Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 20:57
Il n'est pas toujours bien facile de se faire comprendre en se référant à des philosophies mal connues.

Le langage - qu'il soit new age ou plus sèchement philosophique - donne toujours lieu à des ambiguités. Rien ne ressemble plus à un texte gnostique qu'un autre texte gnostique, à un texte philosophique qu'un autre texte philosophique.

Beaucoup de gens regardent surtout la forme. Un texte à tonalité mystique va attirer des lecteurs branchés wicca ou new age, tandis que Husserl ou Platon auront l'approbation des étudiants en philosophie. Les textes sont appréciés par des gens qui n'en ont pas compris le sens, et rejetés par des gens dont les croyances peuvent être proches mais qui ne les expriment pas sous cette forme.

Par ailleurs, les interlocuteurs se font rares pour les uns comme pour les autres. La philosophie est perçue comme élitiste. Le symbolisme mystique dit mieux que le langage le sens qu'il renferme, mais les symboles ne sont plus universels. Beaucoup leur donnent un faux sens et les autres s'en moquent.



Mais là où on porte vraiment sa croix, c'est qu'il faut parler au milieu de ceux qui utilisent les mêmes mots et s'en font une idée tout à fait différente. Ils sont bien entendu majoritaires et bavardent énormément.


Certains croient que l'idée centrale du gnosticisme est que nous avons été créés par des êtres reptiliens. Honnêtement, on parle bien de quelque serpent dans les textes classés gnostiques de diverses obédiences datés des premiers siècles avant ou après JC. Et il est très possible qu'il y ait un fond de vérité ou un peu plus là dedans.

Mais enfin est-ce qu'une croyance d'ordre historique suffit à résumer la pensée gnostique, et est-ce bien cela le principal ?
Les gnostiques historiques rejetaient l'Ancien Testament comme une livre diabolique. Certains gnostiques d'aujourd'hui sont yahwistes. Ils ne voient pas que le sacrifice d'Abraham est l'archétype des rituels sataniques. Abraham renonce à son libre-arbitre et se soumet totalement au pouvoir d'une entité en échange de récompenses matérielles et de la victoire contre ses ennemis, et commet pour cela un sacrifice de sang. "Ouais mais tu vois il montre sa foi envers Dieu." Celui qui commence à croire n'importe quelle entité qui se présente comme "Dieu" et se soumet entièrement à ses ordres quels qu'ils puissent être pourrait bien connaître quelques problèmes, à mon humble avis. Evidemment, 3 milliards de croyants ne sont pas parvenus à faire ce parallèle pourtant bien évident. Abraham est aussi en quelque sorte le premier sujet à étayer les conclusions de l'expérience de Milgram.

Mais le principal est ailleurs : le point essentiel des enseignements gnostiques, comme de tous les bons enseignements, est que la pensée crée le monde.

On trouve aussi des gens qui vendent du bouddhisme à toutes les sauces. Le fond de sauce des doctrines des magiciens bonpos et des bouddhistes est aussi que la pensée crée le monde, avec comme partout une tendance vers la multiplicité des formes.

Les "bouddhistes" de chez nous assimilent souvent l'ego à un manque de simplicité. Chez Freud, l'ego pourrait utilement être présenté comme l'attachement à l'image de soi. Cela n'a rien à voir avec une stratégie sociale comme la modestie. La plupart des individus les plus égotiques ont une très mauvaise image d'eux-mêmes dont ils sont incapables de se départir.
Chez Descartes, l'ego est l'intellect pensant. Cet ego-là n'est jamais déprécié par Descartes (peut-être même est-il surcoté). Pourtant nos "bouddhistes" assimilent aussi le manque de simplicité au goût des joutes intellectuelles.
Ils pensent aussi que l'ego (intellectuel et prétentieux) doit disparaître comme celui du Bouddha pour être libéré du cycle des réincarnations, parce que l'ego ça fait souffrir et c'est mal.
L'ego dans une acception "bouddhiste", c'est la personnalité, qui contient l'intellect, les émotions et le corps physique. Il s'agit d'un véhicule avec lequel on expérimente la vie sur Terre. Anéantir l'ego, ça veut dire qu'on est mort. C'est "se rendre maître" de l'ego par la volonté qui est le vrai combat et la libération des influences.
On se libère du cycle des réincarnations parce qu'on a appris tout ce qu'il y avait à apprendre, pas parce qu'on a décidé d'arrêter de vivre de multiples vies de souffrance.
Vouloir anéantir l'ego sans accumuler l'expérience nécessaire, c'est vouloir avoir le diplôme sans avoir suivi les cours. C'est aussi selon la tradition un péché mortel contre l'esprit (mais si commun et naturel ! On cherche à nous faire peur là).
Cela n'a surtout aucun sens, car si l'individu ne se réincarne plus en tant que tel, l'esprit dont il est fait continue de le faire parce qu'il est dans sa nature de s'incarner. En Occident, le nirvana est parfois perçu comme une version orientale du Paradis ou des Champs-Elysées.
Il n'y a aucun fondement non plus à critiquer l'ego des autres, qu'il soit à dominante intellectuelle, physique ou émotionnelle. Mais il nous semble toujours que les autres font mal les choses et devraient s'en remettre à notre mode de vie.

Voilà ce qu'est le "bouddhisme" de beaucoup d'occidentaux : un péché contre l'esprit, deux mandalas au mur et un CD de chants aums.
Le new age peu cortiqué aime le bouddhisme parce qu'il croit que c'est un enseignement qui condamne l'intelligence comme de la prétention et magnifie la vie "simple".
Mais voir dans l'ego un manque de simplicité, ce n'est ni dans Freud, ni dans Descartes, ni dans les enseignements du Bouddha (qu'ils auraient certainement trouvé prétentieux à se croire plus malin qu'eux).
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 19:55
L'idéaliste dit : "si vous y croyez, cette dent aura des pouvoirs magiques".
Le matérialiste dit : "cette dent a des pouvoirs magiques". Comme il le croit, la dent a bien des pouvoirs magiques.

Des deux, le meilleur magicien est le matérialiste, parce qu'il ne doute pas.
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 13:53

Puisqu'il n'existe pas de pensée sans préjugés, la seule qualité d'une pensée est d'avoir conscience des préjugés qu'elle utilise.

L'homme de la tradition assume volontiers sa subjectivité et ne prétend pas être dépositaire de valeurs universelles.
Que l'on s'y reconnaisse ou qu'on la combatte, on identifie souvent la pensée traditionnelle à la "droite". Au 18ème siècle, on pouvait à bon droit faire ce rapprochement, l'universalisme et les droits de l'homme étant clairement des idées progressistes rattachées à la gauche de l'hémicycle. Les grands penseurs de la droite étaient pleinement conscients de se rattacher à une culture enracinée et à des valeurs subjectives. Ils comprenaient qu'au-delà de la défense d'un ordre antérieur et une hiérarchie, c'était leur culture qui était menacée.

A l'inverse, la gauche croyait que ses idées représentaient un "progrès" contre un supposé obscurantisme antérieur. Ses valeurs étaient objectivement meilleures. Elle n'avait aucune conscience de ses préjugés. D'ailleurs, elle n'a pas de préjugés, qui n'existent qu'en face.

Il est significatif que beaucoup de gens de gauche soient absolument incapables de distinguer un fait d'une opinion. Sitôt aura-t-on fait admettre le caractère subjectif d'une opinion, ils affirment que les faits aussi sont subjectifs. C'est là la caractéristique du matérialisme et des ses rejetons - structuralistes, constructivistes ou encore l'économie -  étrons de pensée à la dérive, où tout ce qui est affirmé est toujours vrai.

De ce fait, la gauche ne comprend même pas le relativisme culturel de la pensée de droite, qu'elle a d'abord présenté comme la réaction des riches et des privilégiés cramponnés à leurs intérêts, et qu'elle appelle aujourd'hui racisme. D'ailleurs, les hommes de la gauche jusqu'au milieu du 20ème siècle conservaient un fort lien à leurs terres et à leur culture. Les craintes de la droite pour ses valeurs leur paraissaient infondées.

Comme on parle de racisme, cela montre bien que les anciens hommes de droite voyaient juste : le progressisme vise à tout changer, d'abord la hiérarchie des hommes, ensuite leur culture.

Mais il n'y a plus réellement de différence culturelle entre la droite et la gauche. Pour tout le monde, le clivage droite/gauche est désormais un désaccord sur le degré des inégalités et l'interventionnisme de l'Etat dans l'économie. La droite a totalement assimilé le discours progressiste : elle est mondialiste, américanisée et défend des valeurs à prétention hégémonique que l'on dira "occidentales" à défaut d'être liées à une tradition d'Occident. Cette grande similitude de vues entre la "droite" et la "gauche" échappe totalement à la majorité des individus, tant ils partagent cette idéologie universaliste.

Toutefois, les derniers défenseurs de valeurs enracinées se situent toutefois bien encore à droite, bien qu'ils adoptent de manière pavlovienne un credo capitaliste, anti-étatique et inégalitaire qui prétend lui aussi être de "droite".

A l'opposé de la "droite" mondialiste aux valeurs hégémoniques, les libertaires manifestent des tendances très contradictoires.
Ils se pensent souvent plus proche de la gauche parce qu'opposés au capitalisme et égalitaristes, mais la vieille droite n'était pas précisément capitaliste, et elle était plus conservatrice que fondamentalement inégalitariste. Concernant l'unversalisme des valeurs occidentales, les libertaires peuvent avoir des opinions opposées et parfois un même individu peut avoir un double discours.
Aux Etats-Unis, les libertariens seraient classés à l'extrême-droite de l'éventail politique français. Leurs valeurs sont ultra-individualistes.
Mais les références intellectuelles des libertaires français étant peu ou prou celles des révolutionnaires, marxistes ou pas, ils ont tendance à être sensible aux principes universels, à la démocratie ou aux droits de l'homme. D'un autre côté, ils refusent les valeurs occidentales - à prétention universelle - parce que certains de ses aspects ne leur plaisent pas. La revendication autonome est de ce fait relativement opportuniste, puisqu'elle n'est affirmée que dans un contexte.

Les rouges et noirs - insurrectionalistes - sont même capables de proposer sans sourire un "système" libertaire ultra-coercitif.

Les choix idéologiques ne sont pas réellement assumés, entre un soutien aux valeurs du système et une opposition frontale à ce qu'il représente. Ils sont pour la démocratie, mais pas celle-là, pour des valeurs universelles mais pas celles du capitalisme. Pour le Tibet aux tibétains, mais pas la France aux français.

Ils observent un questionnement permanent sur la meilleure manière de concilier l'intérêt général et l'intérêt particulier qui est réellement stupéfiant pour un problème totalement insoluble. ("Mon phalanstère n'est pas un collectif, mais une réunion d'individualités souveraines.") Ils oscillent entre assumer leur subjectivité et prétentions universalisantes.

Par Didier - Publié dans : Politique - Communauté : Freemen - Recommander
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 06:20
On pourrait dire - à juste titre - qu'il n'est pas possible d'exprimer une pensée politique qui ne soit faite de préjugés. Mais la pensée humaine a aussi ceci de particulier qu'elle consiste à vouloir convaincre à tout prix autrui du bien-fondé de ses propres préjugés.

Pour les humains, ce qu'ils décrètent est à leurs yeux de la connaissance. Raconter l'Histoire sous l'angle de la lutte des classes est un point de vue intéressant. Dire que toute l'histoire est celle de la lutte des classes et qu'il s'agit de la seule bonne manière d'en parler est une décision arbitraire. Des millions de gens ont pourtant cru de bonne foi qu'ils étaient devenus savants parce qu'ils avaient adopté les préjugés d'un penseur barbu. Ils sont nombreux d'ailleurs à continuer à dispenser toujours la bonne parole. Toute la pensée occidentale est faite de postulats du même tonneau. Ainsi Roswitha Scholtz décide - sans consulter personne - que le capitalisme est une création du patriarcat, et se fâche avec tout ceux qui ne tiennent pas son point de vue pour absolument vrai. C'est là le mécanisme des guerres et de la politique : des groupes d'individus ayant des préjugés différents se combattent pour faire prévaloir les leurs.

Il n'existe pas d'Histoire qui ne soit issue de la sélection de quelques données et de l'élimination de toutes les autres par les historiens, dans l'optique de donner un sens au récit.

Il n'existe aucun acte qui soit juste, il n'existe aucun droit de nature qui serait "imprescriptible". Si on écrit "l'immigration est une chance", elle en sera une si on choisit de la percevoir comme cela.


Celui qui voit clair sait reconnaître ses préjugés pour ce qu'ils sont : ils correspondent à ses goûts ou à ses intérêts. Mais la plupart des gens pensent - consciemment ou pas - qu'une opinion peut être meilleure qu'une autre. A gauche, certains nomment leurs propres opinions "opinions" et celles d'en face "préjugés", en s'imaginant qu'ils doivent faire oeuvre de pédagogie pour éclairer les masses aveugles. C'est l'essence de la "lutte" contre le racisme ou l'homophobie.
 
Ils créent des notions ad hoc pour le discours qui sont dépourvues de substance. Ils parlent de "légitimité" sans voir que n'est légitime que ce qu'on pense légitime. Ils s'imaginent savoir ce que sont le "respect", la "morale", mais seraient incapables d'en donner une définition qui ne fasse pas intervenir leurs propres préjugés. Le respect qu'on leur témoigne consiste à se comporter conformément à leurs propres attentes, et le respect ne peut pas être autre chose. Les qualités morales qu'ils décernent à une personne sont sa capacité à se conformer à ce qui relève de leur morale à eux, et la morale ne peut être autre chose.

Les hommes prennent leurs suppositions pour la réalité, les dieux voient cela comme le nez au milieu de la figure des hommes. Mais les hommes ne voient rien : ils discutent de tout, comme si un préjugé se discutait, et comme si on pouvait terminer une discussion en faisant voir à tous la vérité.

Ils sont alors devenus des proies pour toutes sortes d'influences. Les préjugés qu'ils adoptent leur sont imposés par leur environnement culturel et ils imaginent qu'ils sont le fruit de leur propre réflexion autonome.

Le magicien se distingue parce qu'il est capable de choisir les influences auxquelles il se soumet, les préjugés qu'il fera siens pour interagir dans le monde et les sentiments qu'il exprimera.
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : Freemen - Recommander
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Recherche

Cliquer pour acheter

Acheter Manuel d\'antiéconomie
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés