  et des prix fixés aux innovations.

Les prix fixés aux innovations ne sont pas différents des autres : ils résultent de conventions.  Il y a ainsi des difficultés à comparer dans le temps des PIB portant sur des productions différentes. Lorsque l’on décide qu’un aspirateur vaut 50 balais, il s’agit d’une convention, et il est difficile de déterminer ce qui relève de l’inflation et de la croissance de la richesse.

4) Le PIB est un indicateur purement quantitatif.

Si on fait abstraction de l’innovation, il ne reste que les volumes pour définir la « richesse ». Une définition strictement quantitative de la richesse n’est plus forcément valable, quand les volumes disponibles n’ont jamais été aussi importants et les besoins théoriquement largement couverts par la production.

Aussi a-t-on développé d’autres indicateurs, comme la mortalité infantile, sous le nom d’indicateurs de développement humain (IDH), utilisés par le PNUD des Nations-Unies. Avec ces indicateurs, les pays à forte protection sociale obtiennent de meilleurs résultats.

Il faut bien se garder toutefois de ne pas défendre des principes éthiques – la redistribution par exemple -  au nom de l’efficacité économique.

L’économie est dirigée par la politique, jamais le contraire, quand bien même les systèmes les plus sociaux auraient l’avantage.

5) Les calculs sont imprécis.

Le contenu du PIB est défini de manière conventionnelle est critiquable comme on vient de le voir.

Une fois défini ce qui y entre, le calcul a posteriori est imprécis et fluctue dans une fourchette de plus ou moins 5 %. En termes d’évolution en pourcentage, l’incertitude est plus grande encore. En termes prévisionnels, les calculs deviennent extrêmement imprécis, d’autant plus qu’ils sont éloignées de la période qu’ils décrivent. L’annonce de prévisions précises au dixième de point près, comme il est d’usage d’en faire, n’a aucune réalité objective.

De plus,  l’institution ou l’Etat qui les fait n’a en général pas la possibilité d’orienter le secteur en vue de réaliser les objectifs annoncés. Ainsi en est-il du budget de la Sécurité sociale qui est voté chaque année par le Parlement, mais qui n’est pas contraint par une enveloppe limitative au niveau de l’Etat : les professionnels de santé ou les assurés ont un droit de tirage illimité sur l’assurance maladie.

6) Ce sont les transactions qui sont comptées dans le PIB et non la production elle-même.

Une vente hors taxe d’un grossiste à un détaillant n’est pas comptabilisée, alors que la vente du détaillant au client l’est, permettant ainsi d’englober les revenus du détaillant, du grossiste et du fabricant. Ainsi la valeur du produit dépend du nombre d’intermédiaires de vente.

Si le client revend encore une fois le produit, celui-ci est même compté une seconde fois, alors qu’il s’agit toujours le même produit. Les fonctions commerciales, comme tous les services, sont considérées comme créatrices de valeur. Comme les services peuvent améliorer le bien-être au même titre que les biens, ce n’est pas nécessairement un problème.

Toutefois, il faut bien voir que cette définition de la valeur est différente de la valeur définie par David Ricardo ou Karl Marx. Marx notamment ne reconnaît pas les services comme créateurs de valeur.


7) Les seules transactions intégrées dans le PIB sont celles qui donnent lieu au versement de profits et/ou de salaires.

Ainsi le secteur dit social fait l’objet d’un clivage interne. Lorsque l’Etat paye une assistante sociale, ou lorsque l’assurance maladie verse des revenus aux médecins, ces revenus sont assimilés à une production et intégrés au PIB. Lorsque l’assurance vieillesse verse les retraites, elle améliore le bien-être de ces personnes. Mais ces revenus n’étant ni profits ni salaires, ils ne sont pas intégrés au PIB.

Le discours dit « libéral » va souvent plus loin et néglige totalement le fait que le secteur public représente aujourd’hui 46 % du PIB, essentiellement des salaires versés aux français. Keynes disait d’ailleurs que lorsque l’Etat représentait plus de 10% du PIB, on basculait dans un système socialiste.

Aussi les revenus versés par le secteur public, même s’il s’agit de revenus d’activité – salaires des fonctionnaires, honoraires des médecins – sont totalement assimilés à des dépenses, sans mention du fait que le PIB les compte comme des productions. Ainsi pour ces « libéraux », une heure de cours privé est considérée comme une production, mais une heure de cours de l’éducation nationale est assimilée à une dépense.

La frontière entre la rente (revenu de redistribution) et le profit (revenu de production) est d’ailleurs imprécise. Les loyers immobiliers comme les assurances sociales en espèces sont considérés comme des rentes et exclus du PIB. Les profits réalisés en Bourse, largement déconnectés de la sphère commerciale qu’ils sont censés refléter, sont eux pourtant assimilés à des profits productifs.

8) Les marchés internes des pays pauvres ne sont pas comptés.

Si les services non exportables des pays riches sont comptabilisés, les biens échangés à l’intérieur des pays pauvres ne le sont pas, car il n’existe pas de source statistique à leur sujet.

Paradoxalement, un pays peu exportateur sera jugé très pauvre alors qu’il peut être autosuffisant et échanger des biens en quantités importantes à l’intérieur de ses frontières, alors qu’un pays fortement exportateur d’un petit nombre de produits (parfois un seul) aura l’air dynamique, sans tenir compte de la faiblesse de la consommation de ses habitants.

Les pays en développement sont souvent incités à promouvoir une industrie exportatrice, censée leur apporter des richesses.

Par ailleurs, si ces pays exportent, ils doivent s’ouvrir à la concurrence des pays riches. Les coûts de production sont supérieurs pour les entrepreneurs des pays pauvres : la main d’œuvre y est moins chère, mais les grandes firmes produisent tout de même pour moins cher du fait des économies d’échelle, et prennent les marchés aux entreprises locales.

Les profits du secteur exportateur cachent ainsi la ruine des autres secteurs, non comptabilisés. Jusqu’au jour où l’industrie exportatrice s’arrête à son tour, faute de pouvoir rembourser ses emprunts. On parle à cet effet de croissance appauvrissante.

L’Etat peut défendre son industrie, soit en la subventionnant, soit en fermant ses marchés à la concurrence étrangère. C’est d'ailleurs de cette manière que les pays riches ont commencé leur développement, qu’il s’agisse de l’Angleterre lors de la première révolution industrielle, de l’Allemagne, des Etats-Unis ou du Japon encore aujourd’hui.

9) Le PIB dépend étroitement du système national de prix et de salaires, sans forcément refléter des différences de niveau de vie.

a) Le PIB des pays riches est composé d’activités de services plus ou moins à l’abri de la concurrence internationale.

Les activités de service représentent plus de 80 % des emplois aux Etats-Unis ou en France. Or la plupart des services sont délivrés dans un seul pays, sans marché international pour fixer les prix. Que les avocats américains gagnent plus que les avocats français est le résultat d’une convention sociale du pays et du taux de change, mais ne veux pas dire que cet avocat américain crée une valeur réelle supérieure. De plus, les besoins en services dépendent des pays. Si les Etats-Unis ont beaucoup d’avocats et de policiers, c’est parce qu’ils ont à la fois une forte criminalité et une répression forte.

Comparer le déficit commercial au PIB n’a ainsi pas vraiment de sens et minimise le déficit, qui ne correspond qu’à des biens qui s’échangent vraiment entre pays.

b) Même sur le marché international il n’y a pas de prix uniques.

Hors le tourisme et quelques avocats et banques internationaux, ce qui s’échange sur le marché international est constitué de biens, manufacturés et dans une moindre mesure agricoles. Mais le prix payé dans chaque pays n’est pas un prix « international », mais un prix national, qui dépend de conventions nationales.

La richesse d’un homme est définie comme la quantité d’objets qu’il possède évaluée au prix du marché. Mais les prix de l’Afrique ne sont pas ceux de New York pour des biens similaires. Avec un même revenu (PIB par habitant), on peut s’acheter beaucoup plus de biens en Afrique qu’aux Etats-Unis.

Les prix et les monnaies sont des valeurs fluctuantes et conventionnelles, insuffisantes pour mesurer la richesse. D ’autres critères, comme la mortalité infantile, l’espérance de vie, donnent un meilleur aperçu du niveau de développement réel, d’autant plus que la médecine est à la fois un secteur de masse et de pointe en matière technologique.

10)  Le PIB confond le produit lui-même et le revenu que les salariés et l’entreprise en retirent.

Le revenu et la valeur d’un produit se mesurent de la même façon et doivent théoriquement correspondre tous deux au prix auquel le produit est vendu, même si ce prix n’est pas un prix d’équilibre. Toutefois, le revenu appartient au producteur et le produit devient la propriété de l’acheteur.

a) Le produit peut être exporté, auquel cas il bénéficie à un autre pays.

Choisir le PIB comme l’indice de santé du pays plutôt que la somme des produits disponibles dans le pays (produits destinés au marché interne et importations) montre que c’est ce qui est produit compte plus que ce qui peut être consommé, ou encore que ce PIB est plus un revenu qu’une production.

b) Ce revenu correspond à un produit fait en France, mais pas au revenu distribué aux français.

Une entreprise étrangère qui produit en France distribue des salaires aux français, mais donne ses profits à ses actionnaires étrangers.

c) La somme des revenus disponibles est en ce moment très supérieure à la somme des prix des biens disponibles. Ceci est dû au crédit bancaire. Nous y reviendrons.

Le PIB est un paradoxe : il compare des services qui ne sont pas en concurrence et donc pas comparables, mais qui offrent bien des revenus aux nationaux, et des biens dont la valeur est comparable entre les pays, mais qui dégagent des revenus pour des étrangers.

11)     Le PIB est une somme de valeurs ajoutées, c’est-à-dire une somme de fractions de prix. Or le prix est lié à la fonction de consommation, et non à la fonction de production. Nous verrons que cette assimilation entre fonction de production et fonction de consommation est idéologique et peut être démontrée infondée.


Ce qu’il faut retenir :
C’est le système national de prix et de salaires, corrigé du taux de change qui déterminent la capacité d’un pays à consommer, pas ce qu’il a produit.

Par Didier Lacapelle - Publié dans : Economie - Recommander
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