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"La social-démocratie est le nom que l'on donne au capitalisme en Europe" (John Kenneth Galbraith)

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Dimanche 19 février 2006

 

Le PIB est la somme des valeurs ajoutées produites dans le pays pendant un an, par les entreprises et les administrations. Cette valeur ajoutée se partage en profits commerciaux et salaires. Il s'impose comme ,orme de comptabilité nationale en 1945, lors des accords de Bretton Woods, sous l'impulsion de John Maynard Keynes.

Les insuffisances du PIB comme indicateur unique de la richesse des nations créent un clivage entre fétichisme politique du PIB et de la croissance et une littérature économique qui en a depuis longtemps pointé les limites:


1) Le PIB ne mesure pas la richesse, mais son accroissement.

La vraie richesse est un patrimoine difficile à évaluer. L'INSEE participe de cette occultation puisqu'elle ne produit pas de comptes de patrimoine.

Lorsque qu’on parle de la « croissance », on parle de la croissance du PIB, c’est-à-dire de la croissance de la croissance, et on fait abstraction des pertes dans le patrimoine – amortissements ou destructions. Lorsqu’on parle de la hausse de la croissance on parle de la croissance de la croissance de la croissance. Lorsque les marchés sanctionnent Aventis parce que sa progression de croissance s’est ralentie, on peut avoir l’impression à lire la presse économique que son chiffre d’affaires a baissé, alors qu’il grandit, qu’il grandit même de plus en plus vite, mais moins vite que prévu.

Comparer des niveaux de croissance dans deux pays n’a pas de sens, si on ne vérifie pas que les PIB sont similaires, voire que le patrimoine est équivalent.

Notons au passage que parler de partage de la valeur ajoutée donne l’impression qu’il n’est pas question de revenir sur le partage de toutes les valeurs ajoutées qui l’ont précédées et qui forment le patrimoine. On peut en déduire qu’une fois une richesse acquise, elle ne peut plus être perdue.

Mais le patrimoine se redistribue aussi, que ce soit par l’héritage divisé, les impôts sur celui-ci, les fluctuations de la Bourse. Il peut même disparaître, par la perte de la valeur du bien (amortissement, obsolescence, destruction).

2) Toute production n'est pas une richesse.

Ce qui augmente le PIB peut même contribuer paradoxalement à faire diminuer le patrimoine. Par exemple, une voiture qui tourne à l’arrêt dans un embouteillage augmente le PIB par sa consommation, mais n’apporte aucune richesse identifiable. Au contraire, elle contribue durablement à polluer l’environnement.

Les coûts des accidents de la route contribuent à la croissance du PIB ; mais les revenus de l’homme mort sont perdus pour la collectivité. Nettoyer les plages polluées bénévolement fait baisser le PIB par rapport à une activité rémunérée.

Le progrès vient d’ailleurs très souvent de la gratuité, d’actions qui ne sont pas valorisées dans le PIB. La prévention antitabac réalisée en consultation médicale n’est par exemple comptabilisée alors que les soins anticancéreux le sont.

3) Il est difficile de comparer des marchés dans le temps quand les produits changent.

Le PIB est mesuré par les prix corrigés de l'inflation.

La croissance ne résulte donc que des volumes produits en France pour les anciens produits et les innovations,  et des prix fixés aux innovations.

Les prix fixés aux innovations ne sont pas différents des autres : ils résultent de conventions.  Il y a ainsi des difficultés à comparer dans le temps des PIB portant sur des productions différentes. Lorsque l’on décide qu’un aspirateur vaut 50 balais, il s’agit d’une convention, et il est difficile de déterminer ce qui relève de l’inflation et de la croissance de la richesse.

4) Le PIB est un indicateur purement quantitatif.

Si on fait abstraction de l’innovation, il ne reste que les volumes pour définir la « richesse ». Une définition strictement quantitative de la richesse n’est plus forcément valable, quand les volumes disponibles n’ont jamais été aussi importants et les besoins théoriquement largement couverts par la production.

Aussi a-t-on développé d’autres indicateurs, comme la mortalité infantile, sous le nom d’indicateurs de développement humain (IDH), utilisés par le PNUD des Nations-Unies. Avec ces indicateurs, les pays à forte protection sociale obtiennent de meilleurs résultats.

Il faut bien se garder toutefois de ne pas défendre des principes éthiques – la redistribution par exemple -  au nom de l’efficacité économique.

L’économie est dirigée par la politique, jamais le contraire, quand bien même les systèmes les plus sociaux auraient l’avantage.

5) Les calculs sont imprécis.

Le contenu du PIB est défini de manière conventionnelle est critiquable comme on vient de le voir.

Une fois défini ce qui y entre, le calcul a posteriori est imprécis et fluctue dans une fourchette de plus ou moins 5 %. En termes d’évolution en pourcentage, l’incertitude est plus grande encore. En termes prévisionnels, les calculs deviennent extrêmement imprécis, d’autant plus qu’ils sont éloignées de la période qu’ils décrivent. L’annonce de prévisions précises au dixième de point près, comme il est d’usage d’en faire, n’a aucune réalité objective.

De plus,  l’institution ou l’Etat qui les fait n’a en général pas la possibilité d’orienter le secteur en vue de réaliser les objectifs annoncés. Ainsi en est-il du budget de la Sécurité sociale qui est voté chaque année par le Parlement, mais qui n’est pas contraint par une enveloppe limitative au niveau de l’Etat : les professionnels de santé ou les assurés ont un droit de tirage illimité sur l’assurance maladie.

6) Ce sont les transactions qui sont comptées dans le PIB et non la production elle-même.

Une vente hors taxe d’un grossiste à un détaillant n’est pas comptabilisée, alors que la vente du détaillant au client l’est, permettant ainsi d’englober les revenus du détaillant, du grossiste et du fabricant. Ainsi la valeur du produit dépend du nombre d’intermédiaires de vente.

Si le client revend encore une fois le produit, celui-ci est même compté une seconde fois, alors qu’il s’agit toujours le même produit. Les fonctions commerciales, comme tous les services, sont considérées comme créatrices de valeur. Comme les services peuvent améliorer le bien-être au même titre que les biens, ce n’est pas nécessairement un problème.

Toutefois, il faut bien voir que cette définition de la valeur est différente de la valeur définie par David Ricardo ou Karl Marx. Marx notamment ne reconnaît pas les services comme créateurs de valeur.


7) Les seules transactions intégrées dans le PIB sont celles qui donnent lieu au versement de profits et/ou de salaires.

Ainsi le secteur dit social fait l’objet d’un clivage interne. Lorsque l’Etat paye une assistante sociale, ou lorsque l’assurance maladie verse des revenus aux médecins, ces revenus sont assimilés à une production et intégrés au PIB. Lorsque l’assurance vieillesse verse les retraites, elle améliore le bien-être de ces personnes. Mais ces revenus n’étant ni profits ni salaires, ils ne sont pas intégrés au PIB.

Le discours dit « libéral » va souvent plus loin et néglige totalement le fait que le secteur public représente aujourd’hui 46 % du PIB, essentiellement des salaires versés aux français. Keynes disait d’ailleurs que lorsque l’Etat représentait plus de 10% du PIB, on basculait dans un système socialiste.

Aussi les revenus versés par le secteur public, même s’il s’agit de revenus d’activité – salaires des fonctionnaires, honoraires des médecins – sont totalement assimilés à des dépenses, sans mention du fait que le PIB les compte comme des productions. Ainsi pour ces « libéraux », une heure de cours privé est considérée comme une production, mais une heure de cours de l’éducation nationale est assimilée à une dépense.

La frontière entre la rente (revenu de redistribution) et le profit (revenu de production) est d’ailleurs imprécise. Les loyers immobiliers comme les assurances sociales en espèces sont considérés comme des rentes et exclus du PIB. Les profits réalisés en Bourse, largement déconnectés de la sphère commerciale qu’ils sont censés refléter, sont eux pourtant assimilés à des profits productifs.

8) Les marchés internes des pays pauvres ne sont pas comptés.

Si les services non exportables des pays riches sont comptabilisés, les biens échangés à l’intérieur des pays pauvres ne le sont pas, car il n’existe pas de source statistique à leur sujet.

Paradoxalement, un pays peu exportateur sera jugé très pauvre alors qu’il peut être autosuffisant et échanger des biens en quantités importantes à l’intérieur de ses frontières, alors qu’un pays fortement exportateur d’un petit nombre de produits (parfois un seul) aura l’air dynamique, sans tenir compte de la faiblesse de la consommation de ses habitants.

Les pays en développement sont souvent incités à promouvoir une industrie exportatrice, censée leur apporter des richesses.

Par ailleurs, si ces pays exportent, ils doivent s’ouvrir à la concurrence des pays riches. Les coûts de production sont supérieurs pour les entrepreneurs des pays pauvres : la main d’œuvre y est moins chère, mais les grandes firmes produisent tout de même pour moins cher du fait des économies d’échelle, et prennent les marchés aux entreprises locales.

Les profits du secteur exportateur cachent ainsi la ruine des autres secteurs, non comptabilisés. Jusqu’au jour où l’industrie exportatrice s’arrête à son tour, faute de pouvoir rembourser ses emprunts. On parle à cet effet de croissance appauvrissante.

L’Etat peut défendre son industrie, soit en la subventionnant, soit en fermant ses marchés à la concurrence étrangère. C’est d'ailleurs de cette manière que les pays riches ont commencé leur développement, qu’il s’agisse de l’Angleterre lors de la première révolution industrielle, de l’Allemagne, des Etats-Unis ou du Japon encore aujourd’hui.

9) Le PIB dépend étroitement du système national de prix et de salaires, sans forcément refléter des différences de niveau de vie.

a) Le PIB des pays riches est composé d’activités de services plus ou moins à l’abri de la concurrence internationale.

Les activités de service représentent plus de 80 % des emplois aux Etats-Unis ou en France. Or la plupart des services sont délivrés dans un seul pays, sans marché international pour fixer les prix. Que les avocats américains gagnent plus que les avocats français est le résultat d’une convention sociale du pays et du taux de change, mais ne veux pas dire que cet avocat américain crée une valeur réelle supérieure. De plus, les besoins en services dépendent des pays. Si les Etats-Unis ont beaucoup d’avocats et de policiers, c’est parce qu’ils ont à la fois une forte criminalité et une répression forte.

Comparer le déficit commercial au PIB n’a ainsi pas vraiment de sens et minimise le déficit, qui ne correspond qu’à des biens qui s’échangent vraiment entre pays.

b) Même sur le marché international il n’y a pas de prix uniques.

Hors le tourisme et quelques avocats et banques internationaux, ce qui s’échange sur le marché international est constitué de biens, manufacturés et dans une moindre mesure agricoles. Mais le prix payé dans chaque pays n’est pas un prix « international », mais un prix national, qui dépend de conventions nationales.

La richesse d’un homme est définie comme la quantité d’objets qu’il possède évaluée au prix du marché. Mais les prix de l’Afrique ne sont pas ceux de New York pour des biens similaires. Avec un même revenu (PIB par habitant), on peut s’acheter beaucoup plus de biens en Afrique qu’aux Etats-Unis.

Les prix et les monnaies sont des valeurs fluctuantes et conventionnelles, insuffisantes pour mesurer la richesse. D ’autres critères, comme la mortalité infantile, l’espérance de vie, donnent un meilleur aperçu du niveau de développement réel, d’autant plus que la médecine est à la fois un secteur de masse et de pointe en matière technologique.

10)  Le PIB confond le produit lui-même et le revenu que les salariés et l’entreprise en retirent.

Le revenu et la valeur d’un produit se mesurent de la même façon et doivent théoriquement correspondre tous deux au prix auquel le produit est vendu, même si ce prix n’est pas un prix d’équilibre. Toutefois, le revenu appartient au producteur et le produit devient la propriété de l’acheteur.

a) Le produit peut être exporté, auquel cas il bénéficie à un autre pays.

Choisir le PIB comme l’indice de santé du pays plutôt que la somme des produits disponibles dans le pays (produits destinés au marché interne et importations) montre que c’est ce qui est produit compte plus que ce qui peut être consommé, ou encore que ce PIB est plus un revenu qu’une production.

b) Ce revenu correspond à un produit fait en France, mais pas au revenu distribué aux français.

Une entreprise étrangère qui produit en France distribue des salaires aux français, mais donne ses profits à ses actionnaires étrangers.

c) La somme des revenus disponibles est en ce moment très supérieure à la somme des prix des biens disponibles. Ceci est dû au crédit bancaire. Nous y reviendrons.

Le PIB est un paradoxe : il compare des services qui ne sont pas en concurrence et donc pas comparables, mais qui offrent bien des revenus aux nationaux, et des biens dont la valeur est comparable entre les pays, mais qui dégagent des revenus pour des étrangers.

11)     Le PIB est une somme de valeurs ajoutées, c’est-à-dire une somme de fractions de prix. Or le prix est lié à la fonction de consommation, et non à la fonction de production. Nous verrons que cette assimilation entre fonction de production et fonction de consommation est idéologique et peut être démontrée infondée.


Ce qu’il faut retenir :
C’est le système national de prix et de salaires, corrigé du taux de change qui déterminent la capacité d’un pays à consommer, pas ce qu’il a produit.

par Didier Lacapelle publié dans : Economie recommander
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Vendredi 17 février 2006

Une des deux questions fondamentales de l'économie est  "Comment se forment les prix ?". Elle fonde toute une discipline, la micro-économie. La seconde est "Comment se répartissent les richesses ?" qui est celle qui sous-tend la macroéconomie. La macro-économie est une discipline noble et essentiellement politique. La micro-économie est une pseudo-science.

Depuis les années 70, l'économie universitaire a réglé son compte à la micro-économie. Gérard Debreu a finalisé le théorème : à moyen terme, l'évolution des prix est impossible à prévoir.

Pourtant, la vulgarisation médiatique comme l'enseignement continuent d'enseigner les anciennes théories. Toutes partent du postulat : le prix représente la valeur qu'on attribue à un bien. On a supposé que c'était l'utilité qui fondait la valeur. Pas de chance : les pierres précieuses ont moins d'utilité que l'eau. On a supposé la rareté, mais la difficulté à trouver des Trabant en état de marche a assez peu fait monter leur cote à l'argus.

Pour finir, on a mixé l'utilité et la rareté, assimilé l'utilité à la demande et la rareté à l'offre et créé la théorie de l'offre et de la demande, qui se rencontrent à un prix d'équilibre. La théorie de l'offre et de la demande fonctionne parfois, souvent elle ne fonctionne pas pour expliquer un prix. Pour expliquer ces échecs de la théorie, on a suggéré que la loi de l'offre et de la demande ne fonctionnent que dans une situation de marché idéale, où la concurrence est "pure et parfaite". Dans une situation de concurrence pure et parfaite, aucun offreur n'a d'avantage contingent par rapport à un autre (par exemple sa boutiquie est plus proche de chez vous), seuls la qualité du produit et le prix proposé jouent. De même, il n'existe aucune distorsion d'information pour le demandeur, qui peut décider en parfaite connaissance du produit et de ses concurrents.

Lorsque la condition de concurrence pure et parfaite n'est pas réalisée - c'est-à-dire quasiment toujours - le modèle de l'offre et de la demande doit être modifié pour en tenir compte. Ainsi, dans énormément de segments de marché, il existe un ou plusieurs modèle spécifique au segment. Malgré cela, beaucoup de ces modèles restent insatisfaisants.

Revenons à notre idéologue marxiste. Il croit à la théorie de la valeur-travail. Attention à ne pas la confondre avec la "valeur" sociologique du travail qui structure une société que contestent Jeremy Rifkin ou Dominique Meda et certains courants de la gauche alternative et du Parti socialiste (Utopia), quoi que ces aspects se complètent fort bien. Ricardo affirmait que toute la valeur était issue de la nature et que la transformation de la valeur par l'homme ne créait pas de valeur. Marx, au contraire, pense que la transformation de la matière par l'homme génère une "plus-value", et que cette plus-value est proportionnelle à la quantité de travail fournie. Or cette idée n'est pas compatible avec la théorie de l'offre et de la demande (ni avec la rareté ou l'utilité d'ailleurs). Pour cela, il faudrait que la demande d'un bien soit corrélée à la quantité de travail fournie pour le fabriquer.

Mais si le prix ne correspond à rien qui soit propre à l'objet - son utilité, la quantité de travail fournie pour sa transformation - mais à un rapport de force entre vendeur et acheteur dont les règles du jeu sont floues, quel sens y a-t-il à assimiler la "richesse" en biens matériels à sa contrepartie monétaire ? Quel sens y a -t-il à utiliser un concept comme le PIB - qui additionne des valeurs ajoutées, c'est-à-dire des fractions de prix - pour mesurer la richesse du pays.

La critique classique du PIB est connue : il ne s'intéresse qu'aux flux (les échanges monétaires) et néglige les stocks (le patrimoine, la richesse culturelle), ignore la valeur du gratuit et valorise des activités nuisibles du moment qu'elles génèrent des échanges monétaires. C'est une des raisons qui ont permis le développement des Indices de développement humain (IDH) non monétaires. On néglige cependant la critique fondamentale : le prix ne représente rien de concret.

Nous verrons que le niveau - arbitraire - des prix et des salaires, ainsi que les taux de change déterminent entièrement la différence de niveau de vie d'un payx à l'autre, sa part fictive (les échanges internes) et sa part réelle et impérialiste (les échanges extérieurs).

par Didier Lacapelle publié dans : Economie recommander
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Jeudi 16 février 2006

A la fin de la Seconde guerre mondiale, la France et l'Europe étaient en ruines. La production avait chuté considérablement. Pourtant on a reconstruit, on a développé des services publics, la croissance fut spectaculaire pendant 30 glorieuses, entre 1945 et 1976, jusqu'à ce que Raymond Barre décide du tournant de la rigueur. On dit parfois que la cause en étaient le premier choc pétrolier de 1973. Il n'en est rien : il s'est agi d'un véritable tournant idéologique.

Aujourd'hui, la productivité française est une des plus élevées au monde, sinon la plus élevée. La pénurie n'est plus à l'ordre du jour. On peut même parler d'abondance de biens. Pourtant on dit que la France vit au-dessus de ses moyens.

Il n'y a rien qui vous choque ? Dans un cas, il y a pénurie de biens, peu d'échanges monétaires, mais l'Etat investit massivement. Dans l'autre, il y a abondance de biens, mais pénurie d'argent au point qu'on exige de l'Etat qu'il ne prenne pas cet argent pour le laisser aux entreprises et aux consommateurs.

Pourquoi alors nous dit-on que le revenu fixé en unités monétaires (fonction de consommation) est lié à la production de richesses matérielles (fonction de production) ? Visiblement, c'est faux.

Au juste, qui produit les richesses ? Pour le capitaliste convaincu, ce sont les entreprises. Pour le marxiste, ce sont les travailleurs, qui se voient soutirer une partie de la plus-value réalisée par le patron ou les actionnaires. Cette question, aussi importante qu'elle soit, n'est peut-être pas fondamentale, et relève essentiellement d'un positionnement moral. En termes économiques, la description du système est la même.

Pour l'idéologue néo-libéral, la richesse est produite dans le privé et le public tire une partie de cette richesse pour financer ses activités de redistribution.

Première remarque : en ce cas, une heure de cours privés à domicile est une production de richesses, et une heure de cours de l'éducation nationale une dépense de redistribution. Une consultation chez le médecin contribue au PIB national (donc c'est un produit) mais cette consultation a malgré tout besoin d'être financée par un système redistributif d'assurance maladie. Pourquoi, puisque la consultation a créé elle-même de la richesse ?

Deuxième remarque : notre idéologue néo-libéral considère visiblement que richesses et revenus sont liés. Or nous venions de nous apercevoir que ce n'était pas le cas.

Troisième remarque : L'idéologue marxiste a sensiblement le même avis que l'idéologue néo-libéral. Il ne croit pas que la richesse soit produite uniquement dans le privé, mais il considère que seules les entreprises industrielles, qui produisent des biens, produisent des richesses véritables. Les services publics étant des services, ils doivent se financer à partir des richesses produites dans l'industrie. Ceci est un argument fallacieux pour démontrer la nécessité d'une socialisation générale de l'activité industrielle, mais nous y reviendrons. On voit cependant les limites qu'il y a à considérer les nuisances industrielles comme une richesse et les aides à la personne comme du rien.

Et qui produit le revenu ? Dans l'industrie ou dans le privé, néo-libéraux et marxistes sont d'accord sur le fait que le revenu monétaire est produit par l'entreprise/le travailleur, en même temps que le bien/service. Pour rattacher la richesse au revenu - ce qui est une erreur - l'économie a un outil : le prix.

par Didier Lacapelle publié dans : Economie recommander
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Mercredi 15 février 2006

Voici des extraits d'un texte du Monde en date du 13 février 2006, tribune de M. François Faure.

Si l'on assimile les droits de la Sécurité sociale à prélever les charges sociales au droit des actionnaires d'une société à recevoir un dividende ou au droit des créanciers à recevoir des intérêts, alors on peut considérer la valeur présente des prélèvements futurs de la " Sécu " comme une forme de capital, au même titre que les fonds propres ou l'endettement. Le " capital Sécu ", en quelque sorte.

On peut aussi changer les règles du capitalisme et considérer la valeur présente des futurs salaires comme un capital apporté par les salariés.

Il est intéressant de comparer en valeur ce " capital Sécu " à la capitalisation financière des entreprises. Appliquons pour cela aux prélèvements annuels de la " Sécu " un multiple de valorisation relativement conservateur, de 20 à 25. La valeur du " capital Sécu " est alors de l'ordre de 7 000 à 9 000 milliards d'euros : six fois la capitalisation boursière, et probablement trois à cinq fois la capitalisation totale (fonds propres plus dettes) de nos entreprises !"

Ainsi, si la " Sécu " convertissait en capital les droits qu'elle détient sur l'économie, elle se retrouverait détentrice d'une très large majorité dans la valeur de l'entreprise France ! Concept intéressant pour alimenter le débat sur l'intrusion des fonds de pension étrangers au capital des grandes entreprises françaises...

Si les salariés convertissaient en capital etc., ils se retrouveraient majoritaires dans la valeur de l'entreprise France. Un petit effort et François Faure va redécouvrir l'autogestion.

Car là est bien le malentendu sur la Sécurité sociale : on oublie que la dette de l'un est forcément la créance d'un autre. Ainsi, nous considérons collectivement la " Sécu " comme un élément de l'endettement national, mais négligeons sa contrepartie positive dans le patrimoine de chacun.

C'est plus simple que ça. On ne peut pas parler de "production de soins", la valoriser et la compter entièrement en dépenses parce que c'est du social.
Faure est un bon gars : comme banquier, il ne peut pas s'imaginer que les catégories comme "salaires", "charges", "actionnariat" et "créanciers" ont été volontairement inventées pour rendre légitimes le parasitisme des rentiers. Mais il a des éclairs. Un jour, il écrira peut-être un bouquin, comme Stiglitz.

François Faure est " managing director " de la banque américaine Houlihan Lokey Howard & Zukin.

 

François Faure est un dangereux gauchiste qui s'ignore.

par Didier Lacapelle publié dans : Economie recommander
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