Jeudi 12 novembre 2009

Puisqu'il n'existe pas de pensée sans préjugés, la seule qualité d'une pensée est d'avoir conscience des préjugés qu'elle utilise.

L'homme de la tradition assume volontiers sa subjectivité et ne prétend pas être dépositaire de valeurs universelles.
Que l'on s'y reconnaisse ou qu'on la combatte, on identifie souvent la pensée traditionnelle à la "droite". Au 18ème siècle, on pouvait à bon droit faire ce rapprochement, l'universalisme et les droits de l'homme étant clairement des idées progressistes rattachées à la gauche de l'hémicycle. Les grands penseurs de la droite étaient pleinement conscients de se rattacher à une culture enracinée et à des valeurs subjectives. Ils comprenaient qu'au-delà de la défense d'un ordre antérieur et une hiérarchie, c'était leur culture qui était menacée.

A l'inverse, la gauche croyait que ses idées représentaient un "progrès" contre un supposé obscurantisme antérieur. Ses valeurs étaient objectivement meilleures. Elle n'avait aucune conscience de ses préjugés. D'ailleurs, elle n'a pas de préjugés, qui n'existent qu'en face.

Il est significatif que beaucoup de gens de gauche soient absolument incapables de distinguer un fait d'une opinion. Sitôt aura-t-on fait admettre le caractère subjectif d'une opinion, ils affirment que les faits aussi sont subjectifs. C'est là la caractéristique du matérialisme et des ses rejetons - structuralistes, constructivistes ou encore l'économie -  étrons de pensée à la dérive, où tout ce qui est affirmé est toujours vrai.

De ce fait, la gauche ne comprend même pas le relativisme culturel de la pensée de droite, qu'elle a d'abord présenté comme la réaction des riches et des privilégiés cramponnés à leurs intérêts, et qu'elle appelle aujourd'hui racisme. D'ailleurs, les hommes de la gauche jusqu'au milieu du 20ème siècle conservaient un fort lien à leurs terres et à leur culture. Les craintes de la droite pour ses valeurs leur paraissaient infondées.

Comme on parle de racisme, cela montre bien que les anciens hommes de droite voyaient juste : le progressisme vise à tout changer, d'abord la hiérarchie des hommes, ensuite leur culture.

Mais il n'y a plus réellement de différence culturelle entre la droite et la gauche. Pour tout le monde, le clivage droite/gauche est désormais un désaccord sur le degré des inégalités et l'interventionnisme de l'Etat dans l'économie. La droite a totalement assimilé le discours progressiste : elle est mondialiste, américanisée et défend des valeurs à prétention hégémonique que l'on dira "occidentales" à défaut d'être liées à une tradition d'Occident. Cette grande similitude de vues entre la "droite" et la "gauche" échappe totalement à la majorité des individus, tant ils partagent cette idéologie universaliste.

Toutefois, les derniers défenseurs de valeurs enracinées se situent toutefois bien encore à droite, bien qu'ils adoptent de manière pavlovienne un credo capitaliste, anti-étatique et inégalitaire qui prétend lui aussi être de "droite".

A l'opposé de la "droite" mondialiste aux valeurs hégémoniques, les libertaires manifestent des tendances très contradictoires.
Ils se pensent souvent plus proche de la gauche parce qu'opposés au capitalisme et égalitaristes, mais la vieille droite n'était pas précisément capitaliste, et elle était plus conservatrice que fondamentalement inégalitariste. Concernant l'unversalisme des valeurs occidentales, les libertaires peuvent avoir des opinions opposées et parfois un même individu peut avoir un double discours.
Aux Etats-Unis, les libertariens seraient classés à l'extrême-droite de l'éventail politique français. Leurs valeurs sont ultra-individualistes.
Mais les références intellectuelles des libertaires français étant peu ou prou celles des révolutionnaires, marxistes ou pas, ils ont tendance à être sensible aux principes universels, à la démocratie ou aux droits de l'homme. D'un autre côté, ils refusent les valeurs occidentales - à prétention universelle - parce que certains de ses aspects ne leur plaisent pas. La revendication autonome est de ce fait relativement opportuniste, puisqu'elle n'est affirmée que dans un contexte.

Les rouges et noirs - insurrectionalistes - sont même capables de proposer sans sourire un "système" libertaire ultra-coercitif.

Les choix idéologiques ne sont pas réellement assumés, entre un soutien aux valeurs du système et une opposition frontale à ce qu'il représente. Ils sont pour la démocratie, mais pas celle-là, pour des valeurs universelles mais pas celles du capitalisme. Pour le Tibet aux tibétains, mais pas la France aux français.

Ils observent un questionnement permanent sur la meilleure manière de concilier l'intérêt général et l'intérêt particulier qui est réellement stupéfiant pour un problème totalement insoluble. ("Mon phalanstère n'est pas un collectif, mais une réunion d'individualités souveraines.") Ils oscillent entre assumer leur subjectivité et prétentions universalisantes.

Par Didier - Publié dans : Politique - Communauté : Freemen - Recommander
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Mardi 10 novembre 2009
On pourrait dire - à juste titre - qu'il n'est pas possible d'exprimer une pensée politique qui ne soit faite de préjugés. Mais la pensée humaine a aussi ceci de particulier qu'elle consiste à vouloir convaincre à tout prix autrui du bien-fondé de ses propres préjugés.

Pour les humains, ce qu'ils décrètent est à leurs yeux de la connaissance. Raconter l'Histoire sous l'angle de la lutte des classes est un point de vue intéressant. Dire que toute l'histoire est celle de la lutte des classes et qu'il s'agit de la seule bonne manière d'en parler est une décision arbitraire. Des millions de gens ont pourtant cru de bonne foi qu'ils étaient devenus savants parce qu'ils avaient adopté les préjugés d'un penseur barbu. Ils sont nombreux d'ailleurs à continuer à dispenser toujours la bonne parole. Toute la pensée occidentale est faite de postulats du même tonneau. Ainsi Roswitha Scholtz décide - sans consulter personne - que le capitalisme est une création du patriarcat, et se fâche avec tout ceux qui ne tiennent pas son point de vue pour absolument vrai. C'est là le mécanisme des guerres et de la politique : des groupes d'individus ayant des préjugés différents se combattent pour faire prévaloir les leurs.

Il n'existe pas d'Histoire qui ne soit issue de la sélection de quelques données et de l'élimination de toutes les autres par les historiens, dans l'optique de donner un sens au récit.

Il n'existe aucun acte qui soit juste, il n'existe aucun droit de nature qui serait "imprescriptible". Si on écrit "l'immigration est une chance", elle en sera une si on choisit de la percevoir comme cela.


Celui qui voit clair sait reconnaître ses préjugés pour ce qu'ils sont : ils correspondent à ses goûts ou à ses intérêts. Mais la plupart des gens pensent - consciemment ou pas - qu'une opinion peut être meilleure qu'une autre. A gauche, certains nomment leurs propres opinions "opinions" et celles d'en face "préjugés", en s'imaginant qu'ils doivent faire oeuvre de pédagogie pour éclairer les masses aveugles. C'est l'essence de la "lutte" contre le racisme ou l'homophobie.
 
Ils créent des notions ad hoc pour le discours qui sont dépourvues de substance. Ils parlent de "légitimité" sans voir que n'est légitime que ce qu'on pense légitime. Ils s'imaginent savoir ce que sont le "respect", la "morale", mais seraient incapables d'en donner une définition qui ne fasse pas intervenir leurs propres préjugés. Le respect qu'on leur témoigne consiste à se comporter conformément à leurs propres attentes, et le respect ne peut pas être autre chose. Les qualités morales qu'ils décernent à une personne sont sa capacité à se conformer à ce qui relève de leur morale à eux, et la morale ne peut être autre chose.

Les hommes prennent leurs suppositions pour la réalité, les dieux voient cela comme le nez au milieu de la figure des hommes. Mais les hommes ne voient rien : ils discutent de tout, comme si un préjugé se discutait, et comme si on pouvait terminer une discussion en faisant voir à tous la vérité.

Ils sont alors devenus des proies pour toutes sortes d'influences. Les préjugés qu'ils adoptent leur sont imposés par leur environnement culturel et ils imaginent qu'ils sont le fruit de leur propre réflexion autonome.

Le magicien se distingue parce qu'il est capable de choisir les influences auxquelles il se soumet, les préjugés qu'il fera siens pour interagir dans le monde et les sentiments qu'il exprimera.
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : Freemen - Recommander
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Mercredi 21 octobre 2009

Roswitha Scholz, issue de la revue allemande et marxienne Krisis propose la théorie de l'Abspaltung (séparation sexuelle). Celle-ci voit dans le capitalisme et l'adoption de la "forme valeur" l'influence du patriarcat, ce qu'elle traduit par "la valeur c'est l'homme" (et non la femme). On devrait au patriarcat la manie de la mesure et de la catégorisation systématique, et la passion de produire. Le principe féminin aurait lui été systématiquement traqué et éradiqué par ce patriarcat violent et destructeur. Il est assez courant que la philosophie occidentale pose un pied dans un certain mysticisme (pensez : la lutte des principes féminin et masculin, le yin et le yang, rien que le new age ne connaisse par coeur !) tout en évitant la critique rationaliste en noyant le propos sous un langage plus proche de la philosophie académique. (Moi mystique ? allons donc.) Il s'agit toutefois d'une hypnose de style, la philosophie étant par essence mystique et se fixant les mêmes objectifs que la Gnose. Une différence apparaît parce que la philosophie n'est pas étrangère à son époque et que d'une époque intellectuelle sortent des pensées issues de l'intellect. Et c'est ainsi que Scholz critique la tendance à tout catégoriser avec des catégories.

Je ne suis pas en désaccord avec ce qu'écrit Scholz. Mais je ne suis pas non plus en désaccord avec la Théorie de la jeune fille de Tiqqun, qui fait de la jeune fille la figure type du consommateur moderne, ou avec les pamphlets soraliens sur la féminisation du monde occidental.

Peut-être pourrait-on dire qu'au sein du capitalisme le masculin s'exprime dans la production, et le féminin dans la consommation, faisant des théories évoquées des théories complémentaires.

Mais soyons honnêtes, on trouve surtout des points de vue contradictoires. Pour Otto Weiniger, le juif est féminin, et pour Nietzsche le chrétien est féminin (bon il ne l'a peut-être pas écrit, mais il l'a pensé très fort). Les paganistes de droite ont tendance à penser que les sociétés pré-chrétiennes incarnaient un principe masculin et solaire que les religions monothéistes sont venues amollir en prescrivant un comportement passif. Les adeptes du new age ou de la wicca appuieraient au contraire le point de vue de Scholz et décriraient les sociétés préhistoriques adoratrices de la déesse-mère comme manifestant le principe féminin, principe féminin qui aurait été relégué aux oubliettes de l'Histoire suite après l'émergence d'un Dieu mâle impitoyable.

Comment peut-on encore discourir sur le féminin et le masculin quand les concepts maniés débouchent sur un tel sac de noeuds ?

Il faut déjà dire que "préhistorique" et "pré-chrétien", ce n'est pas tout à fait la même chose. La déesse-mère et Wotan non plus. Dumézil fait un paquet indo-européen des romains et des barbares du Nord. Moi-même j'ai fait remarquer sur ce blog qu'il n'existe pas de clivage culturel sérieux entre sémites et aryens, et que les monothéismes sont dans la continuité du "panthéisme" antique. Ce qu'on appelle aujourd'hui panthéisme (Dieu est dans tout) auquel je souscris volontiers, n'a en revanche qu'un rapport lointain avec les cultes séparés d'Apollon, Zeus et Poséidon. Pour tout dire, je suis plus proche du point de vue wiccan que des paganistes de droite.

Il reste à poser la question "Est-ce que c'était mieux avant (du temps de la déesse-mère) ?" avec en question cachée : "Le féminin est-il le bien ?". La Gnose récuse les notions de bien et de mal, mais on postulera pour les besoins de la discussion que ce "bien" correspond à une humanité vivant en conscience selon les principes du monde et de la réalité. Certains parleraient de proximité avec la nature. Admettons.

Mais l'enseignement ne dit pas qu'avant la chute était le féminin et qu'après celle-ci survint le masculin. Il dit qu'avec la chute est venue la dualité. Le couple masculin-féminin fonctionne selon des cycles de manifestation où le déséquilibre penche parfois d'un côté, parfois de l'autre. Le goût de la mesure et de la séparation est inhérent à la dualité manifestée. Il ne saurait être purement masculin ou même féminin.
Il n'y a pas d'injustice à ce que le masculin écrase le féminin. Le masculin et le féminin sont un couple de contraires qui s'affrontent parce que c'est dans leur nature de s'affronter. Par ailleurs masculin et féminin sont des mots pour décrire cette dualité, et s'appellent ainsi parce qu'on les retrouve plus souvent chez l'homme ou chez la femme. Les tendances à tout prendre au sens littéral font que l'on prend le principe masculin comme l'essence permanente de l'homme, et le principe féminin comme l'essence permanente de la femme. Ce qui fait qu'à vouloir simplement expliquer la dualité, on finit par se vautrer dedans.

Certaines féministes ne s'embarrassent pas de ces nuances : elles comptent incarner absolument le principe féminin. Outre que ceci permet de poser en victime à bon compte, le principe ne s'incarne pas de manière aussi basique; il n'est pas aussi étouffé qu'elles le présentent et se manifeste simplement ailleurs que dans les sphères académiques. Et quand bien même on admettrait d'identifier la femme occidentale au principe féminin, la domination du masculin serait tout aussi bien la conséquence des attaques du principe masculin envers le principe féminin que de l'absence de manifestation de ce dernier du fait de la passivité des femmes.

On passera rapidement sur les manifestations multiples du yin et du yang (humide/sec, froid/chaud, lune/soleil...) pour s'intéresser aux représentations du monde respectives du masculin et du féminin. Malgré les réserves évoquées plus haut, il n'en reste pas moins que le domaine des sciences académiques manifeste amplement l'esprit masculin.

Cet esprit qu'on appelle masculin est de nature analytique, il parvient à des conclusions sur le monde à partir des éléments que sont les faits bruts et le raisonnement. Son seuil pathologique surgit lorsque le raisonnement reste seul en piste, se nourrissant de concepts et non plus de faits.
L'esprit qu'on nomme féminin est de nature synthétique. Il est plus rapide et parvient aux conclusions de manière instantanée. Aujourd'hui que l'esprit masculin a dépassé son seuil pathologique, il est de bon ton de penser que le féminin est "plus proche de la nature et des réalités". Le problème avec l'intuition ou l'esprit synthétique, c'est qu'il tend à la paresse. Il se contente d'une compréhension intuitive des choses en-deça du langage, mais il a besoin du langage pour l'exprimer. Or le langage étant d'essence intellectuelle n'est pas bien maîtrisé. La connaissance est ainsi soit inexprimée, soit exprimée avec très peu de rigueur. Si l'esprit féminin a une compréhension émotionnelle du monde, il a beaucoup de mal à la traduire intellectuellement.

Mais l'esprit masculin ou féminin n'est pas tout le principe. Les observations de Soral ou de Scholz ne sont pas contradictoires. Les principes masculin et féminin tendent à dominer des lieux et des époques différentes, mais aussi des domaines différents. Ajoutons des réserves sérieuses sur l'affiliation d'un phénomène à l'un ou l'autre de ces principes à l'utilité purement descriptive, mais passablement fourre-tout. La "féminisation" des moeurs proposée par Soral n'entraîne pas une féminisation générale de la civilisation. L'économie ou la philosophie et tous les domaines académiques expriment plutôt le principe masculin, mais ceci est aussi un effet de la paresse de l'esprit de synthèse, qui ne s'efforce pas d'utiliser le langage conceptuel pour s'exprimer, laissant l'esprit analytique seul en piste. Et quand les femmes sont des intellectuelles, elles possèdent souvent cet esprit analytique masculin, croient à l'existence des concepts qu'elles manient et n'ont pas le souci de coller au réel.

L'esprit masculin pathologique confond facilement les idées avec les faits bruts et considère toute théorie comme vraie si elle est issue d'un raisonnement apparemment solide.
L'esprit féminin pathologique ne se préoccupe pas de produire un langage accessible parce qu'il pense que le langage est capable de rendre compte de son savoir sans mise en forme particulière.
Et ni l'un ni l'autre ne sont alors en mesure de décrire le monde. Or la raison ne voit bien qu'avec le coeur, et le coeur ne voit clair qu'avec le secours de la raison.

Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
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Jeudi 15 octobre 2009
Deux petits trucs pour affronter l'économie (ça peut suffire) :

1) la valeur n'existe pas
2) l'argent est un facteur limitant

1) La valeur n'existe pas. Comme invention de la pensée, elle se comporte de la manière dont l'homme s'attend à ce qu'elle se comporte. Elle est l'idéal-type de la forme-pensée.

Les prix sont répartis sur une échelle relative les uns par rapport aux autres. Ainsi "tout" ne peut pas s'effondrer dans l'économie comme on le lit parfois; certaines choses voient leur valeur baisser et d'autres monter relativement.
Pour déterminer la valeur, il est nécessaire de recourir à un étalon. Le choix de cet étalon dépend des croyances des individus : le temps de travail, l'or, le dollar... D'une part, l'existence de cette valeur est difficile à croire avec autant d'étalons différents. D'autre part, la seule existence d'un étalon prouve que la valeur en soi n'existe pas. La valeur possède une similarité amusante avec les coordonnées espace-temps dans la théorie de la relativité.

2) Dans la gratuité, il n'existe aucune limite au transfert de biens. Dans l'échange monétaire, l'échange ne peut se poursuivre que tant que l'acheteur a de l'argent. Les groupes qui créent de la monnaie complémentaire veulent "créer autant d'argent qu'il sera nécessaire pour que les besoins soient satisfaits". En ce cas, ils peuvent aussi bien proposer la gratuité car la signification de l'argent est dans la limite qu'il impose à la consommation (le pouvoir d'achat), et la possibilité qu'il a de créer une hiérarchie de consommateurs. Pour résumer, l'argent sert à déterminer qui peut consommer et combien.

Qui prend cette décision ? La répartition de l'argent est déterminée par le prix, qu'il s'agisse du prix du travail (salaire), ou du prix des biens. Dans le capitalisme, il s'agit d'une convention sociale informelle, qui fait intervenir la perception par le groupe de ce qui peut être admis, et d'autres déterminants comme l'offre et la demande. Cette instance informelle est appelée le "marché".

Dans d'autres systèmes économiques, il peut exister des instances formelles qui fixent les prix. C'est le cas dans le distributisme.

Le distributisme prétend souvent qu'il propose un système AMA, où on commence par la distribution de monnaie (A comme argent). Cette monnaie sert à acheter des marchandises (M), et ces marchandises sont vendues contre de l'argent (A). L'enchaînement que Marx identifie dans le capitalisme est MAM.
Cette présentation MAM est biaisée, car elle suggère que la première marchandise produit de l'argent (respectant le principe de la valeur travail), alors que la suivante doit être achetée par de l'argent préexistant. Le AMA est tout aussi biaisé, puisque les distributistes suggèrent que le premier argent est donné, tandis que le second est issu de la vente de biens. Le mérite au travail ne détermine plus le droit à consommer d'un individu en première instance, mais il est réintroduit en second lieu.
En réalité, l'enchaînement réel est de type ...AMAMAMAMAMAMAMA... et n'a ni début ni fin. Le distributisme ne peut se présenter comme AMA que dans la mesure où il remet régulièrement les compteurs à zéro avec sa monnaie à durée de validité limitée.

C'est donc une commission qui fixe les prix dans le distributisme. Ces prix sont déterminés selon des critères informels d'utilité sociale, c'est-à-dire de mérite du producteur. Les défenseurs de l'instance marché ne prétendent pas autre chose. Quel argument les distributistes peuvent-ils donc avancer pour prétendre être plus équitables que le marché. Un seul : "Le marché est méchant, nous sommes gentils. Le marché est injuste. Nous serons justes." Libre à nous de les croire.
Par Didier - Publié dans : Economie - Communauté : Freemen - Recommander
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