Dimanche 24 mai 2009
Ce qui est épatant avec Raymond Abellio, c'est que quand je lis un de ses bouquins, il s'arrange toujours pour traiter largement des questions que je suis en train d'étudier.

J'ai lu "Vers un nouveau prophétisme" suite à un conseil de lecture donné par Eon, que j'ai rencontré à un mariage, puis retrouvé lors de la dernière soirée de Nouvel an. Eon se trouve être un ésotériste acharné, et a épousé une ancienne amie de ma femme. je lui souhaite le meilleur courage pour mettre en ligne les 5 000 billets qu'il me dit avoir accumulé. Je n'en suis pas encore à 200, pour se faire une idée.

Lorsque donc j'ai lu "Vers un nouveau prophétisme", je venais de suggérer ici la possibilité d'une psychanalyse sociale. Et Abellio me servit sur un plateau le nom de Keyserling. J'avais écrit quelques posts sur les intellectuels et leur usage du langage dont la critique chez Abellio rejoint amplement la mienne. Sa critique des théories philosophiques de l'entropie est également analogue à celle que j'ai faite au sujet de la thermodynamique de la valeur chez Georgescu. Sa description de la multiplicité via E= mc2 est ...ben pareil que moi. Son discours sur Guénon, les lucifériens et le libre-arbitre... itou.
Je m'interrogeais sur la possibilité de traduire le "magnétisme" du rebouteux ou l'hypnose par les travaux habituels de la physique du champ EM (on dit bien "magnétique" dans les deux cas), et la possibilité d'existence de quanta au niveau macro, qui expliqueraient l'effet que la mise en présence de deux individu fait que "ça passe" ou "ça ne passe pas" (on dit aussi que deux personnes sont ou ne sont pas "sur la même longueur d'onde"). Ben Abellio il en parlait.

Guénon voit la Tradition comme un projet politique. Cela en fait un bête réactionnaire, qui ne comprend pas que la perte de la connaissance de la Tradition est dans son propre ordre des choses.
Au-delà, un Julius Evola comprend qu'il n'y a rien à espérer de la politique. Mais, typiquement luciférien au sens d'Abellio (à ne pas confondre avec la vision steinerienne du luciférien. Steiner ferait d'Evola un arhimanien), il se dit détaché du résultat de ses actions, alors qu'il reste attaché à l'acte lui-même. Il développe un vulgaire discours par lequel il revendique sa place dans l'élite dominante. Or ce n'est pas parce qu'on serait un type d'"homme supérieur" qu'on est en mesure de dominer la masse. Cela relève d'une compétence différente, celle du psychopathe ou du fascinateur. Si ce qu'Evola appelle son "impersonnalité active" était réellement dégagée de son moi humain, il n'aurait aucune volonté de puissance. Evola ne voit rien au-delà de la vie humaine, aucune transcendance. Sa seule réponse devant le vide existentiel consiste à montrer sa bite. Pas mieux que Sarkozy au fond.
Avec Abellio, nous accédons à une compréhension plus satisfaisante de la Tradition, une revendication de la transcendance et de la Gnose.

Le "Manifeste de la nouvelle gnose" d'Abellio défend largement les préceptes de la phénoménologie transcendantale de Husserl, et il y apparaît que l'epoche de Husserl - où l'individu prend conscience de sa conscience observante - est identique à l'exercice que Gurdjieff appelle "se rappeler soi-même". Il n'est pas du tout innocent que les deux se réclament de la gnose.
Ce qui est plus amusant, c'est que je n'ai pas fait ce rapprochement en lisant Abellio, dont j'ignorais totalement qu'il se réclamât de Husserl, mais suite à un courrier de Durepaire. Je voulais approfondir la question, et l'ouvrage d'Abellio là aussi m'est tombé dans les mains.
Husserl a critiqué la tendance à la sectorisation de la pensée et la perte de la capacité de synthèse - "le spécialiste parfait est celui qui sait tout sur rien"-, explique qu'il faut opérer la "réduction" pour comprendre la possibilité et la nécessité d'opérer la réduction. C'est tout à fait le commentaire que je VIENS de faire sur la compréhension de la physique relativiste et l'alchimie dans le post précédent. Peut-être étais-je un phénoménologue sans le savoir ?

La phénoménologie de Husserl a peu à voir avec l'interprétation phénoménologique par Michel Henry des premiers travaux de Marx que j'ai déjà évoquée ici. Husserl utilise les paradoxes de la logique pour avancer que la logique totalitaire n'a rien à faire avec le monde de la vie. Henry voit que Marx aborde la notion de "travail vivant" par opposition à un "travail abstrait" dans les écrits de jeunesse de Marx et voit dans un langage similaire la possibilité d'en tirer une lecture phénoménologique.

Pour faire un résumé, la phénoménologie husserlienne ne distingue pas entre le sujet observant et l'objet observé. Elle ne veut décrire que leur interaction. Abellio fait remarquer que l'oeil est impressionné par l'objet dans le même temps que l'oeil voit l'objet. Dans le post qui précède, j'ai mis en doute l'idée que ce que nous voyons est le phénomène réel, et Abellio fait une remarque similaire. J'ai écrit que ceci ne peut être vrai que si le champ lumineux résume la réalité de l'oeil observant et de l'objet observé. C'est là que je me suis simplifié la lecture de l'ouvrage d'Abellio, en décidant que la phénoménologie husserlienne était une philosophie du champ.

Notons que Abellio utilise la notion de "structure absolue" ou d'"interdépendance universelle" pour décrire ce rapport du sujet et de l'objet, et que c'est cette même notion de structure qui est utilisée pour décrire les équations des champs électromagnétique et gravitationnel, qui réduisent deux particules en interaction à cette même interaction.

Abellio aborde aussi le faux problème de l'élément et de la classe dans le langage, et dépasse ainsi les positions du nominalisme (il n'y a pas de classes) et de l'idéalisme (les classes existent en elles-mêmes). On pourrait peut-être oser parler d'un "champ", analogue à un champ physique, pour le langage.
Plus avant, Abellio nous propose l'exemple suivant : Un parallélépipède  réel permet de remonter à la notion de parallélépipède, et de la notion de parallélépipède je peux désigner des parallélépipèdes dans le monde réel. Dans un sens, on aboutit à une axiomatisation de la géométrie, dans l'autre à des théorèmes, illustrations de cette axiomatique. Abellio y voit là aussi une manifestation de la structure absolue, qui relie le monde réel au monde des idées. Selon Abellio, le "corps de lumière" de la tradition est ni plus ni moins que la structure absolue. Bref, un champ.

Le présent n'existe que comme une interaction entre le passé et l'avenir, et Abellio avance que ceci est l'image de la structure absolue elle-même. Comme le mot de "champ" me parle plus, je vais avancer l'idée que la vie humaine est un champ.
On parle bien de temps quand on parle de la vie. Or les champs connus de la physique que sont le champ de gravité et le champ électromagnétique sont indépendants du temps, mais nous ne parlons pas de physique ici et pouvons proposer une telle analogie comme image de la réduction de la dualité.

Réduisons un espace à 3 dimensions à un point sans dimension et essayons de décrire trois autres dimensions, que l'on pourrait se représenter par un tracé en 3 dimensions spatiales.
Un être humain réduit à un point se déplace sur la droite du temps, première dimension.
Chaque moment sur cette droite se propage perpendiculairement dans un plan. Ce plan est l'éternité. Chaque moment existe donc de manière permanente dans l'éternité.
Perpendiculairement à ce plan, existent des existences "parallèles", qui réalisent toutes les autres virtualités d'existence (celle où vous êtes sorti avec la reine du lycée, avez exercé le métier de vos rêves, et celle ou vous avez fini clochard). Ceci est une proposition de Boris Mouravieff, dans son Gnôsis.

La description d'un champ "de l'intérieur" est indépendante de l'espace et du temps puisqu'il se déplace à la vitesse de la lumière. En revanche, un champ électromagnétique  partant d'un point, perçu par un observateur extérieur, se propage dans les trois dimensions de l'espace.

Dans les trois nouvelles dimensions que nous avons décrites, se propagerait un autre champ. C'est un peu plus large que la proposition d'Abellio, qui ne considère que la droite.
Cette supposition suit une certaine forme de logique. Puisque les équations du champ électromagnétique sont indépendantes de la distance et du temps et que le champ EM se déplace dans l'espace, on pouvait supposer un champ dont les équations sont indépendantes de la distance et du temps se déplaçant dans le "temps" 3D.

Mais à la différence du champ électromagnétique qui se déplace dans un espace 3D que nous pouvons observer, nous ne pouvons faire l'expérience que d'une seule dimension du champ "temporel" 3D , et dans un seul sens. Ceci nous interdit toute expérience à son sujet, à moins de l'intégrer comme une supposition dans une théorie unifiée.

Le champ tridimensionnel "spatial" et le champ tridimensionnel "temporel" ne sont temporel et spatial que pour un observateur (pour le premier du moins) extérieur. En eux-mêmes, les champs n'ont pas de dimension.
Le champ électromagnétique a une masse, qui interagit avec d'autres masses. C'est ainsi que la gravité courbe la lumière. Mais elle le fait dans l'oeil de l'observateur extérieur, qui voit l'espace.
On suppose que le champ "temporel 3D" a également une masse, et se trouve courbé par la gravité pour un observateur du temps.
Dans leur propre référentiel, les champs spatial et temporel 3D n'ont pas de coordonnées de temps et d'espace. Ils n'ont qu'une masse. Puisque les champs spatial et temporel émanent d'une même source, on peut supposer que leur masse est identique, et qu'ils se résument à une champ unique de gravité.

On rappellera ici que la masse "relativiste" est peu ou prou synonyme d'énergie dans l'équation E=mc2. Le champ de gravité est la réalité "unitaire" qui réduit deux masses en interaction. Il serait aussi la réalité qui réduit le champ électromagnétique et le champ temporel 3D dans leur propre référentiel.

Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
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Vendredi 22 mai 2009
Mon premier contact avec la physique se fit sans doute en 6ème. Les principes éducatifs étant ce qu'ils sont, on nous présenta le phénomène de l'électricité en commençant par des travaux pratiques : démonstration sur la petite ampoule (petite = pas dangereux). Aussitôt après vinrent les équations et les devoirs avec applications numériques.
Le souci avec ce genre de présentation, c'est qu'on ne sait pas très bien comment on est passé de l'expérience aux équations. Les enseignants pensent sans doute que si des noms illustres ont fait tout le travail du questionnement aux théories, cela ne vaut sans doute pas le coup d'y revenir. Cela pose de gros problèmes pour les élèves qui comme moi ne peuvent pas apprendre ce qu'ils ne comprennent pas, et se demandent "Que savent-ils qu'ils ne me disent pas ?"

Corrélativement, cela pose un problème pour orienter plus tard les élèves vers la recherche scientifique. Que sait-on déjà ? Et que ne sait-on pas encore ? sont des questions auxquelles beaucoup d'étudiants seraient bien en peine de répondre.
Les élèves qui réussissent les exercices numériques et recrachent bien les cours sommaires qu'on présente comme des explications sont les élèves doués pour l'imitation. On en fera d'excellents ingénieurs, peut-être même des enseignants. Il semble difficile d'envisager d'en faire des chercheurs.

Personne ne s'est jamais préoccupé d'expliquer la notion de "champ" pendant mes études secondaires, ou alors en 25 secondes. Jamais un enseignant de physique n'aura pris la peine de vérifier que ses élèves comprenaient les notations mathématiques qu'il utilisait. En théorie, ces notations sont censées éviter de longs développements écrits pour préciser de manière rigoureuse ce qu'on théorise ou calcule. Un physicien averti sait donc immédiatement de quoi il retourne en voyant ces notations. Pour un élève de seconde, c'est le contraire. Non seulement il a du mal avec la théorie, mais il lui faut passer du temps pour comprendre ce que signifie la notation mathématique.

Pour les gens comme moi, je conseille donc la lecture de "L'évolution des idées en physique" de Einstein et Infeld aux éditions Champs Flammarion. Le livre se suffit à peu près à lui-même, sans maths, sans besoin de bases plus solides que celles que le commun des intellos connaît.
Il fut écrit en 1936, et mon souvenir de ce qui a été trouvé par la suite est assez vague. Il faudra sans doute revoir à cette aune les idées que ce livre m'inspire.

Pendant que j'étais en train de le lire, j'y trouvais une confirmation d'un avertissement courant dans la littérature alchimique : soit on comprend ce qui est écrit, et rapidement le contenu peut sembler redondant voire maladroitement exprimé; soit on ne comprend rien du tout. L'auteur fait ce qu'il peut avec le langage dont il dispose.

Ce qui frappe encore, c'est qu'une fois qu'on a compris quelque chose, on se rend compte que tout ceux qui en parlent n'ont pas forcément compris, et ce même parmi ceux qui enseignent. Dans la mécanique d'Aristote, plus un corps est lourd, plus il tombe vite. Il est probable que bien avant Galilée, des petits malins ont eu vite fait de constater par un petit test de leur balcon la fausseté de cette assertion. Mais ils ont gentiment fermé leur gueule.
Wikipedia explique l'erreur d'Aristote par une confusion qu'il faisait entre quantité (approximativement la masse) et qualité de la matière. Ce n'est pas vrai non plus : l'accélération est la même, quelle que soit la masse, et quel que soit le corps considéré. Mais c'est dans wikipedia.

Dans la relativité galiléenne, on constate que dans deux systèmes de coordonnées se mouvant uniformément l'un par rapport à l'autre, les lois de la mécanique sont identiques. C'est le train en vitesse de croisière, où tout se passe comme sur le plancher des vaches. Mais si le train accélère ou freine, les objets sont projetés.
En passant d'un système de coordonnées à l'autre, vitesse et position de l'objet observé varient, mais pas le changement de vitesse ou les dimensions de l'objet.

Mais ça ne marche pas pour la lumière, dont la vitesse est constante quel que soit le système de coordonnées considéré. Pour la lumière, c'est la vitesse qui est constante, et le temps et la distance qui varient. C'est la relativité restreinte.

Il y a une chose que le livre n'explique pas, c'est comment ce qui est valable pour la lumière peut devenir valable pour tout phénomène. Parce que jusqu'ici, la lumière est un objet exceptionnel. Certes l'objet observé l'est grâce à la vue et donc la lumière. Mais n'y a-t-il pas une différence entre l'objet lui-même et la perception visuelle que la lumière en donne ?
On peut recourir à la théorie du champ électromagnétique. Selon l'explication des auteurs, on peut réduire une interaction de 2 particules chargées à un champ électromagnétique entre elles. Le champ et l'onde qui en résulte sont alors réellement tout ce qui existe.
La lumière est elle-même une onde électromagnétique, et on pourrait considérer que ce que la lumière permet de percevoir est tout ce qui existe, c'est-à-dire l'objet lui-même.

Dans la relativité générale, on observe que la gravitation ne change pas la vitesse de la lumière, mais modifie sa direction dans l'espace.
A la vitesse de la lumière, il n'y a plus ni temps ni espace mais la lumière conserve une "masse". Comme sa vitesse est constante, et E= mc2, cette masse est proportionnelle a son énergie (sa longueur d'onde).

On décrit le champ électromagnétique par les équations de Maxwell, qui sont indépendantes de la source, et donc de la distance et du temps.
On décrit le champ de gravité par des équations qui sont également indépendantes de la distance et du temps, mais varient avec la masse.
Un champ électromagnétique se propage à la vitesse de la lumière. Un champ de gravité se propage instantanément.

Mais la gravitation agit sur le rayonnement électromagnétique qui a une masse, et modifie sa longueur d'onde, alors que le champ électromagnétique n'aurait aucune action sur les "ondes" gravitationnelles.
Si les champs électromagnétiques étaient réellement tout ce qui existe, comment un champ de gravité qui n'est pas lui-même un champ électromagnétique pourrait-il agir sur une onde électromagnétique ? En revanche, puisque le rayonnement électromagnétique a une masse, il a lui-même un champ de gravité. Il se pourrait même qu'il puisse être entièrement défini par ce champ de gravité. En ce cas, c'est la gravité qui serait tout ce qui existe.

Selon l'équation E= mc2, la matière contient une très haute énergie concentrée. Mais à ce niveau d'énergie, les lois de structure que sont les équations du champ EM de Maxwell, et les équations de la gravitation ne sont plus valables : le temps et l'espace font leur apparition.
Une charge électrostatique serait-elle un champ électromagnétique très intense ? La matière serait-elle un champ de gravité très intense ?

La division de l'espace-temps en temps et espace, du champ en deux particules, de la vitesse en temps et distance, de l'électromagnétisme en électricité et magnétisme, de la masse-énergie en masse et énergie pourrait-elle être l'apparition de la dualité ?
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
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Mercredi 22 avril 2009
Il n'est pas de domaine dans nos sociétés contemporaines qui ne soient pas soumis au principe d'inversion. Les garanties prises donnent un résultat opposé à ce qu'elles promettent. L'argent ne permet pas l'équité de l'échange, mais légitime les rapports de force inégaux. La démocratie consacre l'impuissance des individus écrasés par la masse. Le documentaire permet d'authentifier les falsifications. Le droit n'amène pas la justice mais l'oppression. La morale sans l'oppression favorise sa propre transgression et la philosophie obscurcit la vérité.

Il ne faut pas s'attacher à la conviction contraire du simple fait que de l'élaboration commune parfois sortent de bonnes décisions, que le lecteur ressente chez lui l'existence d'un censeur moral, ou que le présent texte ressemble à de la philosophie. Il y a plusieurs sortes d'hommes, dont les structures mentales sont différentes et dont les actions sous un même nom ne sont pas de même nature.

L'inversion est un thème largement abordé dans la littérature, de Nietzsche aux ésotéristes du Kali Yuga. Elle est cependant traitée comme un thème de littérature à caractère réactionnaire et ne reçoit pas l'attention dirigée qu'elle mérite.

Cela peut prendre un certain nombre d'années avant que l'on tire de telles conclusions, et la plupart des individus n'en tirent jamais de telles. Soit ils en restent à des convictions différentes, soit leurs justes observations restent éparses sans jamais atteindre à une vision d'ensemble. C'est un exercice salutaire que de douter de toute affirmation issue de la culture de masse, et même de s'habituer à formuler tout haut la proposition inverse. Il n'est pas rare que la vérité surgisse brusquement au jour, avec une clarté surprenante.

Si la société moderne n'accepte pas que l'on conteste l'argent, la démocratie, l'Histoire, le droit et la morale, il s'agit là de domaines d'ordre public dont les données sont relativement accessibles à une étude non-complaisante. Il n'en est pas de même pour le sexe, pour lequel chacun ne dispose que de sa propre expérience, des postures publiques et des opinions courantes répandues dans la presse magazine.
La synthèse y est d'autant plus difficile que le sujet est encore plus difficile à aborder sans blocages émotionnels, et que les conclusions seront d'autant plus attaquées que les faits bruts sont d'ordre particulier et non statistiques.

On se rappellera les conclusions de la dernière enquête INSERM sur la sexualité des français : les hommes ont 11 partenaires en moyenne, les femmes 4. S'ensuivait des comparaisons avec les enquêtes précédentes et les évolutions des moeurs. Il se trouve que j'ai eu beau chercher, je n'ai pas trouvé, même dans le document source, la méthodologie. On ne sait pas si l'enquête est faite à un âge précis, sur une période donnée, si les homosexuels sont inclus dans l'échantillon. Mais il est certain qu'à chaque fois qu'un homme a une nouvelle partenaire, une femme a un nouveau partenaire, et que comme la population respective des hommes et des femmes est à peu près identique, le rapport à l'unité doit donner sensiblement le même chiffre. A la limite, la variance peut être différente, mais c'est tout. Domaine privé oblige, l'enquête est fondée sur du déclaratif. La seule conclusion solide d'une telle enquête est que les gens déclarent n'importe quoi.

Beaucoup de revendications féministes sont franchement imbéciles : vouloir voter et travailler, faut vraiment vouloir se faire du mal. La liberté des caissières de supermarché est admirable. On remarquera que l'époque du féminisme coincide avec celle du porno de masse, et que les relations entre hommes et femmes n'ont jamais été aussi conflictuelles. Je me garderai des réactions réactionnaires moralisantes habituelles. La place traditionnelle des femmes dans la société n'est pas intrinsèquement la meilleure. Je dirai en revanche que le mouvement a pour habitude de parvenir à des résultats opposés à ses buts premiers.

Ainsi on dira du féminisme qu'il vise à permettre aux femmes de prendre en main leur destin. En pratique, on observe plutôt que beaucoup de femmes se sont définies comme victimes et refusent d'endosser toute forme de responsabilité de leurs actes. Une femme qui se dit amoureuse lance souvent le message "occupe-toi de mes problèmes", mais ne veut pas les régler. Elle ne largue pas un homme parce qu'elle en est lassée, mais parce qu'il est "trop amoureux" ou "pas assez amoureux". C'est à l'homme de changer, toujours.

Tous les journaux féminins évoquent la drague dans les jardins publics ou à la terrasse des cafés. Ils écrivent que les femmes d'aujourd'hui n'hésitent plus à prendre les devants. Or mes modestes observations confrontées à quelques autres sont que plus personne ne drague. Ni à la terrasse des cafés, ni au bureau, ni au lycée, nulle part.
On me dit, et je le pense aussi, que je suis beaucoup plus dans un registre de séducteur que la moyenne des hommes. Comme en plus de cela, je m'exprime relativement bien, j'étais pas trop moche dans ma jeunesse et que je suis assez empathique, je suis - selon l'opinion commune - un bon client. Le résultat est franchement catastrophique.
C'est que la séduction masculine est devenue suspecte, l'homme n'étant par définition pas sincère. L'empathie chez un homme est perçue comme une intrusion dans la sphère privée de la femme et un manque de respect. Les femmes considèrent également toute forme d'opinion non conforme à leurs représentations mentales comme un tel manque de respect, ce qui n'arrange rien.
De leur côté, les femmes ne draguent pas plus qu'avant, bien au contraire. Etant incapables de sortir de leur place de victime, elles observent une passivité impressionnante.

Nombreuses sont les personnes ayant remarqué qu'on ne trouve plus son conjoint sur son lieu de travail, qu'il faut passer par des sites de rencontre. On sait souvent aussi que les femmes préfèrent souvent les mauvais garçons aux naïfs. Mais les constats possibles peuvent être bien plus navrants.

Les instincts trouvent forcément un chemin. Puisqu'il est impossible d'entretenir une relation avec une personne que l'on connaisse un peu, la relation sexuelle surgit d'une autre manière. Incapable de vivre une aventure, la femme se fait prendre dans les chiottes par le premier connard venu. Cela se fait sans échange de paroles. Les événements de rupture avec la vie quotidienne deviennent des exutoires sexuels, sans que cela soit dit ouvertement. Les gens baisent en vacances, dans les soirées étudiantes. Pour ceux qui baisent.

Il se dit que les femmes ne séparent pas conceptuellement les sentiments et l'acte sexuel. Les individus sont si divisés qu'entre la conceptualisation et les actes vécus, on observe là aussi une inversion. De fait, les femmes séparent bien plus souvent que les hommes le sentiment et l'acte sexuel. Le sentiment est du domaine de l'intellect; la sexualité devient infra-consciente et niée dans le reste de la vie sociale. La plupart des actes sexuels ressemblent étrangementà des viols : l'homme prend, la femme se laisse faire, associant à son ego monstrueux la conviction de sa propre nullité. Personne n'en dira rien le lendemain, ni l'entourage, ni les acteurs. Il ne s'est rien passé.

Pour me répéter, je ne suis pas un moraliste. En soi, avoir des relations sexuelles ou pas est indifférent, même s'ils s'agit de partouzes. Le fait essentiel est que ces pratiques ne sont pas le fait d'individus sadiens lucifériens ou consciemment hédonistes, mais de personnalités morcelées entièrement sous le contrôle de leur cerveau reptilien. C'est le "ça" qui fornique. Une personnalité capable de prendre du recul y est aussi déplacée qu'un chien dans un jeu de quilles. Si cela est possible, on lui fera comprendre que sa présence n'est pas la bienvenue. Ainsi, un sujet conscient peut se retrouver exclu de la sexualité, à moins d'apprendre à "fermer sa gueule".
Les mises en couple ne font d'ailleurs plus suite à une cour régulière, devenue déplacée, mais à une sorte de contrat entre personnes décidées à y échapper.

Evidemment, les phénomènes de projection font que l'on stigmatisera de tels phénomènes dans les cités remplies d'allogènes - les tournantes dans les cités, nées de l'incapacité de communiquer. Et l'on se prendra à accuser une mentalité "archaïque" et à redoubler d'arguments féministes.

On ne saurait trop conseiller aux jeunes hommes de ne pas intégrer sans examen ces représentations féministes, qui leur causeront quelques expériences désagréables.
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
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Vendredi 17 avril 2009
Il arrive parfois qu'on me demande de développer tel ou tel point contenu dans mes textes. Selon l'opinion commune, un développement permet de mieux comprendre le cheminement intellectuel d'un auteur, et de faire adhérer plus facilement le lecteur aux idées ainsi développées. C'est vrai pour un auteur en particulier. C'est globalement faux, car tous les auteurs n'ont pas de bonnes idées et tous les lecteurs n'ont pas de capacités de discernement. Le phénomène principal est ici l'inflation du langage.

Aussi défiant envers la littérature soit-on, il faut écrire beaucoup pour attirer l'attention. Un énorme chapitre est plus ruminé qu'une conclusion lapidaire. C'est la même chose avec l'argent. Malgré tout le mal que l'on peut penser de l'argent, il est conseillé de faire payer très cher son enseignement, sinon l'étudiant n'en concevra pas la valeur. Le prophète prophétise dans le monde.

Le fait est qu'un développement conduit à l'utilisation de mots en plus grand nombre, qu'il faudra à nouveau définir, circonscrire, situer dans le contexte des mots qui les entoure. Ainsi, l'étudiant n'en conçoit pas une  meilleure compréhension, mais de nouveaux problèmes philosophiques qui l'éloignent du sujet initial, le rende inextricable par le foisonnement des questionnements ainsi créés. De nombreuses personnes peuvent passer leur vie entière à lire ou écrire d'innombrables textes spéculatifs, en s'imaginant que leur accumulation les rapproche sans cesse plus près de la vérité.


Ces problèmes n'existent souvent que par le langage qui les exprime et ne méritent en général même pas l'examen dont ils font l'objet. On remarquera que les cafés philosophiques n'organisent le plus souvent que des débats sémantiques. De même un étudiant en philosophie est évalué sur sa capacité à commenter un texte, un aphorisme, ou un symbole. Or la valeur d'un aphorisme repose justement sur sa capacité à dire plus de choses que le langage raisonné ne le peut. Un symbole est lui capable d'exprimer ce dont le langage n'est pas capable. Un symbole n'est pas fait pour être expliqué.
Le Christ parlait en paraboles parce qu'elles étaient le meilleur moyen de dispenser sa pensée. Discuter une parabole ou un symbole ne peut que les obscurcir.

L'esprit de l'humanité est aujourd'hui absolument spéculatif. Il n'y a plus que des spécialistes dans tous les domaines, des "savants ignorants". Et la spéculation est d'autant plus puissante que tout le monde a le droit et le devoir de discuter. L'humanité court à sa perte à cause de la raison et de la démocratie (un Philippe Val est incapable de comprendre la signification de cette phrase; il ne peut que s'en indigner.)


La vérité est obscurcie autant de fois qu'un étudiant non qualifié interprète et spécule. D'autant plus obscurcie que les nouveaux étudiants sont priés de commenter les spéculations des anciens. Il faut connaître l'Histoire des idées fausses. Il est même interdit de ne pas gâcher sa vie à les commenter. La société est devenue incapable de synthèse, et il n'y a pas de synthèse académique possible. Les mots sont sans cesse plus nombreux, et tournoient en cercle de plus en plus loin autour de la Vérité. Le langage, la philosophie sont centrifuges.

Il est significatif que la métaphysique profane soit souvent confondue avec l'éthique. La discussion autour de la morale est une absurdité.
La morale commune est un artifice pour régler la société des gens ordinaires. Puisque ceux-ci ne sont pas qualifiés pour discuter, une telle morale ne peut être que dogmatique. La démocratie est l'avatar tellurique naturel de la tendance de l'humanité à discuter. C'est la démocratie qui permet à Sarkozy d'être président et Comte-Sponville philosophe.

A l'opposé, les métaphysiciens vrais ne sont pas concernés par les questions morales, puisque pour eux tous les actes sont équivalents.
Mais l'Eglise catholique ne distingue pas ou plus entre la mission de conservation de la métaphysique sacrée et celle d'organiser les foules par la morale. De fait, elle n'est plus qu'un guide moral. Il va de soi qu'une direction morale est non seulement dogmatique, mais aussi temporelle. La laïcité est une notion grotesque, qui propose rien de moins que séparer la morale et la politique. Il peut être proposé de nombreuses morales, qu'on cherche souvent à traduire dans le droit ou les institutions. Sur le fond, elles sont souvent équivalentes. La dégénérescence vient non pas de la nature de la morale, mais du fait qu'elle peut être discutée. En cela, le dogme catholique est supérieur au protestantisme ou aux procédés casuistes.

Une morale peut être dégradée lorsqu'elle intègre des principes qui en nient la finalité : séparation de la morale et de la politique, discussion. Elle est également dégradée lorsqu'elle s'en remet à des principes conditionnés et non immanents. Ainsi refuser l'avortement au nom du droit à la vie est mieux que d'y consentir au nom du besoin de contribuer à l'économie capitaliste. Objecter le contexte ne tient pas. D'un côté, il existe toujours un principe contraignant qui impose la morale sans se laisser observer - l'économie le plus souvent - et donc sans être discuté. De l'autre, il va de soi qu'une Eglise qui joue son rôle organise la société de manière à répondre aux problèmes individuels. Ce n'est pas par hasard non plus que les structures dédiées prennent le nom de centres d'"orthogénie" ou de "planning familial", alors que ceux qui les animent évoquent paradoxalement le droit des femmes à disposer de leurs corps. Il est toujours très utile pour la propagande de faire croire aux individus qu'ils usent de leur libre-arbitre.

On voit qu'une Eglise qui discute ses dogmes avec le vulgaire perd toute son utilité sociale. Les traditionalistes ont le mérite de ne pas accepter la discussion. Toutefois, ayant perdu  la dimension métaphysique authentique au profit d'un ritualisme formel et d'interprétations littérales, ils ne comprennent plus que le magistère moral a seulement pour fonction d'organiser les foules, et que sous le dogme, la morale reste artificielle.

Tuer ou ne pas tuer, pour proposer un exemple ultime, n'a pas de conséquences morales. Les actes sont équivalents, seul le désir qu'on a de leurs résultats (ou d'eux-mêmes, pour les arhimaniens, ce qui revient au même) fait la différence. Le "libre-arbitre" censuré discrètement par la morale des êtres ordinaires n'est qu'un succédané du vrai libre-arbitre de désirer le résultat de ses actions ou pas. Reste qu'on tue rarement sans en avoir le désir.
Par Didier - Publié dans : Esotérisme - Communauté : FLEUR DE LOTUS - Recommander
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